À la découverte des îles anglo-normandes

Embarquement immédiat pour Jersey et Guernesey

Elles ne sont situées qu'à quelques kilomètres des côtes normandes et font pourtant partie du territoire britannique. Les îles anglo-normandes, où vivent environ 150 000 personnes réparties sur 194 km2 offrent un environnement idéal pour les passionnés d'Histoire, de culture ou de sport.

Pour les vacances d'été, la rédaction de Paris-Normandie est partie à la découverte de Jersey et Guernesey. Reportage en sept épisodes sur ces terres insulaires qui promettent un dépaysement absolu.

Épisode 1

Le français fait de la résistance

«Route de la Libération », « Rue des Prés » ou bien « Profonde Rue », ces panneaux de signalisation pourraient se trouver en France et pourtant, c'est bien sur les îles anglo-normandes qu'on les aperçoit. Des accents bien français résonnent dans la bouche de ces Britanniques bien plus proche de l’hexagone (20 à 50 km) que du pays du thé. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la langue de Molière a disparu sur les îles anglo-normandes pour laisser place à l'anglais. Le français est toujours une langue officielle à Jersey, mais ne l'est plus depuis 1948 à Guernesey. Quant à sa pratique, plus personne ne le parle au quotidien. Les enfants l'apprennent à l'école, mais une fois dans la vie active, difficile de trouver quelqu'un qui parle français, parfois même dans les hôtels…

Les traductions françaises des panneaux ne sont pas toujours très compréhensibles...

Les traductions françaises des panneaux ne sont pas toujours très compréhensibles...

Le français survit grâce à l’administration. En effet, les lois, actes, contrats et autres documents officiels sont écrits en français à Jersey. « Les avocats ont besoin de connaître le français pour la bonne compréhension du droit car les lois sont héritées du normand », déclare Christine Bonhomme, directrice de la maison de la Normandie et de la Manche à Jersey. Cette dernière veut promouvoir un peu plus sa langue natale sur les îles. Après la fermeture du consulat français, la Maison de la Normandie et de la Manche est créée en 1995 pour assurer les liens diplomatiques entre l'hexagone et les îles. « Il y avait une baisse des ressortissants français sur le territoire », explique la directrice. Financée par la Région et le département de la Manche, elle a pour principal objectif d'aider et de favoriser les projets collaboratifs entre la région normande et l'archipel. « Nous aidons les écoles dans leur projet éducatif, mais aussi les entreprises normandes qui souhaiteraient s'implanter sur les îles. »

Anaïs Niobey et Christine Bonhomme promeuvent la langue de Molière sur les îles.

Anaïs Niobey et Christine Bonhomme promeuvent la langue de Molière sur les îles.

Depuis l'année dernière, l'université de Caen a signé une convention avec la ministre de l'Éducation des États de Jersey pour aider les lycéens anglo-normands à venir effectuer leurs études supérieures en Normandie. « Les jeunes devaient aller en Angleterre, à Southampton, pour poursuivre leur scolarité. Désormais, ils seront un peu plus proches de leur famille et pourront éventuellement, une fois diplômés, revenir sur les îles », détaille Christine Bonhomme. Autre outil de promotion de la langue de Molière : un journal trimestriel, Le Rocher. En partenariat avec les journaux Jersey Evening Post et Guernsey Press, sept pages sont entièrement écrites en français. « Cela permet de mettre du français visible sur les îles », constate la directrice.

Le Rocher, le journal français des îles anglo-normandes.

Le Rocher, le journal français des îles anglo-normandes.

Le jersiais, troisième langue officielle

Sur les îles, il y a bien une autre langue qui chatouille les oreilles des Normands : le jersiais. Cette langue insulaire est un dérivé du normand. Depuis février 2019, elle est reconnue comme langue officielle sur l'île de Jersey. Ce dialecte aux origines vikings a été influencé par l'anglais et le français au gré des périodes de possession de chaque couronne. « Deux grandes langues ont influencé une petite langue », n'hésite pas à déclarer Geraint Jennings, agent de promotion du jersiais sur l’île. « L'introduction des lois normandes, et donc le développement de la langue normande, a influencé le jersiais. La présence de troupes britanniques sur les îles l'a aussi impactée sur certains mots. »

Au terminal du ferry de Jersey, on nous souhaite "à bientôt" en jersiais.

Au terminal du ferry de Jersey, on nous souhaite "à bientôt" en jersiais.

