De Paris au Havre : une descente de la Seine à vélo

Six jours, huit étapes, 400 kilomètres. Cet été, notre journaliste suit le fleuve de Paris jusqu’au Havre juché sur un vélo tout terrain.

Première étape : Notre-Dame et la petite reine

De Paris jusqu’à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines

Le départ, devant la cathédrale Notre-Dame à Paris. (Photo : Paris-Normandie)

Le départ, devant la cathédrale Notre-Dame à Paris. (Photo : Paris-Normandie)

C’est devant la cathédrale Notre-Dame de Paris que commence mon périple. Là où se trouve le kilomètre zéro de toutes les cartes de France, où se situe également le départ de la véloroute « V33 », la Seine à vélo. Un itinéraire qui devait être inauguré en juin 2020, avant que la crise du coronavirus ne passe par là. Seulement, la plupart des routes sont déjà aménagées ou praticables. C’est l’occasion de découvrir le territoire d’une façon originale. N’étant pas un très grand sportif, je ne sais pas ce que cette semaine va me réserver. Six jours et huit étapes prévues pour parcourir 400 kilomètres.

Promenade de santé ou chemin de croix ?

Promenade de santé ou chemin de croix ? Il n’y a qu’un moyen de savoir ! J’enfourche mon VTT qui est resté au garage bien trop longtemps et je me lance, tournant le dos à l’édifice religieux qui a tragiquement brûlé l’an dernier. Le voyage commence avec un agréable rayon de soleil, mais sur une piste cyclable au bord de la circulation parisienne. Je ne me sens pas seul, les cyclistes sont nombreux sur les routes de la capitale. Après quelques kilomètres, le parcours bifurque vers l’ouest pour longer le canal Saint-Denis.

Le canal Saint-Denis avec vue sur le Stade de France. (Photo : Paris-Normandie)

Le canal Saint-Denis avec vue sur le Stade de France. (Photo : Paris-Normandie)

Une balade aménagée très agréable, ponctuée par un retour brutal à la réalité : le chemin traverse deux camps de migrants, qui vivent dans des tentes sous des ponts. Moi, j’ai de la chance, mon seul souci, c’est savoir quand changer de braquet. Ce passage le long du canal Saint-Denis, creusé au XIXe siècle permet de profiter d’une vue imprenable sur le Stade de France. Puis la route, qui se confond sur une vingtaine de kilomètres avec la voie Paris-Londres à vélo, se partage de nouveau avec les voitures. Pas terrible.

C’est à Argenteuil, après deux heures d’efforts, que cette première journée prend enfin tout son sens. Je retrouve les bords de Seine et le chemin réservé aux promeneurs et aux cyclistes. Un panneau du département des Hauts-de-Seine indique « Ici, la Seine à vélo passera dès 2020 ». En réalité, c’est déjà chose faite. À part la signalétique, rien ne manque. La route est totalement aménagée et très agréable.

Dans les Hauts-de-Seine, la Seine à vélo s'annonce. (Photo : Paris-Normandie)

Dans les Hauts-de-Seine, la Seine à vélo s'annonce. (Photo : Paris-Normandie)

Au programme de la journée, un premier méandre. Le voyage est tellement plaisant que je dépasse la boucle de la Seine sans même m’en rendre compte. En remontant vers le nord, je m’amuse à faire la course avec une péniche qui fend le fleuve. En ce premier jour, je me sens plein d’énergie. Sur le chemin je croise un groupe de copains. La conversation s’engage. « Nous faisons le chemin Paris - Londres, mais on s’arrête à Dieppe. Enfin, on ne va pas y arriver ce soir, on fait le parcours en trois ou quatre étapes ! », m’explique l’un d’entre eux.

Je souris, il me précise tout ça comme s’il imaginait que je puisse arriver au Havre le soir même ! Il ne doit pas se souvenir qu’à l’école on apprend que la Seine fait 777 kilomètres de long. Arrivé à Maisons-Laffitte, je commence à sentir la fatigue et l’envie d’une douche. Pour cette première soirée, j’ai loué un Airbnb. Il se situe au cœur du parc de Maisons-Laffitte, un endroit somptueux où l’on se sent à la campagne. Pied à terre, et malgré seulement 42 kilomètres au compteur, je suis quand même fatigué. Heureusement, mes hôtes se montrent plus que sympathiques. « Je fais à manger pour deux, je peux bien faire à manger pour trois », sourit Alexandre, qui me propose de se joindre à lui et à son compagnon pour le dîner.

Le fleuve à Montesson. (Photo : Paris-Normandie)

Le fleuve à Montesson. (Photo : Paris-Normandie)

Depuis le déconfinement et la reprise des réservations, je suis leur premier voyageur à réserver. Alexandre est même gêné de n’avoir que des pâtes à m’offrir ! Un vrai plat de forçats de la route. Parfait pour récupérer de l’énergie. Ils se montrent intéressés par mon projet. Et aussi un peu sceptiques : « Tu as l’habitude de faire du vélo ? Parce que moi, quand je fais 25 km, je suis cuit... » J’assure qu’il n’y aura pas de problèmes. Mais, dans mon for intérieur, je commence à avoir un doute .

L'île des impressionnistes

L'île de Chatou. (Photo : Paris-Normandie)

L'île de Chatou. (Photo : Paris-Normandie)

 L’île de Chatou, située dans la commune du même nom dans les Yvelines, ne semble pas particulière au premier regard. Des îles sur la Seine, il en existe plus d’une dizaine entre Paris et Le Havre. Pourtant, celle-ci fut un haut lieu de l’impressionnisme dans la deuxième partie du XIXe siècle, jusqu’à être surnommée « l’île des impressionnistes ». La maison Fournaise, un hôtel guinguette situé sur l’île, a été le théâtre de grandes fêtes sur les bords de Seine où le Tout- Paris se presse à la fin du XIXe siècle.

Maupassant et Flaubert notamment y séjourneront. Aujourd’hui, une promenade tout autour de l’île montre l’endroit précis où ont été peintes les œuvres de certains illustres artistes comme Renoir. Même si le paysage a changé, il est facile de comprendre pourquoi ce petit bout de terre a autant inspiré les artistes de la fin du XIXe siècle. La maison Fournaise, reconnue monument historique depuis 1982, fait toujours office de restaurant et est également désormais un musée sur l’histoire de l’âge d’or des bords de la Seine avec des toiles qui permettent de se rendre compte de l’ambiance qui régnait sur l’île de Chatou à l’époque.

