Réchauffement climatique : l' alarme venue de la mer

Quand le réchauffement des eaux de la Manche
perturbe les écosystèmes

Le réchauffement des eaux de la Manche provoque un changement dans les communautés de poissons qui y vivent. Une évolution qui inquiète chercheurs comme pêcheurs. Reportage à bord du navire océanographique de l’Ifremer qui, chaque année, analyse la biodiversité dans la Manche et la Mer du Nord.

Le treuil remonte le filet. Le pont se constelle d’étoiles de mer détachées des mailles de nylon avant que le cul du chalut ne soit vidé dans la cale. Tacauds, limandes, raies, roussettes, rougets, crabes, encornets… Le petit peuple des profondeurs se déverse dans la salle de tri tout acier et inox, couleur d’écaille, chambre mortuaire de ces suppliciés pour la science.

« C’est le jacuzzi des poissons ! » Seules les espèces robustes et/ou d’intérêt particulier (hippocampes, baudroies…) sont mises dans un vivier oxygéné. Et parfois même remises à l’eau !

« C’est le jacuzzi des poissons ! » Seules les espèces robustes et/ou d’intérêt particulier (hippocampes, baudroies…) sont mises dans un vivier oxygéné. Et parfois même remises à l’eau !

Remontée des profondeurs (relatives en Manche avec 40 mètres maximum), la cohorte aux innombrables yeux exorbités par la brutale baisse de pression se tord, bouche grande ouverte, dans un cri silencieux.

La Thalassa a été construite par le chantier Manche Industrie Marine (Dieppe) du groupe LEROUX ET LOTZ NAVAL. Ce navire est le fruit d'une coopération entre l'Ifremer et l'IEO (Instituto Español de Oceanografia). La Thalassa a été mise en service en 1996.

La Thalassa a été construite par le chantier Manche Industrie Marine à Dieppe. Ce navire est le fruit d'une coopération entre l'Ifremer et l'IEO (Instituto Español de Oceanografia). La Thalassa a été mise en service en 1996.

La Thalassa a été construite par le chantier Manche Industrie Marine à Dieppe. Ce navire est le fruit d'une coopération entre l'Ifremer et l'IEO (Instituto Español de Oceanografia). La Thalassa a été mise en service en 1996.

Mardi 22 janvier 2019, la Thalassa a quitté le port de Boulogne-sur-Mer. Le navire océanographique de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) va sillonner jusqu’au 10 février la Manche et la mer du Nord. La mission des chercheurs à bord ? Évaluer la biodiversité - et particulièrement les stocks de poissons commercialisables - dans cette zone.

« Carrelet ou turbot ? » Poissons plats, mais aussi petits tacauds (photo), merlans, grondins, rougets barbets, roussettes, raies… Pas facile de se retrouver dans la riche biodiversité de la Manche.

« Carrelet ou turbot ? » Poissons plats, mais aussi petits tacauds (photo), merlans, grondins, rougets barbets, roussettes, raies… Pas facile de se retrouver dans la riche biodiversité de la Manche.

Chaque « trait » (espace parcouru en traînant le filet) est une surprise. La pêche de ce premier est bonne : pas miraculeuse (quelques dizaines de kilos seulement), mais variée.

« Attention au câble ! » hurle le bosco à la manœuvre. Tous les matelots travaillent pour le Groupement pour la gestion de navires de recherche (Genavir), qui assure l’exploitation et la gestion de bateaux, engins et équipements dédiés aux opérations de recherche scientifique conduites en mer.

« Attention au câble ! » hurle le bosco à la manœuvre. Tous les matelots travaillent pour le Groupement pour la gestion de navires de recherche (Genavir), qui assure l’exploitation et la gestion de bateaux, engins et équipements dédiés aux opérations de recherche scientifique conduites en mer.

Car ici, « on ne pêche pas, on prélève ! Les pêcheurs nous disent : vous ne pêchez pas là où il y a le poisson. Ils ont du mal à comprendre les protocoles de prélèvements aléatoires », explique Yves Vérin (voir ci-dessous).

« C’est bon ? On peut envoyer ? » Le filet à larves (MIK) avant sa mise à l’eau à une heure du matin. Il contient aussi le filet Whishing, qui avec la pompe d’échantillonnage CUFES, permet d’étudier les œufs de poissons.

