Trois ans après l'incendie du Cuba Libre, à Rouen

L' insurmontable douleur en procès

incendie Cuba Libre Rouen

Le 6 août 2016, l'incendie du bar rouennais Au Cuba Libre faisait 14 morts et six blessés. Trois jours plus tard, une information judiciaire était ouverte et le 14 septembre 2016, Nacer et Amirouche Boutrif, les gérants du bar, étaient mis en examen. Le 3 décembre 2018, un renvoi devant le tribunal correctionnel était ordonné.

Trois ans plus tard, le 9 septembre 2019, le procès des deux frères débutait. Un procès hors norme pour lequel pas moins de 140 parties civiles étaient annoncées. Une douzaine d’avocats et trois salles du palais de justice ont été mobilisées, ainsi que sept psychologues et cinq juristes, présents au côté de l’association France victime de Rouen. Les audiences se sont tenues dans la salle qui accueille habituellement les sessions d’assises. Une salle de report vidéo et une salle de travail pour les professionnels ont également été mises en place.

C'est ce procès très attendu - que la rédaction de Paris-Normandie a suivi en direct sur son compte Twitter - que nous vous proposons de revivre à travers ce grand format.


Rappel des faits

Ce soir d'été 2016, alors qu'un groupe d'amis fête les 20 ans d'Ophélie au bar Le Cuba Libre, une invitée trébuche dans l’escalier qui conduit au sous-sol de l’établissement, situé sur la rive gauche de Rouen. Les bougies du gâteau d'anniversaire qu'elle tient dans ses mains embrasent immédiatement le plafond. La sortie de secours est bloquée, les invités sont pris au piège et en quelques minutes, la fête tourne au cauchemar.

Julie, Romain, Sarah, David, Steeve, Jennifer, Florian, Mégane, Zacharia, Donatienne, Mavrick, Ophélie, Brahim et Karima meurent. Gauthier, Yannis, Bilai Nahim, Faouzi, Jérôme et Jamel sont blessés.

Trois ans plus tard, Amirouche et Nacer B., les gérants du bar, sont poursuivis pour « homicides involontaires par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement » et « blessures involontaires ». Ils comparaissent libres.

Les peines principales maximales encourues en cas de condamnation sont l'emprisonnement délictuel (cinq ans d'emprisonnement), l'amende délictuelle (75 000 euros d'amende) et l'amende contraventionnelle (1 500 d'amende). Des peines complémentaires sont également encourues.


Le temps du procès

Le procès de Nacer et Amirouche B. a commencé le lundi 9 septembre 2019, au tribunal correctionnel de Rouen, pour une semaine.

Nacer B., placé sous contrôle judiciaire depuis septembre 2016, est représenté par Maître Ait-Taleb du barreau de Rouen. Amirouche B. est quant à lui représenté par Maître Antoine Vey, du barreau de Lille, membre du bureau Dupond-Moretti & Vey.

Au premier jour du procès, la présidente Catherine Héron (assistée de Rozenn Gernier et Claire Steyer) commence par donner le nom des 14 victimes et les chefs de renvoi des deux prévenus. Chemise bleue nuit, crânes rasés, les frères se ressemblent. Tous les deux choisissent de répondre aux questions qui leur seront posées tout au long du procès.

Les différentes parties civiles et leurs avocats sont égrainées par la présidente. Leur nombre est impressionnant, compte tenu du nombre de victimes. La Fédération nationale des victimes d'attentats et accidents collectifs (FENVAC) figure également sur le banc des parties civiles.


Le profil des prévenus

Nacer B. est le premier à s’installer à la barre. Né en 1971 et marié depuis 2009, il a la double nationalité franco-algérienne. Il a un fils, Léo, qui vit avec la maman, dont il est en train de se séparer. Nacer B. a un bac + 2 en archéologie et civilisation, obtenu en Algérie. Il a acheté le fond de commerce du Cuba Libre en 2003. Lors de l’incendie de 2016, il était salarié, son frère Amirouche en ayant repris la gérance. Il est désormais agent administratif, à Paris, en CDI depuis cet été. Le prévenu est considéré comme travailleur handicapé, « entre 50 et 79 % ». Il gagne environ 1 500€ par mois.

Au niveau de son caractère, il se dit « impulsif ». En 2013, une main courante avait été déposée contre lui pour « menaces répétées » par les employés de Brico Dépôt. « C’est parti d’un malentendu », se justifie le prévenu. Justine, employée du bar, le montre sous un meilleur jour. « Il m’a beaucoup aidée. C’était comme un deuxième père. »
« C’est vrai. Je suis impulsif mais je ne suis pas mauvais », estime Nacer B. Pendant le procès, il expliquera qu’il fait des cauchemars toutes les nuits : « C’est moi qui ai ramené le drame. Mais j’en souffre aussi » ajoutera-t-il.