Longue de 4 km, elle possède également toute une partie dédiée aux loisirs, et à la promenade, avec un « parc des impressionnistes » et des équipements de musculation mis à disposition. Un centre équestre se niche également en son cœur. La partie nord de l’île de Chatou est inaccessible au public, EDF y a installé depuis l’après-guerre un centre de recherches. Au sud en revanche, elle est reliée à l’île de la chaussée par une digue. Un parcours de randonnée de plus de 7 km est proposé.

Deuxième étape : de Maisons-Laffitte à Mantes-la-Jolie

Improviser : mauvaise idée !

À l'extérieur de la collégiale de Mantes-la-Jolie (Photo : Paris-Normandie)

À l'extérieur de la collégiale de Mantes-la-Jolie (Photo : Paris-Normandie)

Je m’attendais à avoir mal aux mollets, aux cuisses ou aux mains... C’est finalement mon postérieur endolori qui me gêne lorsque je monte en selle pour ce deuxième jour de la Seine à vélo, le 30 juin... Impossible de m’asseoir sur mon VTT, la douleur est trop vive. Mais encore en forme et motivé, je m’imagine pouvoir faire la durée totale de l’étape du jour en danseuse.

Départ de Maisons-Laffitte sur la rive droite de la Seine pleine de quiétude de bon matin. Sans forcer, me voilà rapidement à Conflans-Sainte-Honorine. Là où la Seine et l’Oise se séparent (ou se rejoignent, c’est selon), la route Paris-Londres quitte définitivement le chemin de la Seine à vélo. Je mets pied à terre et regarde bien le parcours.

Sensations garanties

Je m’y retrouve et poursuis ma route, osant même poser mes fesses sur la selle à intervalles réguliers. Je plonge une nouvelle fois dans un méandre de la Seine, direction Carrières-sous-Poissy.

Un parcours à sensations fortes s'annonce (photo Paris-Normandie).

Un parcours à sensations fortes s'annonce (photo Paris-Normandie).

Je traverse le parc départemental du Peuple de l’herbe. Un endroit magnifique, très bien aménagé, où de nombreux joggeurs profitent du beau temps ce mardi matin là. Je prends, moi aussi, quelques minutes pour l’apprécier. Je fais bien, car la suite du parcours est beaucoup moins bucolique. Je me retrouve sur une piste cyclable le long d’une départementale très fréquentée.

Le parc départemental du Peuple de l'herbre. (Photo : Paris-Normandie)

Le parc départemental du Peuple de l'herbre. (Photo : Paris-Normandie)

À un rond-point à l’entrée de Triel-sur-Seine, coup de chaud avec une automobiliste : elle ne me voit pas traverser, j’ai juste le temps d’entendre ses pneus crisser sur la chaussée pour un freinage d’urgence. Ouf ! Je suis en un seul morceau, je peux continuer. Mais là, difficile de trouver une route sur les bords de Seine. Un chemin semble se dessiner entre les arbres sur la rive gauche, je choisis de le suivre. Je me retrouve sur une véritable piste de cross, avec des bosses parfois hautes comme moi. Sensations garanties ! .

Je m’amuse pendant plusieurs kilomètres avant de suivre un chemin de randonnée qui passe près d’un étang. Je relance à la force des mollets, mais marque une fois de plus un arrêt après une demi-heure. Cette clairière me semble bien familière... Et pour cause, j’ai fait le tour du lac au lieu de simplement le longer.

Les bords de Seine aux Mureaux. (Photo : Paris-Normandie)

Les bords de Seine aux Mureaux. (Photo : Paris-Normandie)

Bon, à l’évidence, mon sens de l’orientation est moins développé que ce que je pensais. Je finis malgré tout par arriver aux Mureaux, sur des bords de Seine aménagés. Le moment de faire une pause pour se restaurer. Je fais bien de prendre des forces, car la suite n’est pas de tout repos. Je me retrouve sur un chemin de terre, battu à tous les vents. Un cinquantenaire me dépasse allègrement avec un vélo qui traîne pourtant une remorque. À peine le temps d’échanger un bonjour. « C’est sûrement un vélo électrique », me dis-je, un brin vexé.

Je retrouve les bords de Seine en passant à côté de l’immense usine de Renault Flins. Sa taille donne le vertige. Toutes ces voitures sur le parking vont-elles réellement trouver un propriétaire ? Plus que quelques kilomètres avant Mantes-la-Jolie.

Je pense naïvement que je vais arriver tôt à destination. Je ne suis pas au bout de mes peines. Après avoir suivi un chemin de halage, je me retrouve devant un champ de blé. Je regarde le GPS et je vois que le chemin semble reprendre derrière. Je décide alors stupidement de le traverser, en suivant les traces laissées par un tracteur.

Difficile de progresser dans les champs de blé (photo :Paris-Normandie).

Difficile de progresser dans les champs de blé (photo :Paris-Normandie).

C’est la galère, je commence à y laisser pas mal d’énergie, mais je me dis que la fin est toute proche. Et là, c’est le drame. Au bout du champ, un ruisseau bloque la route. Je crois que je vais perdre les pédales. Allez, on respire, on se calme.

Après avoir fait demi-tour sur plusieurs kilomètres, je retrouve un véritable chemin, entre la voie ferrée et l’autoroute A13, qui semble prévu pour la Seine à vélo. Seulement, après quinze minutes, la route est barrée par un chantier en pleine effervescence. « Vous êtes un peu en avance », me sourit un ouvrier.

J’en suis à cinq heures d’efforts les gars, soyez sympa ! Le parcours de la Seine à vélo doit bien passer par là, mais pour l’heure, il est rempli de grues et de bétonnières : rien à négocier, demi-tour obligatoire. Une nouvelle fois, quelques kilomètres s’ajoutent au compteur. Je finis par retrouver la route départementale, pourvue d’une piste cyclable, pour enfin rejoindre Mantes-la-Jolie, après 71 kilomètres. Complètement à plat.  

Dans la collégiale de Mantes-la-Jolie. (Photo : Paris-Normandie)

Dans la collégiale de Mantes-la-Jolie. (Photo : Paris-Normandie)

Troisième étape : Normandie en vue !

De Mantes-la-Jolie à Port-Mort, dans l’Eure

Notre journaliste arrive en Normandie ! (Photo PN)

Notre journaliste arrive en Normandie ! (Photo PN)

J’en termine avec le département des Yvelines pour arriver dans l’Eure pour cette troisième étape de la Seine à vélo. Nous sommes le 1er juillet. Le départ de Mantes-la-Jolie s’effectue en douceur : les premiers kilomètres sont en descente. Bien qu’étant au bord de la route, la circulation n’est pas dense et le parcours est agréable jusqu’au lac de Mousseaux, après une première heure d’efforts modérés. J’arrive alors à Moisson, une petite ville en bord de Seine. Là, le chemin semble s’enfoncer dans la forêt.

Les premiers panneaux que l’on voit lorsque l’on quitte les Yvelines et que l’on arrive dans l’Eure par Giverny. (Photo : Paris-Normandie)

Les premiers panneaux que l’on voit lorsque l’on quitte les Yvelines et que l’on arrive dans l’Eure par Giverny. (Photo : Paris-Normandie)

Attention à la fringale

Refroidi par ma mauvaise expérience de la veille, je décide cette fois de demander à une riveraine si le chemin est sûr. « Pas de souci, vous pouvez y aller », m’assure cette mère de famille qui me regarde avec méfiance en tenant fermement sa fille par le bras. C’est vrai qu’au milieu des maisons cossues, je détonne un peu dans le paysage. Cependant, son conseil est bon et j’avale les kilomètres.

Sur les bords de Seine, je n’en finis plus d’admirer les belles maisons. Seules quelques petites gouttes de pluie me font craindre le pire, mais le nuage noir au-dessus de moi disparaît rapidement. Je quitte momentanément les bords du fleuve pour une départementale qui heureusement, n’est pas très fréquentée.

Une belle vue des bords de Seine à Moisson. (Photo : Paris-Normandie)

Une belle vue des bords de Seine à Moisson. (Photo : Paris-Normandie)

Assez vite, je me retrouve à Bonnières-sur-Seine. Je prends le pont, passe rive droite et quitte les bords de Seine pour atteindre le village de Limetz. Le temps d’admirer la petite église, je relance et après quelques efforts supplémentaires, j’arrive en Normandie par Giverny.
Première différence de taille dès l’entrée dans l’Eure : je trouve tout de suite des panneaux siglés « La Seine à vélo » sur mon chemin. Si je n’aperçois plus le fleuve, le tracé n’est pas déplaisant avec un passage devant le musée des Impressionnismes et le restaurant le Jardin des plumes de David Gallienne. Bon, je me serais malgré tout bien abstenu de dérailler devant. Après une rapide réparation, je repars les mains pleines de cambouis, direction la commune de Vernon où toute une partie des bords de Seine vient d’être aménagée pour le parcours.

Les bords de Seine sur la commune de Rolleboise. (Photo : Paris-Normandie)

Les bords de Seine sur la commune de Rolleboise. (Photo : Paris-Normandie)

Je commence à avoir faim, mais sentant la fin du parcours proche, je décide de terminer la journée avant de m’arrêter pour manger. Après Vernon, la voie n’est plus aménagée et je traverse le village de Pressagny-l’Orgueilleux par la route départementale. Une association, « Pressagny en Seine », a vu le jour il y deux ans à l’initiative de plusieurs riverains qui s’inquiète des transformations du rivage. À l’heure actuelle, tout semble au point mort. Je suis les panneaux sur la route, ils me font m’éloigner de plus en plus de la Seine et je me retrouve bientôt dans les terres à plusieurs kilomètres du fleuve.

Dans les côtes, nombreuses en quelques kilomètres, mon vélo, trop lourd, me fatigue, et les vitesses, pas bien réglées, sautent sans arrêt. Je vois mon temps de trajet se rallonger dangereusement alors que je me rapproche de plus en plus de la fringale. J’ai beau chercher dans mon sac à dos, je sais que je n’ai rien pris à grignoter. Pour couronner le tout, un nouveau nuage noir menace au-dessus de ma tête. Ce n’est vraiment pas le moment.
Si j’ai eu un peu plus de chance le matin dans les Yvelines en ne recevant que quelques gouttes, cette fois-ci, je n’y échappe pas. La pluie glacée me transperce. Après plus de trois heures d’efforts et 50 kilomètres, ces dernières encablures ressemblent vraiment à une galère. Je croise quelques voitures qui ont leurs essuie-glaces et leurs phares allumés alors que nous sommes en pleine journée. Péniblement, j’arrive à Port-Mort, où, satisfaction, je retrouve un contact visuel avec la Seine. Vite, à manger !

Le château de la Roche-Guyon

C’est un écrin incroyable. Niché dans la vallée de la Seine, le château de la Roche-Guyon domine le village. On pourrait même parler de deux châteaux : le premier, de l’époque médiévale, est en partie creusé dans la falaise de craie. Le second, situé en dessous, a été construit au XVIIIe siècle.
Pour accéder au donjon médiéval, il faut passer par un tunnel qui a été directement creusé dans la craie. C’est un véritable château troglodyte, sa construction trouve en premier lieu sa justification dans la protection de l’Île-de-France lors des incursions vikings du Xe siècle.
À partir du XVIe siècle, le domaine appartient à la famille La Rochefoucauld qui étend le château médiéval avec une entrée monumentale. Actuellement, seule cette partie plus récente se visite. De grands salons sont à admirer, avec la présence dans chaque pièce d’expositions éphémères. Les pavillons sont très luxueux et des personnalités du XVIIIe et XIXe siècles y séjournent, comme Condorcet, Lamartine ou encore Hugo.
Au XXe siècle, c’est un tout autre invité qui s’installe. Le château de La Roche-Guyon est occupé à partir de février 1944 par l’état-major du maréchal Erwin Rommel. Celui-ci a été nommé plus tôt responsable de la défense des côtes françaises contre le débarquement allié qui s’annonce. Il choisit le château comme siège de son quartier général. Il y fait creuser d’importantes caves pour stocker des munitions. Face au château, un grand jardin et potager d’environ trois hectares se visite également et vaut le détour.

Château de la Roche Guyon, ouvert du lundi au vendredi de 10 h à 18 h, les week-ends et jours fériés de 10 h à 19 h. Tarifs : 7,80 € et 4,80 €.

Quatrième étape : une question de rythme

De Port-Mort à Pont-de-l'Arche, un parcours 100 % eurois

Depuis que mon père a appris que je réalise cette série de reportages, il est comme un fou. Ancien cycliste émérite toujours actif, il trouve l’idée de la Seine à vélo géniale. À tel point que pour cette journée du 2 juillet, il décide de prendre ma roue. En réalité, c’est plutôt moi qui dois m’accrocher pour prendre la sienne. Il a décidé de faire toute la distance avec un vélo de route, malgré la possibilité de passages sur la terre. « J’ai regardé le parcours, ça va le faire », m’assure-t-il avant le départ. De bon matin, sous le soleil, direction Les Andelys sous le regard de Château-Gaillard. Là, c’est une nouvelle fois un changement de rive, direction la rive gauche pour aller vers Bernières-sur-Seine.

La base de loisirs de Léry-Poses, très agréable pour se détendre l'été.

La base de loisirs de Léry-Poses, très agréable pour se détendre l'été.

Une région de lacs

À terme, un chemin doit être aménagé sur la rive droite, mais il est loin d’être terminé. Ce parcours de substitution entre les lacs et les carrières de sable n’est pas désagréable pour autant, mais j’ai du mal à me repérer. Mon père, lui, semble avoir un satellite dans la tête : « On va bientôt tomber sur la voie ferrée », me dit-il après une heure de route. Effectivement, le tronçon Gaillon-Val-de-Reuil se situe en bords de Seine et nous entendons un train filer à toute allure. Rapidement, nous décidons de faire une pause. L’occasion de manger un petit peu, histoire d’éviter une fringale comme la veille. Le soleil nous accompagne et je me sens en pleine forme en ce quatrième jour, prêt à avaler les kilomètres.

Jusqu’à Saint-Pierre-du-Vauvray, on ne quitte pas une seconde le fleuve des yeux. Sur un chemin de terre, on remarque quelques décharges sauvages. Incroyable de gâcher un si bel endroit de la sorte. Arrivée dans la ville bien calme un jour de semaine. On reprend de plus belle, mais je déraille dès que l’on se retrouve sur la nationale. Une fois sur deux, quand je veux passer à la vitesse supérieure, la chaîne saute. Pourtant, j’ai besoin d’emmener un gros braquet pour suivre mon père, qui ne semble pas fournir le moindre effort, mais qui avance plus vite que moi malgré tout sur cette portion de route. Le chemin, lui, est toujours impeccablement indiqué par de très nombreux panneaux.

En arrivant à Poses, retour en bord de Seine. Nous passons devant l’Auberge du Halage, qui possède une terrasse sur pilotis directement posée sur la Seine. Un cadre idyllique, malheureusement, il est encore un peu tôt pour s’arrêter déjeuner. Quelques minutes plus tard, on quitte les bords du fleuve pour longer le lac des Deux Amants sur la base de loisirs de Léry Poses.

Avant d'arriver à Saint-Pierre-du-Vauvray.

Avant d'arriver à Saint-Pierre-du-Vauvray.

De terribles souvenirs me reviennent en mémoire, lorsqu’en 2018, une amie qui me voulait presque du bien m’a demandé de participer à la course à obstacles la Valeureuse. Je souris. Aujourd’hui, pas de fosses remplies de boue à traverser ni de murs à escalader, juste les jambes à faire tourner. Aux Damps, ce n’est pas la Seine, mais l’Eure que l’on suit sur quelques kilomètres sur la route du même nom. Arrivé à Pont-de-l’Arche, après 42 kilomètres, il est l’heure de trouver un endroit pour se restaurer. Nous nous installons sur la terrasse de l’Estaminet, situé dans le centre-ville. Je suis surpris de voir mon père commander un coca. N’est-ce pas trop lourd lorsque l’on fait du vélo ? Surtout que nous repartons dès l’après-midi pour la suite du parcours. « Justement, il faut prendre des forces », dit-il avec sagesse. D’autant plus que la météo nous joue des tours. À la carte ce midi, ce sera un café à l’eau de pluie. Complètement refroidi, on reprend la route, encore plein d’énergie. Je crois que je commence à prendre le rythme...

Les jardins animaliers de Biotropica

Le Gavial du Gange fait partie des espèces à découvrir. (Photo Biotropica)

Le Gavial du Gange fait partie des espèces à découvrir. (Photo Biotropica)

Biotropica, c’est un coin sauvage au beau milieu du département de l’Eure. S’étendant sur dix hectares, avec une serre de 5000 m², Biotropica accueille près de 140 espèces différentes d’invertébrés, poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères. Mieux vaut prendre son temps lorsque l’on veut faire le tour de cet énorme parc, qui plait aussi bien aux enfants qu’aux adultes : il faut environ trois heures pour en faire le tour. Le domaine est divisé en sept parties, chacune ayant ses caractéristiques : la serre tropicale, la crique des manchots, le bush australien, la brousse africaine, le jardin d’Asie, le lac des pélicans et la ferme des enfants.

Le centre, situé sur la commune du Val-de-Reuil, mais situé au bord du parc de Léry-Poses, propose également de passer une demi-journée avec les soigneurs du parc, pour approcher au plus près des animaux sauvages et se rendre compte du quotidien de ces professionnels qui exercent un métier passion très prenant. Il est possible de manger sur place. Ouvert depuis 2012, Biotropica a été fondé par les propriétaires du zoo du Cerza, dans le Calvados. Biotropica est régulièrement le théâtre de naissance d’espèces rares, comme le panda roux ou encore des faux-gavial, une espèce de crocodiles en voie d’extinction. Des bébés qui intéressent d’autres parcs et d’autres zoos à travers le monde.