« C’est bon ? On peut envoyer ? » Le filet à larves (MIK) avant sa mise à l’eau à une heure du matin. Il contient aussi le filet Whishing, qui avec la pompe d’échantillonnage CUFES, permet d’étudier les œufs de poissons.

Nous prélevons environ 5 ou 6 tonnes par campagne. Ça reste anecdotique par rapport aux chalutiers, qui pêchent parfois cette quantité en une seule fois. » Une des stations de chalutage sera d’ailleurs annulée sur place, le sondeur radar révélant un gros banc de hareng sous le bateau : « Ça ne sert à rien d’en avoir trop. »

« C’est quoi, ça ? » En salle de tri, les poissons, les autres animaux marins très divers et des déchets sont triés sur un tapis roulant avant d’être mis en caisse.

« C’est quoi, ça ? » En salle de tri, les poissons, les autres animaux marins très divers et des déchets sont triés sur un tapis roulant avant d’être mis en caisse.

La cloche sonne. Les poissons défilent sur un tapis roulant pour être triés par des mains expertes. Les bacs se remplissent de démersaux (espèces vivant près du sol) et de quelques malchanceux pélagiques (animaux vivant dans la colonne d’eau) piégés par le filet maillant de fond. Le « benthos » (les organismes vivant au fond : étoiles de mer, oursins, ophiures ou petit crabes figés dans un bain visqueux de mucus largué par les éponges) est trié à part. Comme les déchets.
Mâle ou femelle ? Quel stade de développement ? Il faut trier, identifier, déterminer, peser, répertorier, disséquer. Puis saisir les données récoltées dans le serveur informatique… dont le mot de passe est « Brexit » !

« On a déchiré, il faut bien ramender ! » Le ramendage, synonyme de raccommodage pour les pêcheurs, est le travail qui consiste à remettre en état les filets de pêche ayant subi des avaries. On le pratique à bord des chalutiers ou en atelier.

« On a déchiré, il faut bien ramender ! » Le ramendage, synonyme de raccommodage pour les pêcheurs, est le travail qui consiste à remettre en état les filets de pêche ayant subi des avaries. On le pratique à bord des chalutiers ou en atelier.

Sur ce bateau où coexistent 26 marins et 29 scientifiques à la vie rythmée par les mises à l’eau du chalut, « il y a à tout moment quelqu’un qui dort comme quelqu’un qui bosse ». Casque et gilet de sauvetage obligatoire sur le pont. Bottes et cirés de rigueur en salle de tri. Entre deux « traits », ça bricole à bord : les matelots du pont rapiècent un filet ou retendent un câble.

Le « Cul de la Manche » (Manche est) est le lieu d'hivernage de beaucoup d’oiseaux. Plus encore que les autres oiseaux marins (goélands, labes, guillemots, pingouins torda, mouettes tridactyles…), les fous de Bassan sont en permanence en embuscade autour du bateau, décollant au moindre changement de bord ou de vitesse de celui-ci, signe d’une possible remontée du chalut.

Le « Cul de la Manche » (Manche est) est le lieu d'hivernage de beaucoup d’oiseaux. Plus encore que les autres oiseaux marins (goélands, labes, guillemots, pingouins torda, mouettes tridactyles…), les fous de Bassan sont en permanence en embuscade autour du bateau, décollant au moindre changement de bord ou de vitesse de celui-ci, signe d’une possible remontée du chalut.

Les mécanos se démènent avec une propulsion capricieuse qui oblige parfois à arrêter la navigation, mettant les chercheurs au chômage technique. Dans les labos aux paillasses encombrées de flacons, les chercheurs calibrent les instruments, étanchéifient les circuits d’eau de mer, rincent des collecteurs des filets ou saisissent des données récoltées.

« Nous, on ne tue pas ! » Sur la passerelle, les observateurs, « piafologues » et cétologues, scrutent l’horizon du lever au coucher du soleil pour compter oiseaux (les populations, victimes de compétition avec la pêche industrielle, ont chuté de 70% depuis 1950), cétacés, phoques (qui se jouent du Brexit, traversant sans problème le "Channel" d'une rive à l'autre)... Ou déchets !