« Cinq ans de prison pour 14 morts, ce n'est rien du tout... »
Nacer B., prévenu

Amirouche B. s’installe ensuite à la barre avec son interprète. En France depuis 2011, il a été régularisé en 2013. C’est à partir de ce moment-là qu’il a travaillé pour son frère. Il est marié depuis 2015 et a une petite fille. Désormais salarié dans une entreprise de transports en CDI, il estime « normal » le fait de devoir s’astreindre à un contrôle judiciaire. À la question du caractère, le prévenu se décrit comme quelqu'un de « calme ».

Au niveau des relations entre les deux frères, Amirouche B. explique avoir du « respect » pour son frère, en disant « c’est la famille ». « Nacer, plus âgé, semblait être plus à l’aise avec les clients », précise la Présidente. Maître Antoine Vey, avocat du prévenu, précise qu’Amirouche est suivi médicalement par un psychiatre à Saint-Etienne-du-Rouvray. « Il a aussi souffert du drame », selon lui.


L'historique du Cuba Libre

Le premier jour d'audience se poursuit avec l’historique du bar, qui s’appelait auparavant Le Joffre. La cession a été faite en 2003, au profit de Nacer B. L’achat du fonds de commerce a pu se faire grâce à un don d’un oncle en Algérie (qui a été remboursé par la suite). Le bar lui a coûté 30 000 €.

« Un certain nombre d’incidents » ont été répertoriés au cours des années suivantes : nuisances sonores, tapage nocturne, service à des gens ivres, défaut de réglementations... En 2008, une menace de fermeture de 15 jours plane sur le bar. Nacer B. demande alors une révision de son cas : aucune fermeture administrative n'est faite.

« Même sans musique, tout fait du bruit. J’ai essayé de faire au mieux. »
Nacer B.

Le bail désigne le bien comme « un local commercial avec vitrine sanitaire et cave en sous-sol ». Nacer B. souhaite, en le reprenant, refaire la façade et adresse un dossier pour cela. Il obtient l’autorisation de la mairie de Rouen en 2010. Suite aux travaux, une main courante est déposée en 2010 (nuisances sonores) puis en 2011 (pour les mêmes raisons).

Une étude acoustique est ensuite réalisée à la demande de Nacer B. Il est indiqué que l’établissement organise des soirées DJ trois jours par semaine, du jeudi au samedi soir. « De mémoire, je ne suis pas descendue au sous-sol », précisait dans sa déposition la personne ayant effectué l’étude. Des conseils lui ont été donnés pour une meilleure gestion du bruit, mais pas pour en augmenter la capacité.

Avec les soirées DJ, « l’affectation du local a été modifiée », explique Mme la présidente. « Je pensais juste agrémenter, je ne pensais pas qu’il fallait que je prévienne », se justifie le prévenu. Le cabinet Sauvage, qui gère le lieu, n’a pas été prévenu de ce changement.

En 2014, une enquête est faite pour travail dissimulé au sein du bar. Les policiers qui se rendent au Cuba Libre constatent que la cave est toujours utilisée, alors qu’Amirouche B. leur certifie l’inverse. Sur la porte amenant au sous-sol, il est écrit « Privé ».

« Pourquoi ne pas avoir mentionné le changement d’utilisation ? », demande la présidente. « Pour ne pas perdre le bail », répond le prévenu. « C’est comme un engrenage », explique-t-il. La transformation du sous-sol en boîte de nuit aurait fait grimper le chiffre d’affaires « de 30% », selon les propos de Nacer B. lors de sa garde à vue. « C’est donc de la dissimulation », précise le tribunal. Amirouche B. savait que Nacer B. n’avait mentionné à personne ces travaux.

En avril 2016, Amirouche B., alors devenu gérant du Cuba Libre, demande à la Préfecture l’autorisation de fermer à 4 h du matin au lieu de 2 h. « Comment avez-vous justifié ça ? », demande la présidente. « Les gens venaient tard, il y avait la musique... », dit le prévenu. Aucune mention de la salle du sous-sol.


Les travaux

Pendant l'audience, Nacer B. explique avoir fait les travaux quasiment seul, avec du matériel acheté en magasin de bricolage. Il dit s’être fait conseiller par des vendeurs, sur l’isolation du rez-de-chaussée d'abord. Ensuite, naît l’idée de mettre la même mousse au sous-sol. Un ancien client, d’origine roumaine, aurait aidé Nacer B. à faire quelques travaux. Inconnu des instances françaises, celui-ci n’a jamais pu être retrouvé et donc interrogé.

« Je ne pensais pas qu’il fallait prévenir la mairie pour le sous-sol », déclare Nacer B., qui assure l’avoir appris lors de ses interrogatoires. De son côté, Amirouche B. ne se rappelle pas (« Je n’ai pas la mémoire ») s’il était présent lors de l’achat de la mousse en polyuréthane.

« Si j'avais su, j'aurais arrêté. »
Amirouche B.