Depuis le XIXe siècle, cette langue décline. En 2012, 13 % de la population était capable de parler un peu de jersiais mais seulement 2 % la comprenaient complètement à l'oral. De moins en moins de Jersiais la parlent, mais elle a su compter à des moments clefs de l’histoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce dialecte normand a été utilisé dans la résistance car il n'était pas compris par les Allemands. « C'était un code secret contre les Alliés. C'était la résistance douce avec la langue », assure Geraint Jennings. Le jersiais a aussi enrichi le français. Suite au succès des Travailleurs de la mer de Victor Hugo, le mot pieuvre, emprunté aux pêcheurs guernesiais, supplante le mot poulpe alors utilisé à l’époque. Finalement, la « petite » langue apporte elle aussi du renouveau à la « grande ».


Quelques mots pour vous exercer au jersiais :

Bouônjour = bonjour

Bouônjour à matîn = bonjour (le matin)

Bônsouair = bonsoir

À bétôt = au revoir

Bouonne niet = bonne nuit

Mèrcie bein des fais = merci

S’i’ vos pliaît = s’il vous plaît

À tantôt = à bientôt (plus tard le même jour)

À la préchaine = à la prochaine

Comme est qu’ous êtes ? = comment allez-vous ?

Jé sis d’charme = je vais bien

J’avons dgiêx vaques = nous avons dix vaches

Tch’est qu’est vot’ nom ? = comment vous appelez-vous?

Pâl’-ous l’Jèrriais ? = parlez-vous jersiais ?

Man nom est ... = mon nom est ...

Geraint Jennings de l'Office du Jèrriais

Épisode 2

Victor Hugo, les charmes de l'exil

Austère de l'extérieur, extravagante à l'intérieur. Hauteville House à Guernesey cache décidément bien son jeu quand on pénètre dans les premières pièces de l’unique propriété de Victor Hugo. Le célèbre écrivain a vécu la plus grosse partie de son exil sur l'île anglo-normande de Guernesey, de 1856 à 1870. Chassé par Napoléon en 1851, Victor Hugo fuit la France pour la Belgique où il est de nouveau expulsé. Il se réfugie finalement sur les îles anglo-normandes en 1852. Dans un premier temps, il loue une maison à Jersey. Trois ans plus tard, il est également expulsé de l'île jersiaise. C'est finalement en 1856 que Hugo décide d'acheter Hauteville House à Guernesey.

Restée propriété familiale jusqu’en 1927, Hauteville House est offerte en donation à la Ville de Paris, à l’occasion du centenaire du Romantisme, par Jeanne Nègreponte, la petite-fille de Victor Hugo, et les enfants de Georges Hugo, son petit-fils. Depuis, la demeure est devenue un musée.

Restée propriété familiale jusqu’en 1927, Hauteville House est offerte en donation à la Ville de Paris, à l’occasion du centenaire du Romantisme, par Jeanne Nègreponte, la petite-fille de Victor Hugo, et les enfants de Georges Hugo, son petit-fils. Depuis, la demeure est devenue un musée.

Victor Hugo n'était pas un grand jardinier mais appréciait d'y passer du temps avec ses petits-enfants.

Victor Hugo n'était pas un grand jardinier mais appréciait d'y passer du temps avec ses petits-enfants.

En effet, la loi guernesiaise interdit l'expulsion des personnes ayant des propriétés sur l’île. Ce sera son unique bien, ses logements parisiens n'étaient que des locations. C’est grâce à l'argent qu'il a gagné avec le succès du recueil de poèmes Les Contemplations qu'il peut se permettre d’acheter cette demeure de 1200 m². Après 18 mois de rénovation de grande ampleur, la maison de l'écrivain a rouvert ses portes au public en avril 2019.

Passionné d'architecture

Victor Hugo se découvre une passion pour l'architecture et la décoration. Il apporta sa patte à chaque pièce de la maison pendant son exil. « Quel dommage que je sois poète, quel architecte j'aurais fait ! », aurait déclaré Victor Hugo. Rien qu'en poussant la porte de la demeure, aucun doute sur l'ancien propriétaire des lieux. Un portail sculpté en bois porte l’inscription « Victor Hugo Nostre-Dame de Paris ».

Un portail tout en bois sculpté met à l'honneur l'oeuvre mythique "Notre-Dame de Paris".

Un portail tout en bois sculpté met à l'honneur l'oeuvre mythique "Notre-Dame de Paris".

Dans la salle de billard, juste à côté, des portraits peints par Adèle Hugo, la femme du poète, recouvrent les murs. On découvre toute la famille en peinture : des parents aux enfants, Léopold, Léopoldine, Charles, François-Victor et Adèle.

Adèle Hugo aimait peindre des portraits de la famille.

Adèle Hugo aimait peindre des portraits de la famille.

Derrière une porte dérobée, une petite pièce abrite la salle noire où l'artiste entretenait sa passion pour la photographie.
Dans la pièce suivante, les murs sont recouverts de tapisserie. « Victor Hugo a même recouvert le plafond d’une tapisserie. Il a pensé à faire un trou pour le lustre. C'était très novateur à l’époque », explique Héloïse, guide à Hauteville House. Sur une cheminée du salon des tapisseries, l’écrivain n'hésite pas à inscrire son nom et ceux qu'il admire et l'inspire. On peut y lire Shakespeare, Molière, et même le Christ.

Victor Hugo était un excentrique à son époque. Il installe des tapisseries au plafond.

Victor Hugo était un excentrique à son époque. Il installe des tapisseries au plafond.

Victor Hugo aime chiner des objets sur les brocantes de Guernesey pour meubler sa maison. Il transforme une porte pour en faire un tableau. Il assemble une commode avec un autre meuble pour en faire une armoire. « Hugo était collectionneur de chinoiseries. Il aimait beaucoup l'Asie, et pourtant, il n'y est jamais allé ! », affirme la guide. Dans la salle à manger, la cheminée est recouverte de carreau de Delft. Il a utilisé la faïence pour faire apparaître ses initiales. Tout en haut du mur, Hugo affiche ses œuvres. Il grave dans le bois plusieurs vers de ses poèmes.

L'écrivain appose sa pâte dans chaque pièce de la maison. Ici, on peut apercevoir ses initiales.

L'écrivain appose sa pâte dans chaque pièce de la maison. Ici, on peut apercevoir ses initiales.

Au deuxième étage, la galerie de chêne est la pièce la plus surprenante de la maison. Elle abrite une chambre et un cabinet de travail tout en bois sculpté. Un vrai bijou d'ébénisterie. « Cette chambre Victor Hugo ne l'a pratiquement jamais occupé ou utilisé pour travailler », indique Héloïse.

Cette chambre n'a pratiquement jamais été utilisée par Hugo.

Cette chambre n'a pratiquement jamais été utilisée par Hugo.

En montant les étages, la lumière prend une place plus importante : Victor Hugo ajoute en 1861 un look-out.

Une maison inspirante

Cette pièce perchée sur la maison entièrement vitrée permet à l'écrivain d'admirer la vue sur la baie de Havelet tout en travaillant. « Il a installé des tablettes pour pouvoir écrire debout face à la France, pays qui lui manque énormément. Quand il fait très beau, on peut apercevoir le Cotentin », précise Héloïse. C’est d'ailleurs dans cette maison qu'il écrit bon nombre de ses œuvres, dont Les Misérables ou encore Les Travailleurs de la Mer, dédié aux pêcheurs guernesiais.

Face à la mer, Victor Hugo écrivait debout.

Face à la mer, Victor Hugo écrivait debout.

Hauteville House a aussi été une maison accueillante pour les enfants pauvres de Guernesey. Chaque semaine, Victor Hugo invitait des enfants à venir manger chez lui. À Noël, il installait un sapin dans sa demeure et offre des cadeaux aux plus nécessiteux. L'écrivain milita pour la bonne santé des plus jeunes. Il déclara lors du Noël des enfants pauvres de 1869 : « Si l'enfant a la santé, l'avenir se portera bien. Si l'enfant est honnête, l'avenir sera bon. » Ce sont d'ailleurs ses petits-enfants qui avaient exclusivement le droit de lui rendre visite dans sa chambre, une pièce modeste avec vue sur le jardin.

Les murs de sa chambre dissimulent ingénieusement des placards pour ses vêtements et une table pour écrire.

Les murs de sa chambre dissimulent ingénieusement des placards pour ses vêtements et une table pour écrire.


Bulles de résistance

Le musée Victor Hugo à Villequier accueille l'exposition temporaire Hauteville House, un roman graphique en Normandie. On peut y découvrir le travail du scénariste rouennais Fred Duval et des dessinateurs de la bande dessinée portant le nom de la demeure de Victor Hugo pendant son exil à Guernesey. Dans un univers steampunk, Hugo et ses soldats veulent contrecarrer les plans de Napoléon III. Pendant l'exposition, les visiteurs découvrent le travail des premiers croquis qui ont permis d'élaborer les planches de la bande dessinée. La série se compose de seize tomes. Le premier a été publié en 2004, le prochain devrait voir le jour à l’automne.

L'exposition présente les premières esquisses de la BD.

L'exposition présente les premières esquisses de la BD.

  • Quai Victor Hugo à Villequier. Ouvert du lundi au samedi (sauf le mardi) de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h. Le dimanche seulement l’après-midi. Tarifs : 5 € ; gratuit pour les moins de 26 ans. Exposition Hauteville House, un roman graphique en Normandie jusqu'au 6 octobre.

Épisode 3

Tiraillées entre deux nations

Dolmen, bunkers ou encore château médiéval, les traces du passé sont visibles sur les îles anglo-normandes. En quelques kilomètres, on peut traverser des siècles d'histoire. La Hougue Bie représente bien ce mélange des époques. Sur ce site archéologique situé sur la paroisse de Grouville sur l'île de Jersey, on retrouve un dolmen datant du néolithique surmonté d’une chapelle médiévale se situant à quelques mètres d’un bunker allemand datant de la Seconde Guerre mondiale.

Le dolmen de la Hougue Bie (du type dolmen à couloir) n'a été découvert qu'en 1925. Il est surmonté d'une chapelle datant du XIIe siècle.

Le dolmen de la Hougue Bie (du type dolmen à couloir) n'a été découvert qu'en 1925. Il est surmonté d'une chapelle datant du XIIe siècle.

Ce curieux mélange des époques montre le temps passé sur les îles anglo-normandes, des terres convoitées pendant des siècles. Le royaume de France et la couronne britannique se sont battus à de nombreuses reprises pour détenir les îles de la Manche dans leur possession. En 933, Guillaume Ier de Normandie, dit Guillaume Longue-Épée, reçoit du roi de France le comté de Coutances comprenant les îles de la Manche. Ainsi, les îles deviennent normandes.

Période de convoitise

Une longue période de rivalité entre la France et l’Angleterre commence au début du XIIIe siècle. En 1202, Philippe Auguste décide de confisquer les possessions de Jean sans Terre, duc de Normandie, roi d’Angleterre et héritier des possessions des Plantagenêts. Pendant deux ans, le roi de France bataille pour finalement conquérir les îles. Ces dernières deviennent un enjeu stratégique pour l'Angleterre car elles sont à la fois un champ de manœuvres navales, un arsenal et un refuge pour les navires qui naviguent entre la Grande-Bretagne et les possessions anglaises sur le territoire français, la Guyenne et la Gascogne. Quelques années plus tard, en 1206, les Français sont chassés des îles grâce aux services d’un mercenaire, Eustache le Moine, d'abord à la solde des Anglais avant de tenter de conquérir à nouveau les îles, pour les Français cette fois, six ans plus tard. C'est à cette période qu'est construit le château de Gorey situé à Grouville sur l'île de Jersey.

La château surplombe la baie.

La château surplombe la baie.

Surplombant la baie éponyme, il occupe une position naturellement forte car il peut être aperçu depuis la Normandie mais il permet aussi de bien voir les bateaux qui approchent. Il est l'élément tactique principal de défense des îles anglo-normandes car quiconque tenait le château tenait Jersey. Même si l'ennemi occupait Guernesey, il était toujours exposé au danger tant que Gorey était dans les mains du roi.

Le château de Mont Orgueil est de réputation imprenable. Pendant plusieurs siècles, il résistera aux invasions.

Le château de Mont Orgueil est de réputation imprenable. Pendant plusieurs siècles, il résistera aux invasions.

La guerre de Cent Ans est l’occasion pour les Français de prendre leur revanche. Dès 1338, la France investit le château Cornet à Guernesey et prend le contrôle de Sercq et d’Aurigny. Un an plus tard, 8 000 soldats français se dirigent vers le port de Gorey. Après un combat acharné entre les insulaires et les Français, le château finit par tomber. Sa défense héroïque lui a valu d'être rebaptisé « Mont-Orgueil ». Il va être à nouveau de nombreuses fois le théâtre d'affrontements entre les deux nations.

La vue depuis le château permet de voir au loin les ennemis arriver.

La vue depuis le château permet de voir au loin les ennemis arriver.

Après le traité de Brétigny en 1360, qui spécifie que les îles de la Manche sont reconnues comme territoire anglais, Bertrand Du Guesclin est envoyé par le roi de France Charles V pour chasser les Anglais. Il assiégera notamment le château de Mont Orgueil en 1373.

Finalement anglaises

Ce n'est que lors de la Guerre des Deux Roses opposant les maisons royales de Lancastre et de York en 1460 que la France en profite pour occuper pendant sept ans les îles. Celles-ci seront reprises par Richard Harliston qui devient le premier gouverneur de Mont-Orgueil. Après ce nouvel échec français, une période d'accalmie a lieu entre les deux nations. Avec l'invention de la poudre à canon, Mont Orgueil ne semble plus invulnérable. Le château est abandonné au XVIe siècle au profit de la construction de celui portant le nom de la reine Elizabeth Ier d’Angleterre, au large de Saint-Hélier.

Le château d'Elizabeth est construit au large de Saint-Hélier à Jersey. (crédit photo : Martijn vdS)

Le château d'Elizabeth est construit au large de Saint-Hélier à Jersey. (crédit photo : Martijn vdS)

Ses pierres devaient être utilisées pour le nouvel édifice mais il échappe à la démolition grâce au gouverneur de l’époque, Sir Walter Raleigh, qui s’y oppose.
Le conflit entre les deux nations reprend au XVIIIe siècle, notamment pendant la guerre de Sept Ans. Dernière tentative française en 1781, mais les troupes doivent faire face à l’hostilité de la population et se rendre. Finalement, la France se résout à reconnaître la souveraineté britannique en 1815.


Indépendantes

Aujourd’hui, les îles anglo-normandes forment une entité spéciale rattachée à la couronne. Les deux bailliages, celui de Jersey et celui de Guernesey, ne font pas partie du Royaume-Uni. Ils sont chacun autonomes et possèdent leur propre parlement, justice, lois... Les îles anglo-normandes ne font donc pas partie de l’Union européenne, mais bénéficient toutefois de certains avantages. Lors de l’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne en 1973, un alinéa concerne les îles de la Manche leur permettant de bénéficier d’échanges commerciaux avec l’UE. Avec le Brexit, ces avantages sont menacés pour les îles. Les habitants n’ont pas été consultés concernant la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Les îles n’ont pas hésité à organiser des réunions d’information pour tenter de lever le flou sur cette situation. À suivre.

Bien qu'indépendantes, les îles anglo-normandes conservent des relations étroites avec la couronne britannique. Les rois et reines d'Angleterre se sont déjà rendus plusieurs fois sur les îles.

Bien qu'indépendantes, les îles anglo-normandes conservent des relations étroites avec la couronne britannique. Les rois et reines d'Angleterre se sont déjà rendus plusieurs fois sur les îles.

Épisode 4

De véritables forteresses
au milieu de la Manche

Les îles anglo-normandes n’ont pas échappé pas à la Seconde Guerre mondiale. Et c’est d’ailleurs, le seul territoire britannique qui a été occupé par les troupes allemandes. La France et le Royaume-Uni essuient une terrible défaite en juin 1940. Le 15 juin, le gouvernement britannique prend la décision de démilitariser les îles par manque de moyens pour les défendre. En l'espace de quelques heures, le gouvernement britannique donne le choix aux îliens de partir ou de rester.

Le 19 juin, les premières évacuations ont lieu. Au total, 23 063 Anglo-Normands fuient vers l'Angleterre. « Mon père a été séparé de ses parents. Il ne les reverra jamais », raconte Korinne Le Page, Guernesiaise et guide sur l'île. Ils sont des centaines d’enfants à quitter leur famille pour une durée indéterminée.

Un soldat pour deux habitants

Le 28 juin, les Allemands, qui n’ont pas connaissance de la démilitarisation, attaquent Saint-Pierre-Port à Guernesey et Saint-Hélier à Jersey. « Sur le port de Guernesey, des camions transportant des tomates ont été confondus avec des camions militaires. 44 personnes sont mortes », explique Korinne Le Page. En constatant la non-résistance des îles, les Allemands s’installent sans difficulté.

Au total, ce sont 37 000 soldats allemands qui vivront pendant cinq ans sur les îles anglo-normandes. À Guernesey, il y a un soldat pour deux habitants. L'Occupation sur les îles est différente de celle vécue en Europe. Certains habitants gardent des souvenirs positifs avec les Allemands qui pouvaient s'avérer bienveillants. Mais ce n'était pas toujours plaisant. Les lois nazies commencent à s’appliquer : en 1941, obligation de conduire à droite ; les Allemands tentent d’imposer leur langue... Les Juifs, la plupart avait déjà fui, subissent la répression nazie. En 1942, trois femmes juives sont déportées à Auschwitz. Elles n’ont pas survécu. