Riou Glass, une entreprise familiale devenue nationale

Près de Pont-Audemer, le fabricant historique de vitres pour bâtiments fête ses 40 ans. Retour sur cette success story familiale

Créé en 1979, le groupe familial Rious Glass n'en finit pas de grandir. À sa tête, Pierre Riou, fondateur de cette entreprise qui fabrique et transforme différents types de produits verriers à destination des secteurs du bâtiment, du transport et de la sécurité des personnes et des biens. Aujourd'hui, la société, dont le site historique est basé à Bouleville, près de Pont-Audemer, fête ses 40 ans et continue de se développer. Retour sur une véritable succes story normande.

Pierre Riou, de vitrier à PDG

Après une enfance rendue compliquée par des problèmes de santé, Pierre Riou a eu des difficultés à obtenir un emploi. Sans certificat d'étude, il s'est formé dans un atelier de mécanique. En 1979, à 26 ans, marié et père de deux enfants, il décide de se lancer dans la transformation de verre isolant. Il commence dans un camion pour remplacer les carreaux cassés. Comme vitrier ambulant.

« Il s'est mis à rénover des maisons de Parisiens. Il s'est rendu compte qu'il fallait six à huit semaines pour remplacer un vitrail. Il a alors voulu trouver un moyen de raccourcir ce délai, raconte sa fille. Les banquiers n'ont pas suivi. C'est pour ça qu'il a a décidé de créer sa propre machine. »

Pierre Riou, le fondateur de Riou Glass, en compagnie de sa fille Christine Riou. (Photo : Paris-Normandie)

Pierre Riou, le fondateur de Riou Glass, en compagnie de sa fille Christine Riou. (Photo : Paris-Normandie)

Son premier atelier prend forme dans le garage familial à Pont-Audemer où il a monté sa machine artisanale pour faire du double vitrage. « Il a pu déposer le brevet. » Pierre Riou s'est présenté au salon du verre en Allemagne et il a commencé à avoir de la demande. La machine Riou est lancée avec la fabrication et la transformation de verre avec le double vitrage.

« Il passe alors à un délai de deux jours, raconte sa fille. Je suis admirative de mes parents, de leur résilience et de leur passion. Ils n'avaient rien. Ils ont connu la période où ils n'avaient pas à manger au début car ils investissaient tout. Malgré les échecs et les difficultés, ils n'ont jamais baissé les bras. » D'investissement en investissement, le groupe Riou Glass a grandi pour devenir ce grand verrier français. 

Une fabrication 100 % française

L'entreprise créée en 1979 emploie aujourd'hui 1 000 salariés. Au fur et à mesure des années, elle a acheté différents sites pour la transformation du verre. Elle possède même à 50 % (avec son concurrent) une usine de production de verre plat, Eurofloat à Salaire-sur-Sanne (38). Aujourd'hui, Riou Glass développe avec ses 16 sites dans toute la France quatre gammes de produits pour ses clients : le confort avec des vitrages isolants, anti-reflet, des vitrages chauffants voire même des stores intégrés ; la sécurité avec du verre pare-balles, anti-explosion, anti-vandalisme, pare-flammes ; l'architectural avec ses vitrages décoratifs, des miroirs mais aussi le Smart Glass avec les vitrages alarme, chauffants anti-condensation, LEDs intégré.

Le groupe travaille pour l'urbanisme, le commerce, l'habitat individuel, l'aménagement intérieur, le tertiaire et les bâtiments, les établissements recevant du public, l'habitat collectif, le mobilier et la communication, les transports et les industries ainsi que la sécurité et la défense.

Depuis plusieurs années, le site Riou Glass à Narbonne a développé le verre par balle notamment pour les commissariats, gendarmeries, centres pénitentiaires, hôpitaux psychiatriques, les ministères, les ambassades ou les consulats. « Nous avons une vraie demande depuis les attentats », précise la vice-présidente. 