« Je n’ai jamais pensé à un incendie. Des mouvements de foule, des bagarres, oui. Mais pas à un incendie », explique Nacer B. sur la pose de la porte de secours, modifiée par les deux acolytes. La barre anti-panique apposée dessus est montée à l'envers. Soupirs dans l’assistance. « J’ai cru avoir bien fait. Je ne sais même pas quoi dire, je me rends compte de ce que j’ai fait et des conséquences... Je ne peux pas justifier l’injustifiable », reprend le prévenu.

À la question « Pourquoi n’avez-vous pas déclaré l’extincteur du bas au même titre que celui du haut ? - Je n’y ai pas pensé », répond Amirouche B. « À part cet extincteur en bas, avez-vous pensé que cela puisse prendre feu ? » demande Maître Antoine Vey. « Jamais. Si j’avais su, j’aurais arrêté », assure Amirouche B. « Je sais que les familles vivent des moments difficiles. Elles ont perdu des êtres chers. Je suis sincère », confie Amirouche B. Certains membres des familles de victimes se grattent la gorge bruyamment au terme « sincère ».

Dans les faits, le Cuba Libre aurait alors dû être déclaré en établissement de 4ème catégorie. Cela n’a jamais été fait par les frères B.

Selon Aurélien T., expert spécialisé en feu, « la mousse (mise aux murs et au plafond) était aisément inflammable » et absolument pas adaptée à un établissement recevant du public. Maître Ait-Taleb, avocat de Nacer B. s’interroge sur le fait qu’un symbole n’ait pas été apposé sur l’emballage, en plus de la mention « produit non ignifugé ».

« Peut-être que j’ai lu et que je n’ai pas compris. Peut-être que je n’avais pas conscience de la dangerosité de la chose », dit Nacer B. à propos de l’étiquette sur la boîte de mousse. « J’ai du mal à comprendre que vous n’ayez pas regardé dessus » lâche la présidente. Suite à l’incendie, cette mousse a été retirée du marché.

L’expert incendie raconte de son côté que « la mousse s’est embrasée rapidement, le départ de feu rapide a dégagé beaucoup de fumée ». « Il n’a fallu que quelques secondes pour que le plafond ne s’enflamme totalement », décrit le spécialiste. Un des survivants a eu une terrible comparaison : le bruit de sa main sur le sol brûlant (pour se relever après les nombreuses chutes) « a fait le bruit d’un steak dans une poêle ». Aucune des règles de prévention incendie n’a été respectée au Cuba Libre (alarme inexistante, utilisation d’éléments pyrotechniques, absence de dégagements, isolation acoustique non adaptée...).

« On a le sentiment que vous avez fait tout ce qu’il ne fallait pas faire et que vous n’avez pas fait ce qu’il fallait faire. »
La présidente de la Cour

« En 21 ans de service, je n’ai jamais vu de telle situation. Sauf peut-être chez des marchants de sommeil », a estimé Patrick P., sapeur-pompier. « Est-ce que vous auriez préconisé une fermeture ? » demande Maître De Saint Rémy, avocat de la famille de Mégane A., l'une des victimes. « Oui » répond clairement le prévisionniste.

Pour Maître Capitaine, avocate des familles de Mavrick B., Florian D. et Donatienne T., la faute est clairement à imputer aux gérants. « On ne peut pas dire que c’est la faute à pas de chance, c’est la faute des exploitants. On fait des erreurs, on fait de ce dancing un local mortifère », déclame l’avocate.


Le travail des secours

Le 6 août 2016, le premier appel aux secours est passé à 00h20. Une femme explique qu’un feu s'est déclenché au Cuba Libre. Parmi les appels, un autre émane du téléphone d’Amirouche B. Les pompiers arrivent vers 00h27.

Les témoins racontent la scène : « Des flammes en continu comme un lance-flammes », « J’ai entendu comme une explosion, un bruit sourd », « Une boule de feu qui est sortie du bar », etc.

Nacer B. raconte comment il s’est aperçu de l’incendie :« La première seconde je ne comprends pas. Ensuite, je crie « Y’a le feu » ! Je voulais descendre mais je n’ai pas pu. Mon corps ne pouvait pas, j’étouffais. Mon frère a essayé de rentrer, mais on ne pouvait pas respirer », explique-t-il. Les deux frères se mettent à pleurer.

Cédric L., pompier appelé sur place le jour de l’incendie, témoigne. « Les opérations d’extinction ont été très vite menées quand nous sommes arrivés. Nous avons réalisé des opérations de reconnaissance au sous-sol et avons vu des victimes. Six ou sept victimes ont été sorties par l’escalier, le même nombre par la porte. L’opération s’est terminée pour nous vers 5 h du matin. 50 à 60 pompiers ont été mobilisés, ce qui représente un événement de grande ampleur. »

L’information donnée aux pompiers par Nacer B. est qu'il n'y a « aucune issue de secours en bas » et que les « personnes qui fêtaient un anniversaire y sont piégées ». « Qu’est-ce qui vous a marqué lors de cet incendie ? », lui demande ensuite la présidente. « L’étroitesse de l’escalier et la petitesse du local », répond Cédric L. « Le fait d’avoir mis une mousse comme ça nous a choqués. Ce ne sont pas des matériaux adaptés », estime-t-il.

