Salon de l'agriculture 2019

La Normandie bat la campagne à Paris

La Normandie prend ses quartiers dans la plus grande ferme éphémère de France, jusqu’au 3 mars 2019. Le Salon de l'agriculture demeure une vitrine incontournable du paysage agricole, avec quelques leitmotivs pour les Normands : miser sur la qualité et jouer collectif.

Pour cette 55e édition, la Région Normandie, les départements du Calvados, de l’Eure, de la Manche, de l’Orne, de la Seine-Maritime, les Chambres d’agriculture et Saveurs de Normandie, mettent en avant leur agriculture, les produits, la gastronomie et les territoires sur un seul Pavillon de 500 m2 dans le Hall 3 Stand N180 de Paris Expo, porte de Versailles.

La passion des Normands pour leur région sera au service d’une ambition affirmée : ouvrir grandes les portes de leur Normandie, inviter les visiteurs à s’y installer et découvrir Toutes les saveurs de la Normandie.

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Le plein d'animations

La Normandie propose aux visiteurs un programme particulièrement riche mêlant animations quotidiennes et temps forts, entre marchés de producteurs et espaces cuisine ; le Toques to you, animé par 20 chefs Normands autour de démonstrations culinaires ; le restaurant de l’Orne et la place du village avec ses bars à fromages, coquillages et cidres.

« Venir sur le Pavillon Normandie, c’est l’assurance de rencontrer des éleveurs, producteurs, professionnels des filières et chefs cuisiniers, au cœur fier et au savoir-faire authentique ; des femmes et des hommes de talent ! »
- Chambre d’agriculture Normandie, maître d’œuvre du pavillon normand.

Christophe et Stéphanie Guicheux

La passion des ovins, avant tout

Nous avons rencontré Christophe et Stéphanie Guicheux, jeune couple d’éleveurs ovins dans l’Eure, qui s'est rendu lundi 25 et mardi 26 février 2019 au Salon de l’agriculture pour la deuxième année consécutive.

Lorsqu’elle évoque son parcours, sa vie à la ferme, entourée de brebis, d’agneaux et de lapins, le regard de Stéphanie Guicheux s’illumine. Les mots fusent, énoncés avec aisance et derrière ses paroles, on devine que l’agriculture, c’est toute sa vie. Et bien plus que cela. « Quand on est dedans, on a du mal à en sortir «, résume-t-elle pudiquement.

Cette fille d’éleveurs bovins de la Sarthe travaille depuis 2014 aux côtés de Christophe Guicheux, son mari, à la ferme d’Illièvre, à Sylvains-des-Moulins, dans l’Eure. L’exploitation agricole appartient depuis quatre générations à la famille de Christophe. Ici, sur ces 130 hectares de terres, on a longtemps cultivé les céréales. Puis il a fallu diversifier la production pour survivre. Au début des années 2000, Christophe se lance dans l’élevage ovin. Pour assurer un second revenu, après celui de ses parents. « Son père possédait déjà quelques brebis, raconte Stéphanie. Christophe avait travaillé dans un atelier qui en abritait 1 000. Il avait la fibre du berger et au sein de la ferme, il existait des bâtiments adaptés pour. »

Dans les années 2000, Christophe Guicheux s'est lancé dans l'élevage d'ovins. (Photo : Jérémy Chatet)

Dans les années 2000, Christophe Guicheux s'est lancé dans l'élevage d'ovins. (Photo : Jérémy Chatet)


Très vite, la production se développe. Un second atek ier pour les lapins est créé. Depuis 2016, le couple gère seul l’exploitation. Aujourd’hui, ils produisent 230 agneaux par an et 50 lapins par semaine.

« On fait une multitude de métiers »

Ici, on privilégie le circuit court. L’abattage et la découpe sont réalisés sur place. Stéphanie s’occupe ensuite de la vente directe aux clients. « C’est important pour nous, insiste-t-elle. Ça nous permet d’être transparents quant à l’origine de la viande. Parfois les clients nous demandent si cela ne nous fait pas bizarre d’abattre nos animaux. Je leur réponds souvent que l’on fait cela dans le respect, en évitant la maltraitance. Ils vont ensuite prendre plaisir à cuisiner notre viande, c’est également une façon d’honorer l’animal. »

Au sein de leur ferme, Christophe et Stéphanie Guicheux produisent 230 agneaux par an et 50 lapins par semaine. (Photo : Jérémy Chatet)