Biotropica à Val-de-Reuil, ouvert tous les jours de 9 h 30 à 19 h. Tarifs : 14,50 € adultes, 10,50 € pour les 3 à 11 et gratuit pour les moins de 3 ans.

Cinquième étape : cache-cache avec la pluie

De Pont-de-l'Arche à Rouen

C’est un début d’étape compliqué. Motivé, gonflé à bloc, j’enchaîne dans la même journée deux trajets de la Seine à vélo. Ce matin du jeudi 2 juillet, j’ai bouclé 42 kilomètres de Port-Mort à Pont-de-l’Arche avec mon père, fan de cyclisme et de l’idée du reportage. Après une rapide pause déjeuner, nous sommes repartis pour l’après-midi, direction Rouen. Mais dès la sortie de Pont-de-l’Arche, nous sommes dans le dur. D’abord, parce qu’une côte m’attend à la sortie de la ville. Ensuite, parce que la pluie et le vent se joignent à la fête. Mon père, voix de la sagesse, m’incite à mettre pied à terre sous un pont, au bout seulement de cinq kilomètres.

Notre journaliste sur le viaduc d'Orival. (Photo : Paris-Normandie)

Notre journaliste sur le viaduc d'Orival. (Photo : Paris-Normandie)

Impressionnant viaduc

C’est un sacré spectacle à imaginer : deux cyclistes le regard dans le vide, balayés par le froid, avec les voitures qui défilent sur l’autoroute A13 au-dessus de nos têtes. Bien loin des paysages bucoliques de la Seine à vélo que je vois depuis le lundi 29 juin, le début de mon périple. On attend, en silence, que la météo nous donne un peu de répit, avant de repartir.Nous atteignons rapidement la Seine-Maritime, du côté d’Elbeuf. Là, les panneaux de la Seine à vélo se font plus rares, mais sont doublés par ceux de la « véloroute du Val de Seine ».

Je pense que le chemin doit être le même et nous avançons pendant quelques minutes sans problèmes, mais les choses se compliquent dès que l’on arrive dans le centre-ville d’Elbeuf. On perd quelques minutes à comprendre qu’il faut traverser la Seine au niveau du pont Guynemer. Le temps de retrouver les bords du fleuve, une autre averse nous tombe dessus... Tout juste le temps de s’abriter sous un arbre. Le temps passe. Que faire si la pluie se poursuit tout au long de l’après-midi ? On enfourche à nouveau notre bolide lorsqu’une accalmie se fait sentir bien que quelques gouttes tombent encore.

Dans la forêt du Rouvray. (Photo : Paris-Normandie)

Dans la forêt du Rouvray. (Photo : Paris-Normandie)

Nouvelle traversée de la Seine sur le viaduc d’Orival, où l’on se sent facilement à l’étroit. Juste à côté du passage pour les vélos, les trains de la ligne Serquigny-Oissel passent à toute vitesse. Depuis ce très haut pont, la vue sur la Seine est à couper le souffle. Retour sur la terre ferme et une longue ligne droite s’ouvre devant moi : la route des roches. En faisant abstraction de la circulation, la voie est agréable et les kilomètres s’enchainent sans difficulté. Seul regret, ne pas voir la Seine malgré la proximité de la route avec le bord de l’eau : des maisons et de la végétation bouchent la vue.

À Oissel, le parcours bifurque une nouvelle fois, et le fleuve s’éloigne grandement : direction la forêt du Rouvray pour cette fin de parcours. Je souris en regardant mon père : « Au moins, s’il pleut, on sera protégé. » En revanche, je m’inquiète de ce passage pour lui qui a décidé de faire ce périple avec son vélo de route. Mais à l’intérieur de la forêt, toutes les voies sont bétonnées, pas de chemins de terre.Il faut appuyer fort sur les pédales, car avec les 42 km effectués ce matin, on frôle les 70 bornes en cette fin d’après-midi.Le changement de décor est assez agréable et nous ne sommes pas les seuls à trouver l’endroit joli : des familles profitent de l’après-midi pour se balader.

L'arrivée à Rouen. (Photo : Paris-Normandie)

L'arrivée à Rouen. (Photo : Paris-Normandie)

Nous retrouvons la lumière à la sortie de la forêt, à côté du Zénith. La fin ne me semble pas très loin. Mais la rive gauche, c’est étendu. Encore cinq kilomètres et les jambes se font lourdes, mais le mental me porte : depuis lundi, j’ai vécu bien pire ! Arrivé sur les quais rive gauche, j’aperçois la cathédrale, satisfait d’avoir fait aujourd’hui 79 kilomètres depuis Port-Mort, 37 depuis Pont-de-l’Arche dont nous sommes partis en début d’après-midi. Maintenant, j’ai besoin de récupérer. Mon père, lui, regagne son domicile, à vélo. Il n’en a pas encore eu assez. Moi, j’ai mon compte.

 Les ruines d'Orival

Ce ne sont pas juste quelques pierres posées bizarrement sur le sol. Ce sont les ruines d’un château. Celui de La Roche Fouet. Dans la forêt, sur les hauteurs d’Orival, on trouve les ruines de cette ancienne forteresse qui s’inscrit dans la volonté de Richard Cœur-de-Lion à la fin du XIIe siècle de se protéger contre Philippe-Auguste et de surveiller les bords de la Seine.En Normandie, de nombreux châteaux sont issus de cette période : Les Andelys, Arques-la-Bataille, Montfort-sur-Risle, Moulineaux, Radepont... Cette série d’édifices permet de surveiller l’amont de Rouen et les plateaux environnants.

Le Château Fouet se distingue encore par la présence de pans de maçonneries en ruines, en silex et calcaire. Mais sa vie a été courte.Ce château sera détruit en 1203 à la suite de la condamnation du frère de Richard, Jean de Mortain dit « Jean sans Terre » par Philippe-Auguste, pour le meurtre de son neveu.Pendant la guerre de Cent Ans, les ruines sont parfois occupées par des pillards, mais il est ensuite complètement laissé à l’abandon. Aujourd’hui, on distingue à peine les vestiges sous les arbres et la terre.Il faut donc un peu chercher et prendre son temps pour trouver ce château au milieu de la forêt d’Orival, proche du chemin de randonnée GR2, où la faune et la flore se laisse également découvrir ainsi que d’autres vestiges de l’habitation ancienne de la forêt comme des maisons troglodytes du XVIIe siècle.

Sixième étape : rencontres en chemin

De Rouen à Mesnil-sous-Jumièges

Chouette, du soleil ! Pour cette sixième étape de la Seine à vélo, vendredi 3 juillet, la météo est avec moi. Départ de Rouen en milieu de matinée avec une bonne envie malgré des jambes un peu douloureuses : les quais de Seine sont baignés par le soleil, et la piste cyclable qui descend vers le Val-de-la-Haye m’éloigne rapidement de la circulation dense de la capitale normande. Après une dizaine de kilomètres, je me retrouve sur une voie spécialement aménagée, avec un enrobé qui rappelle celui posé à Vernon. Au niveau d’Hautot-sur-Seine, un grand point d’observation a été aménagé pour admirer le paysage au-dessus de la Seine. C’est le moment de faire une petite pause, prendre le temps de regarder les péniches passer. Je connais mal cette partie du département, c’est une vraie découverte pour moi.

Les bords du fleuve à Hautot-sur-Seine, avec un panorama qui s’avance sur l’eau.

Les bords du fleuve à Hautot-sur-Seine, avec un panorama qui s’avance sur l’eau.

Obligé de mettre pied à terre

La piste est tellement agréable que sans m’en rendre compte, j’ai bientôt fait 20 km. J’arrive à hauteur de Sahurs, face à La Bouille, avec un choix à faire. La Seine à vélo semble continuer sur la rive droite, mais ma carte indique que le chemin n’est pas terminé. Je fais le choix de la sagesse et prends le bac pour traverser, d’autant plus que La Bouille a l’air d’un très beau village à visiter. De ce côté du fleuve, je me retrouve sur la route, mais la circulation n’est pas dense. Je m’enfonce ensuite dans la campagne normande, avec quelques difficultés, dont une côte très raide qui aura raison de mes mollets : je mets pied à terre.

Le bac pour traverser la Seine à Sahurs.

Le bac pour traverser la Seine à Sahurs.

Les kilomètres s’enchainent sur des départementales baignées de quiétude où l’on ne croise ni voiture, ni vélo, ni piéton, ni chat, ni chien. C’est assez solitaire quand même la Seine à vélo ! En fin d’après-midi, je m’apprête à rejoindre la rive droite du fleuve avec le bac de Mesnil-sous-Jumièges pour traverser la Seine une dernière fois. Un autre cycliste me rejoint, enfin quelqu’un à qui parler ! Michel, la petite quarantaine vient des Pays-Bas et son anglais est impeccable. La conversation s’engage. « J’aime profiter de mes vacances à vélo. L’année dernière, je suis allé jusqu’à Turin », explique-t-il avec un sourire. Je le vexe un peu en pensant qu’il utilise un vélo électrique. Mais non, c’est bien à la force des mollets qu’il avale les kilomètres, malgré les pépins techniques. Cette année, il avait l’ambition d’aller jusqu’à Nantes, mais il s’est fait mal au tendon d’Achille dès le premier jour et n’ira finalement pas plus loin que Le Havre.

« J’ai fait 150 km en plein vent, c’était trop. » Il est cependant enthousiaste à l’idée de découvrir la Cité océane dont l’architecture Perret le fascine. J’essaye de le conseiller au mieux sur les endroits à visiter avant de repartir. Lui, se montre inquiet pour le retour : « D’habitude je prends le train pour rentrer, mais avec le virus, je ne suis pas rassuré », glisse le touriste. Il a parfois du mal à trouver des campings et ne voit pas beaucoup d’offres en Picardie. Je lui fais remarquer qu’avec son anglais impeccable, la communication doit être facile, mais il hoche la tête. « Dans la campagne, les Français ne parlent pas très bien anglais. Une fois, je me suis fait virer d’un accueil de camping, car je n’arrivais pas à faire comprendre que je ne voulais rester qu’une seule nuit ! » À la hauteur de notre réputation.

Une piste est aménagée à partir du Val-de-la-Haye.

Une piste est aménagée à partir du Val-de-la-Haye.

Pendant tout ce temps, le bac nous a emmenés de l’autre côté de l’eau et nous avons repris le chemin. Mais déjà, j’arrive à proximité du camping où je dois passer la nuit. C’est dommage, j’aurais bien partagé la route encore quelques kilomètres avec Michel, mais j’ai réservé mon emplacement la veille.Pour la première fois, mettre pied à terre ne signifie pas se reposer. Il faut maintenant dresser la tente. Pour moi, c’est une première. Et en arrivant à mon emplacement, le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne peux pas compter sur mes voisins pour m’aider. À tel point que je me demande si je ne suis pas seul dans tout le camping. « C’est très calme, mais une autre personne est arrivée ce matin », glisse la jeune femme à l’accueil. Après une heure d’efforts, le montage de la tente n’est pas très académique, mais pour reposer une nuit mon corps fatigué par ces 46 kilomètres de la journée, ce sera bien suffisant.

La route des fruits

Des vergers à perte de vue sur la route des fruits.

Des vergers à perte de vue sur la route des fruits.

Ce ne sont pas juste quelques pierres posées bizarrement sur le sol. Ce sont les ruines d’un château. Celui de La Roche Fouet. Dans la forêt, sur les hauteurs d’Orival, on trouve les ruines de cette ancienne forteresse qui s’inscrit dans la volonté de Richard Cœur-de-Lion à la fin du XIIe siècle de se protéger contre Philippe-Auguste et de surveiller les bords de la Seine.En Normandie, de nombreux châteaux sont issus de cette période : Les Andelys, Arques-la-Bataille, Montfort-sur-Risle, Moulineaux, Radepont... Cette série d’édifices permet de surveiller l’amont de Rouen et les plateaux environnants.