Il aura fallu une heure pour remonter six corps. « L’escalier était vraiment exigu. C’est comme remonter des corps à la verticale », explique le pompier. Il précise qu’il était quasi impossible pour une personne lambda de remonter seule dans les flammes. « Si les pompiers avaient eu connaissance de cette issue de secours plus tôt, pensez-vous que d’autres personnes auraient pu être sauvées ? », demande la présidente. « Il est probable que nos recherches auraient été concentrées là-dessus. Difficile à dire pour le reste », répond le pompier. Pour Cédric L., « si la porte n’avait pas été verrouillée, des personnes auraient pu s’échapper, vers le parking, loin des flammes. Le bilan n’aurait pas été le même ». Silence dans la salle. La porte de secours, ni clairement identifiable, ni indiquée par les gérants, est finalement découverte par les pompiers.

Le pompier raconte n’avoir eu aucun contact avec les frères B. lors de l’incendie. Selon lui, le fumoir n’était pas non plus identifiable : « L’information de son existence a été donnée par un collègue pompier ou policier. » Cédric L. explique qu’à leur arrivée « il n’y avait plus grand chose à faire ». Il dit ressentir un « sentiment d’échec vis-à-vis de ceux qu’ils n’ont pas pu sauver ». Sous les applaudissements des familles, il quitte la salle d'audience. Moment très fort.

Anthony L., pompier, s’avance à présent à la barre. Il évoque les « galères » et « grosses difficultés » à sortir les corps du sous-sol. C’est lui qui a « défoncé » la porte de secours, fermée à clé. « Le sol était très glissant », décrit le pompier. « Nous avons agi au maximum de nos capacités. On ne pouvait pas faire mieux, sauf si on avait su pour l’issue de secours », précise également le pompier. « Je me rappelle de la situation comme si c’était hier, du visage des victimes », dit le jeune homme dans un souffle.

« Si la porte avait été déverrouillée, tout le monde en serait sorti vivant. »
Anthony L., pompier

« L’air n’était pas respirable », précise le pompier. « Sans issue de secours, c’était un piège. Il existait une fenêtre dans le fumoir, mais la fumée était trop forte. »

Daniel B., policier, est appelé à témoigner. « Le travail des pompiers a été très compliqué, de par les lieux, la fumée et le nombre exceptionnel de victimes. Les corps sortis ont été emmenés au CHU pour identification. » « Nous avons pris notre temps pour ne pas faire d’erreur. Il nous restait cinq victimes à identifier. Le travail d’identification a été fait avec les familles, en leur présentant des objets, puis les corps », explique le policier. En poursuivant son récit, il se met à pleurer. « C’est des jeunes, qui avaient l’âge de nos enfants. On ne peut rien faire... c’était très dur. »

Le policier s’occupe habituellement des cambriolages et a dû se rendre au Cuba Libre du fait de son astreinte. Il martèle avec émotion qu’il « ne souhaite ça à personne. C’était la première et j’espère la dernière fois que j’irai sur ce genre d’affaire ».

Le récit est terrible. Des chaussures, téléphones, vêtements sont retrouvés « un peu partout dans la pièce ». Le gâteau d’anniversaire est retrouvé renversé en face de l’escalier, près d’un fauteuil.

Le procureur de la République remercie Daniel B. de son travail. Ce dernier quitte la salle sous les applaudissements des familles. Une fois de plus, le moment est poignant.

« Quand vous voyez écrit Maman sur un appel manqué d’un portable que vous ramassez, c’est dur. »
Daniel B., policier

Le mardi, la Police judiciaire est saisie. L’embrasement du plafond par les feux de Bengale du gâteau est alors confirmé. Tout comme le fait que « la mousse n’était pas adaptée » et était « très inflammable ».


Un message vocal avant de mourir

Un des éléments nouveaux mis en avant au procès est le message vocal de quatre minutes laissé par Zacharia H., le DJ, à son ami Amirouche, alors que l’incendie est en cours.

« Il m’a dit : « À l’aide, au feu », pleure le prévenu. Je l’ai entendu souffler puis plus rien. » Amirouche B. n’avait jamais parlé de ce message vocal avant qu’il ne soit interrogé dessus lors de l’examen des téléphones. « C’était difficile », répète plusieurs fois le gérant du Cuba Libre. « Je ne trouve pas les mots », dit-il. Il raconte avoir effacé le message peu après. On entend des sanglots dans la salle.

« Ce qui fait le plus de mal à ceux que je représente est d’avoir été privés des derniers moments d’avec leurs proches », explique l’avocat de la famille de Zach, qui évoque le message laissé alors « qu’il était dans cet enfer incandescent ».

« Il vous a appelé à l’aide. Sûrement parce que vous aviez les clés (de l'issue de secours). Est-ce qu’il vous a parlé de la porte verrouillée ? », s’énerve Maître De Saint Rémy. Aucune réponse de la part d’Amirouche B. Le moment est tendu.