Au sein de leur ferme, Christophe et Stéphanie Guicheux produisent 230 agneaux par an et 50 lapins par semaine. (Photo : Jérémy Chatet)


Cette vie dédiée à l’agriculture, elle ne l’échangerait pour rien au monde : « En une journée, on fait une multitude de métiers, on ne s’ennuie pas. On est maître de notre temps. C’est aussi plus souple si l’on veut s’arrêter une semaine en avril ou en août par exemple. » Son seul ennemi, les tâches administratives : « C’est une horreur ! sourit-elle. On doit justifier toutes nos interventions. Un secrétaire à plein temps aurait sa place ici. »

Le Salon de l’agriculture, une fierté

Pendant deux jours, lundi 25 et mardi 26 février, le couple va délaisser la quiétude de ses champs de blé et de colza, ses agneaux et ses lapins pour plonger, pour la seconde année consécutive, dans le tourbillon parisien du Salon de l’agriculture.

VIDÉO. Christophe et Stéphanie se préparent pour le Salon de l'agriculture 2019 :


« C’est une fierté pour nous d’y participer, confie Stéphanie. On a l’impression d’emmener nos clients avec nous. Avant de partir ils nous demandent si nous sommes prêts. Une fois revenus, ils nous disent : « On vous a vus à la télé. »

C’est aussi l’occasion unique de défendre leur métier auprès des visiteurs, de partager, « d’amener autre chose que l’image renvoyée par les médias ». Peut-être évoqueront-ils cette filière ovine, « de plus en plus rare en France », ou encore la contrainte que représente l’agnelage et les « 200 agneaux qui sont nés chez nous entre décembre et janvier dernier ».

Puis, ce sera le retour à la ferme. Faire un crochet par le bâtiment qui abrite les agneaux. Jeter un œil sur les lapereaux emmitouflés dans le coton, au fond de leur clapier. Réfléchir aux nouvelles plantations de céréales. Loin, très loin des hangars de la Porte de Versailles.

« On a pu parler de nos problèmes à nos politiques »

Échanges avec les autres agriculteurs, animation du stand Passion céréales, discussions avec la classe politique... Nous avons retrouvé Christophe et Stéphanie Guicheux dans les allées du Salon de l'agriculture. Récit de leur expérience.

C'est près d'une gigantesque moissonneuse-batteuse que nous retrouvons, mardi 26 février, Christophe et Stéphanie Guicheux. Depuis la veille, ils défendent leur métier au Salon. Après avoir passé la journée au stand de la Normandie, lundi, ils ont expliqué, lors de leur seconde journée, la fabrication du pain et la production de céréales au grand public.

« Il y a autant de monde que l'an dernier, se réjouit Christophe Guicheux. Le bilan est positif. Les gens sont demandeurs. Nous avons également rencontré nos amis agriculteurs que nous ne voyons qu'une fois par an. »

Pendant leurs deux jours au Salon, le couple a pu échanger avec les visiteurs sur l'élevage ovin et la production de céréales. L'occasion d'évoquer les problématiques du glyphosate et du bien être animal. « On leur conseille d'acheter local, ils auront moins de problèmes » , assure Christophe. Ils ont aussi pu échanger avec la classe politique. « On les a sentis réceptifs à notre discours », affirme l'agriculteur.

Seul point négatif, « la mobilisation des agriculteurs ». Selon l'Eurois, « il faudrait que l'on soit tous présents au Salon. C'est la semaine de l'année où l'on peut communiquer sur notre métier ».

Interview SMS

Le Normand Clément Thiollent participe à son premier Salon de l’agriculture

Samedi 23 février, Clément Thiollent participera pour la première fois au Salon de l’agriculture, à Paris. Membre des Jeunes agriculteurs de Seine-Maritime, il travaille actuellement au sein d’une exploitation agricole, en attendant la création de sa ferme et de son élevage de chèvres à Saint-Valéry-en-Caux.

Avant son départ pour le Salon, il s’est prêté au jeu de l’interview SMS.

De retour du Salon, il nous raconte son expérience.

Dégustations, farmbot, bar à Oxygène...

Les stands normands à ne pas manquer au Salon

Cette année encore, le Salon de l'agriculture ne manquera pas de vous surprendre. Voici un petit tour d'horizon des grands classiques et des nouveautés normandes que vous pourrez y découvrir.

Place du village, ses bars et son show’dron

Sur la place du village normand, les visiteurs vont découvrir et savourer toute la richesse gastronomique de la région grâce à la convivialité des bars. Généreux, diversifiés, réputés, les 4 fromages AOP sont à l’honneur, à déguster brut ou cuisinés. Pour les accompagner, la Maison cidricole de Normandie mobilise les producteurs pour animer un véritable bar à cidres : fermiers, de marque, bio, AOP/AOC, IGP, à la pression, en petites ou grandes bouteilles, rosés, aromatisés, de glace…

(Hall 3 Stand N180)

Panier géant

Sous l’égide de Saveurs de Normandie, il invite les gourmets à découvrir la richesse des produits normands, qui pourront tester leurs connaissances sur la gastronomie normande et tenter leur chance pour remporter l’un des deux séjours en Normandie (en partenariat avec Normandie Tourisme).
n Slow life dans l’Eure. Composé de deux espaces (le marché et la cuisine du Bon’Eure), le stand permet de profiter d’un atelier jardinage en partenariat avec le Musée des Impressionnismes Giverny lors de la fête des grands-mères le 3 mars.

Bar à Oxygène dans l’Orne

Il permet aux visiteurs de partir pour un véritable voyage olfactif au travers de trois senteurs spécifiques dans un environnement apaisant, dépaysant et riche en oxygène. Et c’est l’Orne qui est à la manœuvre.
n Farmbot. Un robot maraîcher est destiné à réintroduire la culture potagère dans nos modes de vie. Les fonctionnalités techniques et le logiciel du robot permettent à l’utilisateur de programmer et de gérer son potager en optimisant l’espace et en réduisant l’apport en eau. Le Farmbot est à découvrir durant toute la durée du salon.

Chiens de Normandie à l’honneur

Véritable vitrine de la diversité de la population canine en France, le Salon permet de découvrir des chiens de races françaises ou d’origines étrangères. Du côté de la Normandie, ce sont plus de 60 des plus beaux spécimens qui vont être présentés au jury. Une trentaine de races et variétés élevées dans la région seront représentées : Berger Australien, Golden Retriever, Bouledogue français, Yorkshire Terrier, Teckel, Shih Tzu, mais aussi des races plus rares, comme le Chien Chinois à Crète ou le Dogue du Tibet.

(Hall 7-1)

Un concours et 154 producteurs normands

Ce n’est pas nouveau, mais le concours a toujours ses passionnés. 154 producteurs normands participent, avec plus de 524 produits, au Concours Général Agricole. Les Normands sont présents dans les catégories suivantes : Bières, charcuteries, cidres et poirés, confitures, volailles, eaux-de-vie, huîtres, jus de fruits, miels, pommeau de Normandie, produits de palmipèdes gras, produits laitiers et safran. Découvrez tous les jours les résultats sur www.chambre-agriculture-normandie.fr

(Hall 1)

📌 Le Salon de l'agriculture, côté pratique 📌

➡ Le salon se tient jusqu’au 3 mars à Paris Expo Porte de Versailles, de 9 h à 19 h tous les jours. Prix d’entrée : 14 € en plein tarif et 7 € de 6 à 12 ans. À noter qu’un billet est valable pour une seule journée.
➡ Pour s’y rendre : par la route, suivre A 13 depuis la Normandie, puis périphérique sud et sortie Porte de Versailles. Par le métro : ligne 12 station « Porte de Versailles », celle-ci desservant la gare Saint-Lazare.

Les Ovinpiades, avec les jeunes bergers du lycée agricole d'Yvetot

Deux jeunes du lycée agricole d’Yvetot participaient, samedi 23 février 2019, à la finale nationale des 14e Ovinpiades des jeunes bergers au Salon de l’agriculture. Pas de podium pour les Cauchois mais une sacrée expérience.

Il est 8 h 30 lorsqu’une équipe cauchoise pointe le bout de son nez dans le hall 1 du salon international de l’Agriculture à Paris, samedi 23 février. Pierre Lefebvre, 16 ans, et Valentin Vigneron, 19 ans, accompagnés de leur professeur Charles Pillet, du lycée agricole d’Yvetot, vont participer à la finale nationale de la 14e édition des Ovinpiades des jeunes bergers.

Première étape du concours : la théorie avec un quiz et une reconnaissance des races sur le petit ring ovin. La pression monte à l’approche du début du concours. « Un peu de stress mais on va essayer de faire de notre mieux. Mais je n’ai pas beaucoup dormi depuis une semaine », confie Valentin. « Moi, c’était cette nuit que j’ai eu du mal », renchérit Pierre. Mais il faut y aller. Les deux jeunes se lancent mais reviennent un peu dépités. « Sur les dix races à reconnaître, il n’y en avait que deux qui étaient simples », raconte Valentin. Même constat pour Pierre.

Manucure et parcours d'obstacles avec la brebis

Pas le temps pourtant de trop réfléchir, les épreuves s’enchaînent. Les candidats se dirigent vers le grand ring ovin pour le reste du concours. Là, ce n’est pas la même chose. L’espace est immense. Les animaux les attendent et le public aussi, dont leurs familles venues les soutenir.

Sous le regard du jury et de son professeur, Valentin effectue son épreuve de parage. (Photo : Éléonore Sinoquet)

Sous le regard du jury et de son professeur, Valentin effectue son épreuve de parage. (Photo : Éléonore Sinoquet)

 On ne s’attendait pas du tout à ce qu’il se qualifie pour Paris. Je ressens beaucoup de fierté », explique Aline, la mère de Pierre. « Je suis très content pour lui. C’est très positif d’être à Paris », René, père de Valentin, et lui-même éleveur d’ovins. « On est venu ici pour lui, pour le soutenir », résume sa sœur Ophélie. Deuxième étape : la pratique avec, en introduction, l’épreuve dite de « la manucure ». Elle consiste à parer les pieds d’une brebis. Pierre s’élance en premier sous les yeux attentifs des trois jurés. Pour Valentin, l’épreuve est plus compliquée.

Il se démène quelque peu avec la cage de retournement, système pour mettre l’animal sur le dos et avoir ses pieds en l’air. Vient ensuite l’appréciation de l’état de santé d’une brebis. Regarder la dentition, prendre la température, observer la mamelle, la 3e paupière, ne donne pas de fil à retordre aux Cauchois. Ils passent à la suite. « Il faut qu’on note la brebis puis on doit faire le parcours sans faire tomber les cônes », indique Pierre. L’épreuve « Manipuler et évaluer l’état corporel » n’est pas une mince affaire. Si Pierre passe le parcours circulaire et assoie sa brebis à la fin sans difficulté, Valentin tombe sur un animal un peu fatigué. « Ma brebis est tombée. Ce n’était pas facile de la relever et c’était fatigant », dit-il essoufflé.

« Très fier d’eux »

Petite pause déjeuner pour les jeunes. À 14 h, c’est reparti avec l’évaluation de l’engraissement des agneaux. « Je ne l’ai jamais fait, c’est une grande première », indique Pierre avant qui ressort grand sourire aux lèvres après. Satisfaction aussi du côté de Valentin. Reste encore deux étapes : la génétique, qui consiste à choisir un bélier pour la reproduction d’un cheptel et le tri de brebis avec smartphone.

Valentin devait réaliser un parcours avec une brebis. (Photo : Éléonore Sinoquet)

Valentin devait réaliser un parcours avec une brebis. (Photo : Éléonore Sinoquet)

L’ambiance change à l’approche de la génétique. Pierre et Valentin sont concentrés et essayent de se souvenir de ce qu’ils ont appris. La dernière épreuve, le tri, se passe très rapidement. Pierre a même le droit à une ovation et des applaudissements nourris de ses proches à la fin de l’épreuve, marquant la fin du concours pour les deux jeunes.

Pierre Lefebvre, 16 ans, et Valentin Vigneron, 19 ans n'ont pas fini sur le podium mais qu'importe, l'essentiel est ailleurs. (Photo : Éléonore Sinoquet )

Pierre Lefebvre, 16 ans, et Valentin Vigneron, 19 ans n'ont pas fini sur le podium mais qu'importe, l'essentiel est ailleurs. (Photo : Éléonore Sinoquet )

À 18 h 30, le classement est révélé. Pas de podium pour les Cauchois, (23e pour Valentin et 30e pour Pierre sur 38 participants), mais une expérience dont ils se souviendront et un professeur tout de même ravi. « On a travaillé dur depuis le mois d’octobre. Ils ont eu plus de 40 heures d’entraînement. C’est déjà la consécration d’être à Paris. Je suis très très fier d’eux », conclu, avec le sourire, Charles Pillet.

Textes et photos : Marc Braun, Jérémy Chatet, Éléonore Sinoquet et Stéphanie Péron
Vidéo : Xavier Duclos