« Nous, on ne tue pas ! » Sur la passerelle, les observateurs, « piafologues » et cétologues, scrutent l’horizon du lever au coucher du soleil pour compter oiseaux (les populations, victimes de compétition avec la pêche industrielle, ont chuté de 70% depuis 1950), cétacés, phoques (qui se jouent du Brexit, traversant sans problème le "Channel" d'une rive à l'autre)... Ou déchets !

« Tu as mis de l’eau de mer ou de l’eau distillée ? » Les biologistes se perdent parfois dans les « manips » des protocoles complexes de collecte d’échantillons, de mise à l’eau des sondes ou de la noria de filets : « MIK » à larves, « Whishing » à œufs, « WP2 » à zooplancton, « Babynet » à phytoplancton. Et même la « Manta » pour piéger les microplastiques, espèce invasive de toutes les mers du globe. Avec le Brexit, nul doute que les résultats de la campagne seront particulièrement étudiés cette année.

Estimation de l'âge des poissons


La science qui permet l’estimation de l’âge des poissons est la sclérochronologie, qui possède son pôle à Boulogne. Cette discipline permet de reconstruire l’histoire vécue par les organismes vivants à partir de l’étude de pièces calcifiées. Les otolithes, qui sont des concrétions de l’oreille interne, conservent des marques temporelles enregistrées au cours de la vie du poisson. La méthode d’évaluation de l’âge du poisson par son otolithe s’appelle l’otolithométrie. Celle-ci s’apparente à la méthode d’estimation de l’âge d’un arbre qui consiste à compter le nombre de stries circulaires sur la coupe transversale de son tronc.

La mémoire des campagnes

Interview

86 % des cabillauds, soles et bars présents sur les étals des grandes surfaces en Franceproviennent de stocks déjà surexploités... Si ces campagnes en mer ne permettent pas d’établir à elles seules un état des stocks, elles fournissent des données essentielles pour l’évaluation finale.

Depuis 1976, la campagne européenne d’évaluation des stocks de poissons IBTS (International Bottom Trawl Survey : relevés internationaux au chalut de fond) permet de calculer un indice d’abondance des principales espèces de poissons commerciaux. Avec plus de trente ans de campagnes en tant que chef de mission au compteur, Yves Vérin en est la mémoire.

Des campagnes "écosystémiques" au cours desquelles on étudie les poissons commerciaux bien sûr, mais aussi l'ensemble de la faune de la colonne d'eau

Des campagnes "écosystémiques" au cours desquelles on étudie les poissons commerciaux bien sûr, mais aussi l'ensemble de la faune de la colonne d'eau

« À l’origine, c’était pour évaluer les stocks de harengs. Ce sont désormais des campagnes écosystémiques », explique l’ingénieur au Centre Ifremer Manche mer du Nord de Boulogne-sur-Mer. Car en plus de la soixantaine de chalutages de fond réalisés tout au long de la campagne, 120 stations au filet à larves de poisson seront réalisées pendant la nuit.

« Nous, on pêche de l’eau ! » Les « petites bêtes » (invertébrés, œufs, larves, zooplancton...) et les algues (phytoplancton) sont le domaine de l’équipe hydro, dont les membres travaillent H24 en 3/8

« Nous, on pêche de l’eau ! » Les « petites bêtes » (invertébrés, œufs, larves, zooplancton...) et les algues (phytoplancton) sont le domaine de l’équipe hydro, dont les membres travaillent H24 en 3/8

Sans compter l’échantillonnage du zooplancton et du phytoplancton, la collecte des œufs de poissons ainsi que les observations des oiseaux et mammifères marins… Des campagnes toujours réalisées dans la même zone, à la même saison, avec des engins de pêche standardisés.