Le Château Fouet se distingue encore par la présence de pans de maçonneries en ruines, en silex et calcaire. Mais sa vie a été courte.Ce château sera détruit en 1203 à la suite de la condamnation du frère de Richard, Jean de Mortain dit « Jean sans Terre » par Philippe-Auguste, pour le meurtre de son neveu.Pendant la guerre de Cent Ans, les ruines sont parfois occupées par des pillards, mais il est ensuite complètement laissé à l’abandon. Aujourd’hui, on distingue à peine les vestiges sous les arbres et la terre.Il faut donc un peu chercher et prendre son temps pour trouver ce château au milieu de la forêt d’Orival, proche du chemin de randonnée GR2, où la faune et la flore se laisse également découvrir ainsi que d’autres vestiges de l’habitation ancienne de la forêt comme des maisons troglodytes du XVIIe siècle.

Septième épisode : suivre les torchères

Du Mesnil-sous-Jumièges à Notre-Dame-de-Gravenchon

C’est à l’heure du laitier que j’attaque cette avant-dernière étape de la Seine à vélo. Après une courte nuit en camping, je repars sur les routes et chemins de Seine-Maritime. Je quitte Mesnil-sous-Jumièges pour retrouver les rives du fleuve et le parcours de la Seine à vélo, direction Notre-Dame-de-Gravenchon. La matinée de ce samedi 4 juillet commence agréablement avec la vue, après quelques kilomètres, sur Jumièges et sa très belle abbaye. Mais ce moment de poésie s’arrête très vite. Deux côtes s’enchaînent avant d’arriver sur la commune du Trait et mes mollets encore endormis en ce début de matinée sont brutalement mis à contribution.

L’entrée de Villequier, ou la promesse de la Seine à vélo.

L’entrée de Villequier, ou la promesse de la Seine à vélo.

Route flambant neuve

Alors que je regagne une route plate, mon dérailleur saute. Toujours le même problème. Invariablement, la chaîne se fait la malle quand j’essaye de passer le plus gros braquet. J’ai du cambouis plein les doigts.Je trouve refuge dans le premier café venu pour tenter de limiter les dégâts. Le gérant ne semble pas ravi de me voir débarquer, je le comprends, je risque de salir son lavabo nickel, mais il me laisse entrer malgré tout. « Vous avez pu tout enlever ? », s’enquiert-il en me servant un jus d’orange en terrasse quelques minutes plus tard.

De nouveau installé sur mon VTT, direction Caudebec-en-Caux et le pont de Brotonne. Je perds quelques minutes à la sortie du Trait pour chercher ma route. Je ne vois pas bien les panneaux, je ne trouve pas la route et me voilà dans des zones pavillonnaires. Mais une fois sur le bon chemin, c’est un vrai bonheur. Une voie spéciale pour les cyclistes vient d’être aménagée, entre les arbres. Je pense que c’est tout récent, car on sent encore l’odeur du goudron fraîchement épandu sur le sol.
À l’entrée de Caudebec-en-Caux, on rejoint les bords de Seine. Ils sont très bien aménagés et c’est vraiment plaisant de flâner ici avec un passage devant le MuséoSeine (voir ci-dessous).

MuséoSeine bénéficie d’une vue imprenable sur le fleuve.

MuséoSeine bénéficie d’une vue imprenable sur le fleuve.

À l’entrée de Villequier, on croise des panneaux « Ici, passera la Seine à vélo dès 2020 », déjà aperçus en région parisienne, mais comme dans les Hauts-de-Seine, les aménagements sont déjà là.
Passage devant le musée Victor-Hugo avant de se retrouver sur une départementale en sortie de ville. Et là, les choses se compliquent sérieusement. La météo est loin d’être idéale et le vent se met à souffler très fort, pleine face ! Dix kilomètres d’enfer, où je me dis parfois que j’irais plus vite à pied.

Je croise un cycliste qui, lui, se laisse porter par le vent, forcément. La scène est tellement rapide que je n’arrive pas à savoir si le sourire qui se dessine sur son visage est un signe de compassion ou de moquerie.
J’arrive tant bien que mal à Petiville et m’éloigne des bords de Seine. Enfin, je peux souffler un petit peu. Je prends quelques minutes de pause avant de relancer mon allure en pleine campagne. Je ne vois plus de panneaux, mais pour se repérer, il suffit de suivre les torchères de Port-Jérôme-sur-Seine que l’on aperçoit au loin. Encore une petite côte, au cas où je serais en train de me refroidir.

Soudainement, j’atteins le point d’arrivée, passant d’un décor bucolique à une zone industrielle en quelques mètres. À l’entrée de la ville, je suis de nouveau obligé de faire une pause. Il faut dire que mine de rien, j’ai fait 52 km pendant la matinée en un peu plus de quatre heures, avec une météo pas vraiment clémente. Malgré la fatigue, je me sens proche du Havre. Il me semble apercevoir déjà les galets.

MuséoSeine, le musée du fleuve

C’est le plus vieux « monument » du territoire : la Seine. Cela valait bien qu’on lui dédie un musée. MuséoSeine, situé au cœur de Caudebec-en-Caux (Rives-en-Seine), évoque l’histoire du fleuve, la vie des hommes sur ses rives et l’évolution des paysages. Y sont présentés en particulier l’histoire des bacs de Seine, le mascaret, les bateaux de la Basse-Seine, les pilotes de Seine, les ponts (pont transbordeur de Rouen, pont de Tancarville, pont de Brotonne, pont de Normandie), les grandes industries, les ports de Rouen et du Havre et les animaux de la Seine.

À la pointe de la technologie, MuséoSeine propose plusieurs façons de visiter innovantes. Dans certaines pièces, des personnages holographiques surgissent du passé pour conter leur vie, à leur époque. Via un timescope, il est possible de remonter le temps jusqu’au XXe siècle, dans les années 20. D’autres expériences immersives à 360 degrés sont également à découvrir.

Le musée accueille également des expositions temporaires, toujours en rapport avec la Seine. Actuellement il s’agit de « Dans la peau de Georges Binet, peindre et flâner en bord de Seine », proposée dans le cadre du festival Normandie Impressionniste. S’immerger dans une toile et ressentir la fraîcheur de la rosée du matin, les rayons du soleil vibrer sur les feuilles des arbres bordant le fleuve, tout un programme ! À déguster jusqu’au 4 avril 2021.

Huitième épisode : un final dans le dur

de Port-Jérôme-sur-Seine jusqu’à la Porte océane

Pour commencer, je fais toujours une pause. Cette maxime s’adapte parfaitement à cette huitième et dernière étape de la Seine à vélo, samedi 4 juillet. C’est à Lillebonne, dans le centre-ville historique de cette cité millénaire, que je décide de déjeuner avant d’attaquer la dernière partie du parcours. Seulement 38 kilomètres me séparent du Havre, mon point d’arrivée. Pas la peine de me presser, après avoir avalé plus de 350 kilomètres de bitume et de terre depuis lundi 29 juin. Je pense que cette dernière portion ne devrait pas me poser de problèmes. Je prends donc le temps de m’installer dans une brasserie, pour reprendre des forces après la septième étape entre Mesnil-sous-Jumièges et Port-Jérôme-sur-Seine, que j’ai effectué le matin même

Arrivée sur la plage du Havre, mission accomplie.

Arrivée sur la plage du Havre, mission accomplie.

Longue, longue route des roches...

Le départ se fait tout en douceur et en descente. Je n’ai qu’à me laisser porter de Lillebonne jusqu’au pont de Tancarville, en ayant, au passage, une vue imprenable sur la Seine. Après être passé au pied du pont tout se complique. Je ne trouve pas ma route, et le vent se met à souffler fort. Ma carte indique une possible voie qui suit le canal de Tancarville jusqu’au Havre, mais je ne trouve pas.

Finalement, j’emprunte une départementale qui longe l’autoroute de l’entrée du Havre. Pas des plus agréables ! Pourtant, elle va m’accompagner une bonne partie de l’après-midi. Après quelques kilomètres, je passe de l’autre côté via un pont et je rejoins la route des roches.Toujours avec le vent en pleine face, cet après-midi ne ressemble pas du tout à la promenade de santé que j’avais imaginée. Depuis mon départ de Mesnil-sous-Jumièges, j’en suis maintenant à 75 kilomètres et plus de quatre heures d’efforts fournis, ça commence à se ressentir dans les jambes. Tous les cinq kilomètres, je fais une petite pause sur le côté de la route pour souffler.

Au-dessus de la voie rapide qui mène au Havre, avec, tout au fond, le Pont de Normandie.

Au-dessus de la voie rapide qui mène au Havre, avec, tout au fond, le Pont de Normandie.

Bientôt, je me retrouve sans eau dans ma gourde et il n’y a pas âme qui vive, ni de commerces dans le coin pour me dépanner. Ça commence véritablement à ressembler à une journée galère. Et puis, cette route n’a absolument aucun intérêt, je n’ai plus aucune visibilité sur la Seine, il n’y a rien de chouette à voir sur le parcours, il s’agit juste d’une longue départementale, triste et froide.Je finis par reprendre espoir après être passé à hauteur du pont de Normandie, que j’ai vaguement aperçu au loin. Je me rapproche de la destination. Je passe à Gonfreville-l’Orcher, face à la zone industrielle. Je peux enfin profiter de pistes cyclables. Direction Harfleur, où je remarque que mon pneu avant semble très mou... Plus que quelques kilomètres, je me dis que ça va tenir.À Harfleur, encore une fois, je ne trouve plus ma route et je suis obligé de suivre de gros nœuds routiers avec mon petit VTT. C’est plutôt effrayant ! Ça grimpe un peu, mais je le vois, le panneau d’entrée de ville « Le Havre ». Enfin ! Et là, c’est le drame.

Mon pneu avant est désormais complètement à plat, il n’y a rien à faire, je ne peux plus du tout avancer dans cet état ; je roule sur la jante.Le petit nécessaire de dépannage que j’avais acheté « au cas où » va finalement servir, après 395 kilomètres sans autres pépins que des sauts de chaîne.J’ai mal aux jambes, j’ai soif, et il faut encore que je fasse de la mécanique. Heureusement, le petit kit, qui ne paie pas de mine, marche très bien. Chambre à air neuve, pneu gonflé, je relance l’allure pour la dernière fois. À un train de sénateur, je parcours les derniers mètres : rue de Verdun, rond-point, boulevard de Strasbourg. Je joue le jeu jusqu’au bout et m’arrête à la plage. Pas loin de l’endroit où la Seine se jette dans la Manche. Fatigué, mais fier d’y être parvenu.

Les Jardins suspendus

La vue sur Le Havre depuis les Jardins suspendu.

La vue sur Le Havre depuis les Jardins suspendu.

Sur les hauteurs du Havre, c’est un écrin de verdure à savourer. Les Jardins suspendus, c’est un jardin botanique de 17 hectares situé dans le quartier Sanvic, à l’intérieur de l’ancien fort de Sainte-Adresse. Surplombant la baie du Havre, la vue est à couper le souffle depuis les remparts. La forteresse cache plusieurs trésors. Deux d’entre eux sont des œuvres d’Un été au Havre devenues pérennes. Le Temps suspendu, installé en 2017, constitue une myriade de portraits de milliers de Havrais. Ils tapissent l’entièreté d’une ancienne poudrière. Il est toujours possible de se retrouver grâce à un code donné lors de la prise du cliché d’origine.La seconde est nichée dans l’alvéole 13. Sysiphus casemate, l’œuvre de l’artiste brésilien Henrique Oliveira est singulière à plus d’un titre.

Il s’agit d’un arbre couché, réalisé à partir de différents types de bois. Depuis sa base, située à l’extérieur de l’alvéole, on peut voir à travers, donnant une perspective unique. Les Jardins suspendus accueillent également des serres, qui se visitent. On y découvre une grande variété de plantes : lauriers roses, palmiers et divers arbustes venus des tropiques. Et également des plantes tropicales, dont des collections d’orchidées et de bégonias. Une partie des serres présente également différentes plantes du quotidien telles que des théiers, des caféiers ou des poivriers.n Les jardins sont ouverts d’avril à septembre, tous les jours de 10 h 30 à 20 h ; en octobre, tous les jours de 10 h 30 à 18 h ; de novembre à février, tous les jours de 10 h 30 à 17 h ; en mars, tous les jours de 10 h 30 à 18 h. Entrée libre sauf pour les serres : 2 €.