Riou Glass en 18 dates clés

Pour ses 40 ans, Rious Glass investit et embauche

La direction de Riou Glass VIP, à Boulleville, compte embaucher une quinzaine de personnes en 2020, dont des opérateurs de production et des techniciens. C’est une nouvelle qui souffle un vent d’air frais sur l’emploi local. Il faut dire que l’ambition de Pierre Riou, le fondateur, a toujours été de « créer de l’emploi et de la richesse en Normandie ».

Chose faite dans le site historique qui a vu grandir le groupe Riou Glass, appelé autrefois « Vitrages isolants de Pont-Audemer », spécialiste du verre à destination du bâtiment, du transport, et de l’industrie. Ce groupe possède aujourd’hui 16 autres sites en France pour la transformation du verre, dont un dédié à la fabrication du verre à plat.

Découvrez le nouveau robot d'enduction

Quatre millions d'euros investis

À Boulleville, la compagne du fondateur, Christiane Riou, est toujours installée dans son bureau qu’elle occupe depuis 1983. « Je n’ai jamais voulu aller au siège [à Honfleur (14) depuis 2017, Ndlr]. » Le couple prend progressivement ses distances pour passer la main à sa fille, Christine Riou, la vice-présidente. Elle incarne cette nouvelle génération qui donne les clés aux directeurs de site, comme Daniel Port à Boulleville, arrivé il y a un an et demi. « Il a fait un énorme travail », témoigne Christiane Riou.

Le jeune homme a pris les commandes du site historique – 21 M€ de chiffre d’affaires – qui compte aujourd’hui 150 salariés. Les activités principales sont la transformation de verres pour isoler, protéger, mais aussi la création de vitrages chauffants (radiateur) ou les claviers d’ordinateur (2018). « Nous avons 13 métiers différents sur le site », lance le directeur.

Près de 1 000 salariés travaillent pour Riou Glass. (Photos : Aurore Coué)

Près de 1 000 salariés travaillent pour Riou Glass. (Photos : Aurore Coué)

Depuis le mois de janvier, Boulleville a investi dans l’impression numérique avec une ligne de sérigraphie numérique. Soit une imprimante XXL. L’encre est ainsi gravée sur le verre après un passage dans le four trempé. Résultat : de la décoration sur verre pour faïences, cabines de douche, façades d’immeuble, portes et même décoration sur les vitrages chauffants.

Des investissements jusqu'au printemps 2020

Il s’agit de l’un des premiers investissements lancés pour donner un nouveau visage au site. « Nous disposons aussi d’un nouveau scanner ligne d’assemblage à 60 000 € pour vérifier la qualité du verre et ainsi éviter les rayures, les coquilles, les tâches », indique Daniel Port. En décembre, une station de traitement de l’eau et un robot d’enduction seront installés. Au total, 4 M€ seront investis. « Nous investissons pendant un an jusqu’au printemps 2020 », annonce-t-il.

Prochain changement d’envergure : à la fin de l’année, quand l’entreprise fermera ses portes pour les fêtes. La nouvelle ligne automatisée de façonnage de 2 M€ sera installée. Dès le retour des salariés en janvier 2020, elle sera opérationnelle.

Découvrez la nouvelle ligne d'assemblage prévue pour 2020

« Nous avons beaucoup de demandes [60 000 commandes par an dont 300 par jour, N.D.L.R], mais nous n’avons pas la capacité d’y répondre. Avec la ligne, nous allons pouvoir aller sur de nouveaux marchés, explique-t-il. Trois activités seront regroupées sur une ligne plus moderne. Là où on faisait par exemple 25 pièces en huit heures, on pourra en faire 120 ! » Où comment automatiser tout en créant des postes.

Au-delà, c’est toute l’organisation du site qui est en refonte. Un agrandissement est prévu au printemps 2020 avec la création d’un bâtiment de 800 m² à deux étages pour un montant de 500 000 €. Il comprendra les bureaux de la comptabilité, une salle de réunion, un réfectoire, et l’atelier création actuellement à l’extérieur du site dans la zone industrielle. Avec sa grande baie vitrée où sera inscrit le logo de l’entreprise imprimé sur verre, il accueillera les visiteurs à travers une nouvelle entrée. Un relooking qui fête ainsi les 40 ans de l’entreprise familiale.