Yves Vérin et son équipe devant le vivier, qui recueille principalement les sélaciens (requins, raies, roussettes), espèces plus résistantes

Yves Vérin et son équipe devant le vivier, qui recueille principalement les sélaciens (requins, raies, roussettes), espèces plus résistantes

Yves Vérin est convaincu de l’importance de ces missions qui visent à faire coïncider biomasse et recrutement (stock de poissons en taille d’être capturés) : « Dans les années soixante-dix, il a fallu un moratoire de trois ans pour sauver le hareng pêché à outrance pour les navires conserveries des pays de l’Est. L’armement de pêche est bien plus adapté à la ressource aujourd’hui. »

« La morue se fait rare… Et les quelques individus trouvés de plus en plus petits ! » La chef de mission opérationnelle, Coline Lazard, présente le seul cabillaud remonté en trois jours

« La morue se fait rare… Et les quelques individus trouvés de plus en plus petits ! » La chef de mission opérationnelle, Coline Lazard, présente le seul cabillaud remonté en trois jours

Même si celle-ci n’est pas dans sa meilleure forme : « Globalement, on pêche moins. Autrefois, on prenait des morues d’un mètre cinquante. Maintenant, les rares remontées font 80 centimètres au maximum. Le réchauffement climatique et la pêche sont probablement des facteurs non négligeables. » Cette année, le sexagénaire, nostalgique, passe la main : « C’est sûrement ma dernière campagne ! »

Une baisse de l’abondance de certaines espèces et une plus grande variabilité des stocks : c'est la tendance observée depuis le milieu des années quatre-vingt-dix dans la Manche. À droite, les stations de chalutage prévues pour la Thalassa. Pour la première fois cette année, les Anglais n’ont pas donné à temps l’autorisation pour les prélèvements situés dans leurs eaux (en vert), parmi les plus poissonneuses de toute l’Europe... Un premier effet du Brexit ?

Une baisse de l’abondance de certaines espèces et une plus grande variabilité des stocks : c'est la tendance observée depuis le milieu des années quatre-vingt-dix dans la Manche. À droite, les stations de chalutage prévues pour la Thalassa. Pour la première fois cette année, les Anglais n’ont pas donné à temps l’autorisation pour les prélèvements situés dans leurs eaux (en vert), parmi les plus poissonneuses de toute l’Europe... Un premier effet du Brexit ?

En MAnche, des poissons déboussolés

Toujours plus au nord. C’est la tendance générale suivie par des poissons déboussolés, observée tant par les pêcheurs que les chercheurs depuis quelques années. Une récente étude montre que la densité des poissons a chuté de 80 % en trente ans en baie de Somme (Picardie), la deuxième nourricerie la plus importante de la Manche, après la baie de Seine.

Un déclin manifestement dû essentiellement au réchauffement particulièrement rapide de cette zone : le mercure a enregistré une hausse rapide en Manche-Est et mer du Nord de 0,3 °C à 0,5 °C par décennie, quand la couche superficielle des eaux marines de la planète s’est échauffée de « seulement » 0,1 °C par décennie.

« Tropicalisation » de la Manche

Cette chute vertigineuse mesurée sur vingt ans, entre Le Tréport et la baie d’Authie, touche surtout les espèces à croissance rapide, précocement matures pour la reproduction, comme la limande, la plie, le sprat et le hareng. Celles à croissance lente tirent un peu leur arête du jeu… « Mais ce pourcentage baisse drastiquement si on enlève les populations de gobies », relativise Arnaud Auber, un des auteurs de l’étude et coordinateur scientifique de la mission IBTS. Une espèce non commerciale certes, mais qui est la proie de poissons comme la morue, l’églefin ou le bar.

Arnaud Auber en pleine extraction d'otolithes

Arnaud Auber en pleine extraction d'otolithes, une minutieuse opération en raison de leur taille : en fonction des espèces, ils mesurent de quelques millimètres à un à deux centimètres.

Arnaud Auber en pleine extraction d'otolithes, une minutieuse opération en raison de leur taille : en fonction des espèces, ils mesurent de quelques millimètres à un à deux centimètres.

« Les écosystèmes sont très complexes et les espèces qui les composent dépendantes les unes des autres », explique le chercheur spécialisé dans les effets de la pêche et du climat sur la biodiversité de poissons en Manche et mer du Nord. Alors, surpêche ou réchauffement ? Probablement un peu des deux : « L’indice de température augmente effectivement pour 99 % de la surface en Manche. »

Le rouget barbet, comme les anchois ou les bars, est un bon exemple de cette "méridionalisation" de la Manche : rare il y a vingt ans, il est désormais devenu presque commun.

