À Rouen, les quartiers Ouest opèrent leur mue

Les constructions ne s'arrêtent plus dans les quartiers Ouest, rive droite,
avec parfois un tissu urbain décousu. Après les logements, les services suivront-ils ?

À l’ouest de Rouen, rive droite, les promoteurs immobiliers refaçonnent à tour de bras un pan entier de la ville, en pleine mutation. Il y a bien sûr l’écoquartier de la Luciline largement médiatisé mais c’est surtout au nord de l’avenue du Mont-Riboudet que cette évolution est la plus importante.

Dès qu’un espace se libère, les permis de construire affluent. Cela vaut aussi bien pour une friche que pour un ensemble de maisons individuelles, dans ce quartier qui connut en des temps anciens des activités maraîchères, puis portuaires jusqu’au siècle dernier avant d’être tourné vers l’automobile.

Les quartiers Ouest s’étendent du boulevard des Belges jusqu’à la limite de Déville-lès-Rouen et des Coteaux Ouest jusqu’à la Seine.

Les quartiers Ouest s’étendent du boulevard des Belges jusqu’à la limite de Déville-lès-Rouen et des Coteaux Ouest jusqu’à la Seine.

Les quartiers Ouest s’étendent du boulevard des Belges jusqu’à la limite de Déville-lès-Rouen et des Coteaux Ouest jusqu’à la Seine.

« Pour maintenir la population, il faut construire », rappelle Christine Rambaud, adjointe au maire en charge de l’urbanisme.


2350 logements neufs construits
entre 2009 et 2020


Avec l’avenue Jean-Rondeaux, les quartiers Ouest sont les plus concernés par les constructions neuves. De 2009 à 2020, essentiellement à la Luciline et dans la zone comprise entre Conforama et Intermarché, pas moins de 2 353 logements neufs sont créés, dont 600 à la Luciline (sur les 1000 programmés dans ce quartier), pour une projection potentielle de 3 500 habitants. Les années 2019 et 2020 représentant un pic d'activité, avant de nouvelles livraisons dès 2021.

Au nord de la rue de Constantine, à l’angle des rues Saint-Filleul et Manchon-Frères, il se construit entre 2018 et 2021 plus de 900 nouveaux logements.

À lui seul, Nexity sortira de terre 500 appartements, sur cette même période, dans cinq résidences différentes. « C’est notre plus grosse activité », confirme Jean-Malo Percevaux, directeur général de Nexity Normandie depuis octobre 2018.

Selon les chiffres de l'Insee, la population de Rouen stagne depuis quelques années. En 2016, la ville comptait 110 117 habitants, contre 111 553 en 2011.

Selon les chiffres de l'Insee, la population de Rouen stagne depuis quelques années. En 2016, la ville comptait 110 117 habitants, contre 111 553 en 2011.

Selon les chiffres de l'Insee, la population de Rouen stagne depuis quelques années. En 2016, la ville comptait 110 117 habitants, contre 111 553 en 2011.

À Rouen, il se construit environ 1000 logements par an. Un peu plus de la moitié suffit à maintenir la population.

À Rouen, il se construit environ 1000 logements par an. Un peu plus de la moitié suffit à maintenir la population.

À Rouen, il se construit environ 1000 logements par an. Un peu plus de la moitié suffit à maintenir la population.

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Invités à donner leur avis dans le cadre de l’élaboration du PLUi (le plan local d’urbanisme intercommunal), les riverains demandent de longue date que ce développement soit accompagné « par des espaces de respiration : espaces verts, aires de jeux, terrains de sport, jardins partagés ou familiaux... », écrit un internaute, tandis qu’un autre habitant souhaite que « la Métropole agisse au plus vite dans ce sens pour éviter une « bétonisation » ».

On est loin des oasis de verdure se démultipliant au rythme des projets immobiliers mais, c’est un début, la Ville de Rouen a décidé de créer un square, à côté du gymnase Suzanne-Lenglen (lire par ailleurs).


De nouvelles règles pour verdir
les programmes immobiliers


Par contre, le verdissement des projets immobiliers est en cours. Grâce au PLUi qui entrera en vigueur au printemps 2020, les élus de la Métropole ont donné de nouveaux outils aux villes pour renforcer la présence du végétal. À commencer par le coefficient de biotope par surface, que Rouen appliquera : « Avant, un petit jardin de pleine terre [sans sous-sol en dessous] suffisait, retrace Françoise Guillotin, élue métropolitaine chargée du PLUi. Dorénavant, au moins 15% de la surface du terrain devra être végétalisée en complément des espaces de pleine terre. » Cela passe par des toitures terrasses végétalisées (accessibles aux riverains), des façades végétalisées...

Le document, devant permettre d’harmoniser le développement des villes, inscrit également les notions d’agriculture urbaine pour faciliter par exemple l’installation de petits jardins partagés. Le City Seine (construit par Bouygues Immobilier à la Luciline, livraison été 2020) sera un exemple de cette modernité avec des toits terrasses végétalisés et une serre gérée par une association à destination des habitants de ces 74 logements annoncés « premium ». Le tout, à un tarif élevé, la moyenne du mètre carré étant de... 4000€.

Si les nombreux programmes en cours n’afficheront pas ces nouvelles résolutions vertes, l’année 2019 représente une période intermédiaire. « Tous les permis que l’on étudie depuis cette année sont conformes au PLUi, à la demande du législateur », indique Jean-Malo Percevaux. Pour limiter l’imperméabilisation des sols, le PLUi prévoit que les stationnements extérieurs et les espaces résiduels soient enherbés.

« L’objectif prioritaire est d’apaiser le quartier notamment en préconisant des liaisons douces pour les piétons, les vélos... », reprend Françoise Guillotin. « Il faut arrêter l’étalement urbain, ajoute Christine Rambaud, et densifier de manière harmonieuse, en étant proche des services et des transports. » Proche des Teor oui, mais pas encore des services.

La construction de la future résidence Plein Ouest, le long du boulevard du Mont-Riboudet, se précise.

La construction de la future résidence Plein Ouest, le long du boulevard du Mont-Riboudet, se précise.

La construction de la future résidence Plein Ouest, le long du boulevard du Mont-Riboudet, se précise.

Dans le quartier de la Luciline, le long de l'avenue du Mont-Riboudet, l'îlot J (205 logements répartis dans six bâtiments) devrait être livré, avec retard, en fin d'année (visuel Nexity).

Dans le quartier de la Luciline, le long de l'avenue du Mont-Riboudet, l'îlot J (205 logements répartis dans six bâtiments) devrait être livré, avec retard, en fin d'année (visuel Nexity).

Dans le quartier de la Luciline, le long de l'avenue du Mont-Riboudet, l'îlot J (205 logements répartis dans six bâtiments) devrait être livré, avec retard, en fin d'année (visuel Nexity).

Le City Seine sera livré au deuxième trimestre 2020.

Le City Seine sera livré au deuxième trimestre 2020.

Le City Seine sera livré au deuxième trimestre 2020.

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Un pan entier du gymnase Suzanne-Lenglen a été repeint par des artistes en 2018 dans le cadre du jumelage avec la ville de Cleveland (USA)

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Un pan entier du gymnase Suzanne-Lenglen a été repeint par des artistes en 2018 dans le cadre du jumelage avec la ville de Cleveland (USA)

Un nouveau pôle de services autour
du gymnase Suzanne-Lenglen

Début septembre 2018, un Atelier urbain de proximité planche sur le réaménagement des abords du gymnase Suzanne Lenglen pour créer un square.

Tout d’abord, le parking sera réduit d’environ deux tiers. Le stationnement se résumera à 24 places et 14 nouvelles places créées juste à côté, le long de la rue de Constantine (les cars disposeront également d’emplacements délimités). « Il manquait, entre le square de la Croix d’Yonville, le parc Lefort et l’esplanade de la Madeleine, un autre espace vert, un lieu de proximité et de convivialité », indique Florence Hérouin-Léautey, l’adjointe de quartier.

Habitants, associations, quelques adolescents, mais aussi des classes de l’école Franklin ont contribué à l’élaboration du projet. Le square (l’équivalent en superficie de deux fois le citystade) s’adressera à tous les âges : balançoire en filet, araignée à grimper, half-pipe... Des végétaux, des jeux, des bancs, un cheminement pour relier le citystade au parvis du gymnase sont programmés.


Un point lecture


Le parvis sera également repensé avec un esprit jardin et un revêtement type Square Verdrel adapté à la trottinette. Fini le stationnement devant l’entrée. Le club de hand disposera de nouvelles places à l’arrière de son local, l’accès étant assuré par une barrière.

L’entrée du gymnase sera plus visible en arrivant de face depuis le trottoir avec une allée en pavés. Les arbres chétifs seront remplacés. L’espace se veut apaisé, avec une boîte à lire, un point d’eau envisagé pour les sportifs du citystade.

Les phases I (stationnement derrière le local) et II (libérer le parvis) seront réalisées au mois d’octobre. La phase III (stationnement rue de Constantine et square) entre janvier et mars 2020.

Un autre projet est en cours de réflexion : le rez-de-chaussée du local du club de hand (qui appartient à la Ville) est actuellement occupé par un club sportif pour stocker du matériel. « Mais ils n’ont plus besoin de ce matériel, note l’adjointe. L’idée serait de rouvrir la salle pour avoir un accueil VIP pour le club de hand lors des matches. » La salle serait partagée entre plusieurs activités. Elle pourrait profiter à une éventuelle association d’habitants. Mais pas seulement. « On travaille avec le Réseau des bibliothèques pour expérimenter sur les quartiers Ouest un point lecture, avec des aménagements qui permettent de retirer ses livres ou de les rendre dans des casiers à code avec de la réservation sur internet. »

Il ne faut pas oublier l’installation sur les quais en 2021 de jeux d’eau alternatifs (dans l’esprit de la place de l’hôtel de ville de Sotteville-lès-Rouen), probablement sur l’Espace des marégraphes. Et dès cette année (théoriquement) deux aires de jeux d’enfants seront créées mail Andrée-Putman, à la Luciline.

Le parking sera réduit à 24 places pour laisser place à un square.

Le parking sera réduit à 24 places pour laisser place à un square.

Le parking sera réduit à 24 places pour laisser place à un square.

Une boîte à lire est prévue sur le parvis du gymnase.

Une boîte à lire est prévue sur le parvis du gymnase.

Une boîte à lire est prévue sur le parvis du gymnase.

La Ville aimerait récupérer le rez-de-chaussée du local attenant au gymnase pour développer des nouvelles activités.

La Ville aimerait récupérer le rez-de-chaussée du local attenant au gymnase pour développer des nouvelles activités.

La Ville aimerait récupérer le rez-de-chaussée du local attenant au gymnase pour développer des nouvelles activités.

« Ils ont mis de la verdure au centre du quartier, mais il y a trop d'immeubles »

Bernard Mallet, retraité de 79 ans, habite mail Andrée-Putman

« Cela fait quatre ans que j'habite ici. Ce qui est bien, c'est qu'ils ont mis de la verdure au centre du quartier, mais il y a trop d'immeubles. Au début, j'avais vue sur la Seine et elle a disparu derrière un nouvel immeuble. Et je dois dire qu'il n'y a pas assez de petits commerces. Sans oublier le stationnement qui pose de gros soucis, les places de parking sont rares. »

« On est en conflit avec les concessionnaires »

Azélie Pique, étudiante de 19 ans, habite rue Jean-Ango

« On est en conflit avec les concessionnaires automobiles. On a souvent des réunions avec la mairie de quartier sur le sujet, et on a pu obtenir un dos d'âne. Mais les aménagements ne sont pas adaptés aux cyclistes et piétons, avec les trottoirs défoncés. Et puis ça construit beaucoup : on détruit des belles bâtisses pour y mettre de gros immeubles... Après, on est bien desservis par les transports et le stationnement est gratuit. »

« Le quartier manque très clairement de commerces de proximité »

Véronique Bouleuc, ingénieur de 26 ans, habite rue Alexandra-David-Néel

« Le quartier est agréable. Je ne devais pas habiter ici, mais je voulais un appartement neuf, car les anciens sont moins bien isolés. Ici j'aime bien le calme et le fait d'être à 10 minutes à pied de mon travail et du centre. Par contre, ça manque très clairement de commerces de proximité. Il y a les Docks et un Intermarché, mais ce sont des grands magasins. Il y a aussi deux boulangeries au bout de la rue, mais elles sont fermées le week-end ! »

Des commerces de proximité très attendus

Le développement du quartier a dû se faire en coordination avec les concessionnaires désireux de rester. De nombreuses opérations « tiroirs » ont été montées : un concessionnaire vendant son terrain intègre ainsi le rez-de-chaussée d’une nouvelle construction. Du coup, avenue du Mont-Riboudet et rue de Constantine, les rares activités commerciales tournent essentiellement autour de cette activité. Et ce n’est pas terminé. La résidence Campus’ Ouest livrable à l’été 2021 par Bouygues Immobilier, rue de Constantine, accueillera des commerces dont déjà un tiers de la surface est attribuée à des activités en lien avec les concessionnaires. Pour la Ville, l’avenir serait de conserver uniquement les activités showroom dans le quartier. Encore faut-il que les premiers concernés l’entendent ainsi.

Côté commerces, Intermarché Constantine truste une bonne partie de l’offre avec notamment une pharmacie. Il y aurait de la place pour d’autres comme le soulignent les habitants interrogés (lire ci-contre). À la Luciline, un restaurant japonais doit ouvrir prochainement au pied du Calys. L’îlot D1 (sur le site de l’ancien restaurant Le Quai Ouest), attribué à Bouygues Immobilier, comprendra des logements, des bureaux et des commerces (début du chantier fin 2020). Notamment un restaurant et « peut-être une offre alimentaire », selon le directeur régional du promoteur.

Françoise Guillotin, élue à la Métropole, se veut confiante : « Plus le quartier va bouger, plus les porteurs de projets commerciaux vont s’y intéresser, c’est évident ».

L'activité commerciale tourne pour l'instant essentiellement autour du secteur automobile.

L'activité commerciale tourne pour l'instant essentiellement autour du secteur automobile.

L'activité commerciale tourne pour l'instant essentiellement autour du secteur automobile.

L'îlot D1 sera construit sur le site de l'ancien restaurant Le Quai Ouest qui, une fois fermé, avait été repeint par des artistes.

L'îlot D1 sera construit sur le site de l'ancien restaurant Le Quai Ouest qui, une fois fermé, avait été repeint par des artistes.

L'îlot D1 sera construit sur le site de l'ancien restaurant Le Quai Ouest qui, une fois fermé, avait été repeint par des artistes.

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La construction d'une école
n'est pas encore au programme


La Ville ne projette pas pour l’instant la construction d’une nouvelle école. «Les quartiers Ouest mutent mais il n’y a pas d’augmentation exponentielle du nombre d’élèves, relève Christine Rambaud, adjointe au maire chargée de l’urbanisme. Il y a tout de même une augmentation qui est suivie de près. Une étude plus fine sera réalisée car on sait bien qu’il faudra l’anticiper. »

Les enfants des quartiers Ouest se répartissent entre l’école primaire Pasteur (tout à l’ouest), la maternelle Lefort rue du Renard, l’école élémentaire Franklin et la maternelle Brière près de Pasteur, l’école élémentaire Pottier et la maternelle Hachette au-dessus de la place Cauchoise.

« Des travaux sont programmés dans l’école maternelle Graindor pour réaménager un plateau qui permettra de créer trois nouvelles classes », à la rentrée 2020. « Et un autre plateau peut être réaménagé pour trois classes supplémentaires. Ça va faire un peu d’air. On reconfigura la carte scolaire pour que les enfants qui sont dans les quartiers Ouest proches de l’école Graindor puissent venir », précise Christine Rambaud.
Cela permettra aussi d’envisager le transfert de certains enfants de Pasteur vers Franklin, selon le souhait manifesté par les familles.

Si d’aventure il est jugé nécessaire d’agrandir l’école Franklin, la Ville dispose d’une emprise (inscrite dans le PLUi) sur une partie du parking de Brico Dépôt, à l’angle des rues de Constantine et de Tanger.
Le jour venu, si les deux parties ne trouvent pas de terrain d’entente, la mairie peut avoir recours à une Déclaration d’utilité publique pour récupérer la parcelle. La Ville dispose d’une autre emprise entre le gymnase et le parking du même magasin, de part et d’autre de la rue de Lisbonne.

Des crèches demandées

À Rouen, il n’existe aucun projet de construction de crèche municipale. « La demande d’accueil collectif est très forte », reconnaît Christine de Cintré, conseillère municipale chargée de la petite enfance. Pourtant, selon l’élue, tout le monde devrait s’y retrouver, avec 1 000 places chez des assistantes maternelles. Mais la crèche est demandée en priorité. Rouen compte 450 places en crèches municipales et 260 en associatif, ces dernières étant soutenues par la Ville. Pour la crèche privée Liberty Luciline, la Ville a financé 10 places (proposées au tarif CAF), sur 35 berceaux (25 pour les entreprises).

Texte et mise en page :
Christophe Hubard

Photos :
Paris-Normandie (sauf mentions contraires)

Photos et vidéo drone :
Sylvain Richon / PNTV / CPM drone