RiouGlass Academy. Depuis un mois, Riou Glass a investi la pépinière d’entreprises, La Cartonnerie, à Pont-Audemer pour faire des formations. Il s’agit de la RiouGlass Academy. Cette activité, auparavant au siège, permet de former les salariés du groupe aux métiers du verre. « On veut développer cette expertise et la mettre au service d’un plus grand nombre de nos collaborateurs, de nos clients et aussi de personnes extérieures », souligne la vice-présidente.

16 sites implantés en France

Christine Riou, la digne héritière de son père

Depuis un an, la fille du fondateur de Riou Glass, Christine Riou, prend progressivement les rênes du groupe à la direction opérationnelle. Une transmission père-fille dans une entreprise si familiale.

Il est difficile de croire que, 40 ans plus tôt, Pierre Riou aurait pu s’imaginer transmettre son groupe indépendant de transformation et de fabrication du verre 100 % français à ses enfants. Lui qui a commencé dans un atelier, dans sa maison, à fabriquer ses propres machines. Et pourtant...

Fin prête

Sa fille qui, dans son enfance entendait les histoires de l’entreprise au dîner, semble fin prête. Christine Riou, 42 ans, est vice-présidente depuis un an. « Mon père envisage de lever le pied, mais je veux le garder à mes côtés. Il n’y a pas de timing, la transmission opérationnelle se fait en douceur », témoigne-t-elle.

C’est un choix mûrement réfléchi. « Enfant, on passait nos semaines, nos week-ends, nos vacances dans l’entreprise. Elle est dans mes veines. Mon frère l’a toujours appelé notre petite sœur », poursuit Christine Riou. Le poids des responsabilités, elle l’accepte et l’a démontré il y a quelques semaines quand elle a présidé pour la première fois le pôle bancaire annuel sans son père.

« Son instinct paternel veut m’éviter de la souffrance avec des dossiers difficiles. Je préfère qu’il soit là aujourd’hui pour que je sois plus à l’aise seule demain », confie-t-elle. Avec son frère Nicolas, installé dans un bureau au Canada pour externaliser le groupe, cette femme incarne la nouvelle génération Riou. « Il le développe à l’international depuis trois ans. Nous avons des opportunités sur place avec le vitrage chauffant. » Ils pensent aussi à l’Espagne ou à d’autres pays limitrophes de la France.

Le défi de la deuxième génération

Opérationnelle, la vice-présidente a déjà des objectifs en tête. « Le défi de la deuxième génération est de structurer le groupe qui a grandi vite. Notre force est le collectif et les compétences diverses », explique Christine Riou. Son cheval de bataille est aussi de développer la vente de l’ensemble des produits en France. « Historiquement, les chargés d’affaires vendent les produits de leur site de rattachement puisque chaque site a sa production. » 

Se développer sans oublier les valeurs familiales qu’elle est en train d’inscrire dans le verre pour les générations futures souligne-t-elle dans son bureau au siège à Honfleur (14).C’est à ce moment-là que Pierre Riou fait son entrée. Style décontracté, l’œil malicieux, il regarde avec complicité et fierté sa fille : « Je me raisonne, car c’est un passage obligé. J’ai aucune honte à dire que je me suis entouré de gens plus intelligents que moi pour réussir. »

« Pas de temps pour moi »

Et quand on lui parle retraite, ce n’est pas encore vraiment d’actualité. « Je n’ai jamais pris du temps pour moi. M’arrêter à 100 %, c’est impossible. » Il est question d’un conseil de surveillance « pour ne plus mettre les mains dans le cambouis. Mais il y a encore plein de choses à inventer, car l’innovation ce n’est pas copier, mais imaginer la maison de demain. » Tout en ralentissant. « On ira à la pêche », lance-t-il à son frère, Robert, qui fait son apparition dans le bureau. Entre ses deux enfants et ses cinq petits-enfants, la lignée Riou est bel et bien assurée.


Texte et photos : Aurore Coué

Mise en page : Jérémy Chatet