Le rouget barbet, comme les anchois ou les bars, est un bon exemple de cette "méridionalisation" de la Manche : rare il y a vingt ans, il est désormais devenu presque commun.

À tel point que les chercheurs parlent désormais de « tropicalisation » ou de « méridionalisation » des espèces de la Manche et de la mer du Nord.

« Pour la baie de Somme, la surpêche historique l’a rendue plus vulnérable au réchauffement en raison de la domination d’espèces tolérantes à la pêche, mais sensibles au climat… Mais il faut se garder de tirer des conclusions hâtives. »

C’est pourquoi le spécialiste des dynamiques de populations privilégie une approche nouvelle, non par espèces, mais par communautés d’espèces qui ont des traits fonctionnels communs (la préférence thermique par exemple) et en recherchant celles qui présentent une « rareté fonctionnelle ». D’où l’importance des campagnes d’évaluation pour récolter des données.

Les chercheurs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) prévoient que la hausse moyenne des températures en Manche-Est et mer du Nord atteindra 2,5 °C à 3 °C d’ici 2100… Adieu soles, flétans, merlans, limandes et autres poissons emblématiques de la Manche ?

Points de vue :
« Faire de la recherche pour pêcher plus intelligemment »

Matthew James Mc Lean, biologiste doctorant (IFREMER -ULCO) et Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches de Normandie, répondent à nos questions.

Peut-on avoir une idée précise de la quantité de poissons dans la Manche ?

Matthew J. Mc Lean : « Les campagnes comme celles de l’IBTS visent à réaliser une photographie la plus précise possible de l’état de la biodiversité chaque année, avec des protocoles standardisés pour tous les pays. Mais les écosystèmes marins sont très complexes. »
Dimitri Rogoff : « Ce n’est pas une science exacte. Les pêcheurs se basent sur leur ressenti. Les chercheurs sur des données et des modèles mathématiques qui comportent une marge d’incertitude. Il leur arrive de se tromper. Nous devons bien sûr travailler ensemble pour réaliser un diagnostic partagé et pêcher plus intelligemment, mais c’est parfois un dialogue de sourds.

Ensuite les quotas de pêche sont décidés par des tractations politiques, et il y a parfois un décalage entre le diagnostic et la décision. Sur la plie ou le lieu, on a vu des baisses de 40 ou 50 % une année. Et une hausse égale l’année d’après ! Il y a de manière générale un bon état global de la pêche normande grâce aux stocks d’importance économiques qui se consolident. La flotte normande n’est pas spécialisée, c’est un avantage qui permet de s’adapter à l’évolution des espèces. »

Quelles évolutions y constatez-vous ?

M. Mc L. : « Au fil du temps, la quantité de poissons qui ont des préférences pour les eaux plus chaudes a augmenté en abondance. Avec notamment quelques espèces plutôt méditerranéennes ou tropicales rarement observées autrefois, comme le congre, la vieille, le baliste cabri, la dorade royale… En parallèle, les espèces préférant le froid qui disparaissent en Manche sont bien souvent retrouvées au sud de mer du Nord.

Ce n’est pas poisson pour poisson, pas forcément une migration, mais il y a un réel déplacement des populations. Une espèce commerciale particulièrement inquiétante est le chinchard, dont la population chute en Manche sans réelle augmentation en Mer du Nord. Le changement climatique et les pressions anthropiques telles que la pêche sont probablement des déterminants clés. »


D. R. : « La sole a pris un bon coup, c’est sûr. Sur le cabillaud, c’est clair : il a quasiment disparu, alors que c’était le fonds de commerce normand. Pour les céphalopodes, on constate depuis trois ou quatre ans une explosion du nombre d’encornets, quand la seiche baisse. Il y a aussi le bulot : un degré de plus, et il aura disparu à Granville, le premier port au monde pour ce mollusque. Il est en revanche de plus en plus abondant en Manche est. »

À quand des mérous ou des barracudas dans la Manche ?

M. Mc L. : « Impossible à dire ! Mais ce n’est pas impossible… Et la nature nous surprendra toujours. »
D. R. : « Il y a déjà quelques barracudas ! Et on voit de plus en plus de thons rouges ou d’espadons notamment. »

Textes, photos et vidéos : Joce Hue
Mise en forme : Jérémy Chatet