L’une des hypothèses de l'avocat est celle qu’Amirouche B. ait laissé « volontairement fermée » cette porte de secours. Il balaie d’un revers de main l’idée que le prévenu ait voulu descendre héroïquement au sous-sol pour ouvrir et sauver les victimes.


Le récit des survivants

Gauthier L., victime blessée, s’avance à la barre. « On est arrivés à plusieurs pour rejoindre Zach, qui était un ami à tous. Quand j’ai entendu "Au feu", j’ai cru à une blague, à une bêtise. Je suis allé voir et j’ai vu la moitié de la cage d’escalier en feu ».

Il a réussi à remonter l’escalier. « J’ai pris la main de ma cousine et j’ai couru » détaille le jeune homme. « J’ai essayé d’éteindre le feu avec ma chemise » explique le survivant, qui raconte ne pas avoir vu d’extincteur. « L’escalier était trop raide, j’étais obligé de lâcher Mégane. Je pensais qu’elle me suivrait. Elle a peut-être eu peur, je ne sais pas. Le feu faisait des cercles et des cercles, c’était impressionnant » . Ses mains, sa jambe droite et son avant-bras ont été partiellement brûlés.

« On fait avec. Ce n’est pas facile tous les jours, mais on n’a pas le choix. »
Gauthier L., rescapé

Gauthier L. n’a jamais vu la porte de secours ouverte. Il a tenté de l'ouvrir : « Je suis passé par l’escalier parce que je sais que quand on passe vite dans le feu, il ne brûle pas. J’ai eu le réflexe d’essayer de retenir ma respiration, parce que je savais que ça faisait plus de mal que le feu lui-même ». L'émouvant jeune homme raconte que son insouciance est complètement perdue depuis ce soir là et qu'avec la perte de ses amis, il se sent « orphelin ».

Yannis A., également rescapé, explique à son tour l'incendie. « J’attendais que quelqu’un sorte un extincteur. En moins de 30 secondes, tout a pris feu... Je fixais l’escalier en me demandant si j’allais pouvoir passer dans le feu. J’y suis allé grâce à mon instinct de survie. Arrivé au rez-de-chaussée, on tombait tout le temps parce que le sol était très glissant » précise le jeune homme, qui a perdu sa cousine Karima dans le drame. « Depuis, je n’arrive plus à dormir dans le noir complet, je mets une lumière » confie-t-il, « dans mes cauchemars, je vois les dernières images de ma cousine. Tous les jours je pense à pourquoi je ne lui ai pas pris la main ». Une fois de plus, le moment est déchirant. « Pourtant, il a fait ce qu’il a pu, il n’y avait rien à faire de plus » dit Maître Picchiottino, conseil de la famille A.

« J'ai dû marcher sur un corps pour sortir. »
Bilal M., survivant

Bilal M. a également eu l'idée de s'échapper par l'escalier en feu. « J’ai vu le DJ mettre des coups de pied dans l’issue de secours que je n'avais jamais remarqué. Je me suis dit qu’il fallait traverser l’escalier, quitte à être brûlé » raconte la victime, qui n'a jamais remis le pied dans un bar depuis. « J’ai dû marcher sur un corps. On était dans un piège à souris » poursuit Bilal M. Une dame se met à pleurer fortement, et sort de la salle. Porte ouverte, on attend des cris déchirants. Une autre personne sort de la salle en pleurant. Le moment est difficilement vivable.

Jamel A., qui dormait au-dessus du bar, est aujourd’hui encore « blessé moralement ». Faouzi A., client qui se trouvait au rez-de-chaussée et qui a cassé la vitrine, n’est « absolument pas remis aujourd’hui ».


La douleur des familles

La maman et l’oncle de Karima A. sont les premiers à s'avancer à la barre. Ils expliquent à quel point la famille a été solidaire quand la jeune fille a été transportée dans un état grave à Paris, puis s'adressent aux frères B. « Vous avez arraché mon cœur et mon âme. Pour moi, ce n’est pas involontaire. Gagner de l’argent contre des vies humaines, est-ce que ça vaut le coup ? Mon ex-mari est décédé de chagrin. Nos vies sont devenues un cauchemar. Nous souhaitons que la justice vous punisse », continuent-ils.

« Je survis pour les enfants qu’il me reste. »
La maman de Karima A., décédée

La mère endeuillée demande plusieurs fois à parler « les yeux dans les yeux » aux frères B. « Ça ne se fait pas, je suis désolée », répond la présidente. « Mourir comme ça pour une porte fermée à clé, je ne comprends pas », conclut-elle.

Le père et la mère de Zacharia H. disent de leur fils qu'il « était toujours auprès des plus démunis, ils les comprenaient ». « Pourquoi avoir négligé la sécurité à un tel point ? Pourquoi ne pas avoir emmené les secours à la porte ? Le 6 août, notre vie a basculé. Rien n’est plus comme avant », raconte le digne papa.

Maître François, avocat de la famille de Zacharia H., estime que deux insouciances se sont rencontrées : celle des jeunes venus s’amuser et celle, « coupable » inconscience, des frères B. Il explique que ses clients ne « veulent pas s’acharner de manière aveugle sur les frères B. ».

« Nos enfants n’allaient pas au Cuba Libre, ils allaient chez Nacer. »

Le beau-père de Romain L. parle de lui comme de quelqu’un « qui aimait la vie ». « Je suis responsable d’un ERP, je ne comprends pas. Je n’ai jamais oublié de déverrouiller une porte de secours. Ayez le courage de dire la vérité, de la dire au moins une fois », termine-t-il, en s’adressant aux frères B. « J'ai de la haine envers vous. »

La maman de Donatienne T. explique qu’elle « voulait devenir infirmière pour sauver des vies ». Elle reprend : « Elle n’a pas pu le faire parce que des individus lui ont volé sa vie. Elle est partie asphyxiée alors qu’elle avait peur du feu. Notre quotidien, c’est aller la voir au cimetière. Ils m’ont volé ma fille unique, mon enfant unique. J’ai de la haine. Je me repasse tous les jours les derniers mots que j’ai pu lui dire. »

Les parents de Florian D., s’avancent à la barre, avec le frère et la compagne de celui-ci. La maman veut s’adresser aux gérants en montrant un tee-shirt de son défunt fils, ce qui lui est interdit. « Vous dites que cinq ans, ce n’est rien et je suis d’accord avec vous. Je ne vous pardonnerai jamais, vous êtes des bons à rien », crie la maman endeuillée. « Vous êtes des monstres, des incapables. Vous préférez la magouille à la sécurité. On ne vit plus, on est mort aussi. Notre vie s’appelle cimetière désormais. En vous regardant, je vois la mort mais aussi la pourriture », poursuit-elle. Le père du jeune homme s’adresse aux frères B. : « Vous avez dit vouloir vous suicider ? Mais faites-le ! ». La présidente de la Cour rappelle immédiatement que l’incitation au suicide est un délit.

La maman de Julie B. raconte que sa fille avait « le cœur sur la main et aimait la vie ». Dans ses cauchemars, la maman se voit « éventrée, on lui enlève sa fille ». « Le destin de ma fille, ce n’était pas ça. Elle avait un avenir, des projets », explique la mère qui « ne souhaite pas [aux frères B.] de connaître tout ça » malgré « la haine » qu’elle peut ressentir. Son conseil Maître Sevestre-Bedard explique que la maman « est dans la survie de sa fille unique ».

C’est à présent la maman de Mavrick B. qui s’avance. « C’est notre enfant unique, nous l’avions attendu longtemps. J’écris parfois des lettres à mon fils, que j’appelle toujours "mon mousse". » Elle décrit un homme « serviable, qui aimait les voitures, les balades en vélo, la moto ». La maman vêtue de blanc, que Mavrick « adorait », lit désormais les mots qu’elle avait écrit à son fils pour ses obsèques, qu’elle « n’avait pas eu la force de lire à l’époque ».

Le papa de David et Steeve L. rappelle que sa petite-fille de 18 mois était déjà décédée dans un incendie, en 2011. « Toutes les nuits, nous dormons très peu. Mais je n’ai pas de haine. Mes deux garçons aimaient la vie » termine le père de famille. « Steeve était le clown qui aimait tout le monde et que tout le monde aimait » explique leur avocate, « David était plus en souffrances ». Elle décrit Alain L. comme « un bon père de famille ». Sa femme, Jeanne-Marie, montre une « force de vie » face à la mort et la maladie. David et Steeve, avec leur frère Tony, étaient « très proches, inséparables, des alter ego ». Le fait que les deux hommes soient morts enlacés dans le fumoir a « beaucoup soulagé la famille », montrant qu'ils étaient « inséparables même dans la mort ».

La maman de Jennifer D. explique à son tour « ne plus arriver à dormir » depuis les faits. Elle décrit sa fille comme « pleine de vie, souriante » et espère que les frères B. vont être « punis sévèrement ».

Le papa de Mégane A. parle de sa fille unique comme d'une « battante ». « Si la porte était fermée, je tuerai les gérants », avait déclaré l’homme au moment des faits. Il explique ne pas avoir reconnu sa fille à sa mort, tellement elle avait changé. « Elle est rentrée dans ce bar en toute confiance. Pour moi, une seule chose aurait pu les sauver : la porte de secours. » Il estime « qu’Amirouche savait que la porte était fermée ». Son avocat, Maître Lemiegre, rappelle que le père de Mégane « n’entendra plus jamais papa et ne sera jamais grand-père ». Johnny A. « serait capable de donner sa vie pour qu’elle revienne. Le 6 août, il est mort aussi. Il est mort avec Mégane, c’est comme ça qu’il le vit, mais elle continue à vivre en lui » décrit l’avocat. L'homme s’est fait tatouer un cœur, des ailes d’ange et une hirondelle. Médicaments, tentatives de suicide, suivi psychologique et psychiatrique : le papa meurtri est décrit pendant l'audience comme « un mort vivant ».

La maman d’Ophélie C., raconte sa fille en sanglotant. Elle narre le moment où elle a appris sa mort : « Cette odeur de brûlé quand je l’ai embrassée, je ne l’oublierai jamais ». Les détails de son corps et son visage brûlés sont terribles. « Quand on se dit responsable, on ne laisse pas des enfants descendre dans une cave comme ça » dit la maman en pleurant. « Je n’ai pas de haine, j’ai l’amour d’Ophélie », poursuit-elle. « La famille d’Ophélie ne comprend pas pourquoi la porte était verrouillée, et ne le comprendra sans doute jamais. Les frères B. ont verrouillé la porte de l’existence de ces jeunes », ajoute Maître De Bezenac. « Ophélie est née le 6 août, elle est morte le 6 août, elle n’avait pas 20 ans », conclut-il.

Le frère de Brahim G. raconte un garçon avec « plein d’opportunités dans la vie, rempli d’ambition ». Il poursuit : « Mon frère est parti gratuitement. C’est quelqu’un de curieux : je pense qu’il est allé voir en entendant la musique, et ça lui a coûté la vie. » Maître Madeline raconte que l’épouse de Brahim « se mure dans le silence » depuis les faits et rappelle que « personne ne sait ce que Brahim faisait là » alors qu’il devait repartir à Paris, ce qui rajoute à leur douleur. « Cette famille a accepté de ne pas en savoir plus, d’accepter que c’était son destin », poursuit-elle. Ils ont décidé de construire un bâtiment en sa mémoire et « d’aider les pauvres » pour rendre hommage « à celui qui avait un grand cœur, de la même couleur que les autres ».

« Les prévenus présentent bien, ne sont pas des gangsters, il faut le dire. Il est effarant d’entendre qu’ils n’avaient pas imaginé un incendie. Le sentiment de la famille est que rien n’a été fait pour que cela n’arrive pas », débute l'avocat de la famille de Sarah M., la jeune fille qui portait le gâteau d’anniversaire. « Rien n’a été fait pour que ça n’arrive pas, tout a été fait pour que ça arrive. Certaines choses sont inaudibles. Le bon sens et la logique ont été bradés au profit du porte-monnaie », plaide Maître Pianezza. « Elle s’appelait Sarah, elle venait d’avoir 19 ans », dit l’avocat dans sa tirade, « elle était vivante, elle est morte dans votre cave messieurs ».

« J’ai entendu leur détresse, leur désarroi. Si je pouvais revenir en arrière... Je suis désolé, je regrette profondément. J’ai été négligeant, mais je n’ai jamais voulu ça. J’ai beaucoup de peine. »
Nacer B.

Nacer B. raconte être « resté un an sans sortir » de chez lui après le drame. Pour l'avocate de la famille A., qui a perdu Karima un mois après le drame, « l’après 6 août, est un champ de ruines ». « C’est une catastrophe exceptionnelle » ajoute-t-elle, estimant que les jeunes gens se sont vus mourir.

« Les jours des parties civiles sont comme des nuits désormais. »
Pascal Prache, procureur de la République

Pascal Prache, procureur de la République, plaide à son tour : « Tout a été pesé pour savoir comment on en était arrivé là. Quelle dure semaine : je n’oublie pas l’émotion des pompiers, des policiers. Nous avons tous vu les pleurs, entendu les cris dans la salle des pas perdus. »

« Les jours des parties civiles sont comme des nuits désormais. La justice ne pourra pas faire revenir leurs enfants, ne pourra pas panser les plaies », poursuit le procureur, qui rappelle que c’est une « infraction non intentionnelle » qui est jugée. Il met en avant le fait que les deux frères « déclarent (les choses) quand elles se voient : le débit de boisson, la façade ou encore la fermeture tardive ». Le procureur estime qu’ils se sont « posé beaucoup de questions » pour que les choses aillent dans leur sens.

Le procureur revient sur les manquements constatés : le changement de catégorie du bar, les dégagements insuffisants, la non-conformité de l’escalier, le débouché de l’issue de secours et le montage de la barre anti panique, le balisage de l’issue, les travaux d’isolation (mousse isolante), les extincteurs trop peu nombreux et pas assez vérifiés, le système de désenfumage inexistant, le système d’alarme qui n’existe pas et enfin l’utilisation des bougies au sous-sol, soit dix manquements. « Ce qui est survenu était donc inévitable. »

Il revient sur la question essentielle du verrouillage de la porte du sous-sol. Était-elle toujours fermée ? Pourquoi ne jamais en avoir parlé aux pompiers ? Pourquoi parler de geste machinal alors qu’il n’a pas été fait ce soir là ? Pour lui, nous sommes ici sur un « défi adressé au bon sens ». Une « dissimulation sélective » a été faite par les deux frères dans la volonté de « s’exonérer des normes ». Il souhaite que les circonstances aggravantes soient retenues. Le procureur souhaite que les prévenus aient la même peine, en rappelant que leurs casiers sont tous les deux vierges. Quatre ans d’emprisonnement sont requis, assortis d’une interdiction définitive d’exercer une profession en lien avec l’infraction.

« Nous pensions que le procureur demanderait la peine maximale de cinq ans, réagit Belbeida Y., l’oncle maternel de Karima A., la dernière victime. Quatre ans pour quatorze victimes, c’est trop peu. Nous craignons qu’ils soient condamnés à une peine de prison avec sursis. »

« Je souhaite dans la mesure du possible rencontrer les deux prévenus une fois que le délibéré sera rendu, pour discuter avec eux sans esprit de haine. Car mon fils les a aimés et ils l’ont aimé », concluait Rémy H., père de Zach, juste après la fin du procès.


Pour Maître Ait-Taleb, avocat de Nacer B., « la justice doit faire son œuvre et doit réparer toute une série de dommages qui ne le seront jamais totalement ». « Il faudra que le drame survienne pour que Nacer B. reconnaisse ses erreurs » estime l’avocat, qui balaie l’idée que la porte aurait été fermée pour que les clients ne partent pas sans payer. « D’importantes fautes ont été commises mais personne n’a voulu une telle tragédie, surtout pas les frères Boutrif », poursuit-il. Pour lui, son client aurait dû être mieux conseillé sur la mousse à utiliser pour le sous-sol. « La législation existe bel et bien. On peut se demander ce qui a empêché la mairie de Rouen de s’intéresser au Cuba Libre » continue Maître Ait-Taleb, qui rappelle que, depuis son ouverture en 2003, le bar n’a jamais été contrôlé. « Il aurait fallu un seul contrôle inopiné un vendredi soir pour s’apercevoir que le sous-sol était utilisé, estime t-il. Il aurait fallu un seul contrôle inopiné un vendredi soir pour s’apercevoir que le sous-sol était utilisé. »

« Ils sont toujours dans mon cœur, dans mon esprit. »
Amirouche B.

Maître Vey prend la parole pour Amirouche B. « Je sais que chaque mot que nous prononçons est une souffrance en plus pour les familles », débute l’avocat, qui estime que les prévenus doivent aussi être entendus puisqu'ils se « se sont efforcés d’apporter toutes les réponses ».

« Nous vous demanderons de les juger avec humanité » continue le conseil, qui explique que les prévenus sont d’accord avec les réquisitions du ministère public.

« Avant 2016, on les voyait comme des gens travailleurs, honnêtes et intégrés. Depuis, tout cela est réécrit. La mousse, ce n’était pas pour l’argent : c’était pour réduire le bruit. C’est un enchevêtrement de choses qui n’auraient pas dû être. Ils ont essayé de faire des choses, qui ne sont pas légales ni aux normes, mais comme ils pensaient qu'elles devaient être faites. C’est une erreur humaine qui a des conséquences dramatiques. Ils savent qu’ils vont être sanctionnés. Vous pouvez décider de les mettre en prison, mais je ne suis pas sûr que ce soit le message à envoyer. Si vous les condamnez trop lourdement, vous aurez jugé mais pas rendu justice », conclut l'avocat d'Amirouche B.


Un mois après la fin des débats, le tribunal correctionnel a rendu son jugement, mardi 22 octobre. Nacer et Amirouche B. ont été condamnés à cinq ans de prison, dont trois ferme pour « homicides involontaires aggravés ». Ils ont aussi interdiction d’exercer une profession en lien avec l’infraction.

« Mon fils, il a pris perpète, pas cinq ans ! »
La mère d'une victime

Cette toute dernière audience s'est terminée dans une atmosphère très tendue. Alors qu'elle va être levée, deux mamans endeuillées se mettent à hurler aux prévenus : « Mon fils, il a pris perpète ! Pas cinq ans ! » « C’est ça la justice française ?! On veut nos enfants, pas de l’argent ! » L’une d’elles tente de s’approcher des prévenus. Le moment est glaçant.

Dans la salle des pas perdus, Johnny A. se confie les larmes aux yeux « Nous, on n’a plus rien. Nos enfants ne reviendront pas. Ce sont nous les condamnés ». On entend aussi des murmures non identifiés : « Dans un an, ils seront certainement sortis avec un bracelet électronique. J’espère que les parents des victimes arriveront à le supporter ».


Depuis le drame de 2016, la commission communale de sécurité de Rouen a effectué 48 visites inopinées ou de contrôle dans des établissements recevant du public (discothèques et cafés-restaurants). Sur les 35 établissements visités, 20 sont sous avis favorable, 12 défavorable, deux ont fait l’objet d’une fermeture définitive, un a cessé son activité.

En octobre 2018, une plaque commémorative avec les prénoms des victimes a été érigée par la mairie, près du bar Au Cuba Libre, rue Jacques Cartier.  


Textes : Lison Lagroy

Photos : Stéphanie Péron et Boris Maslard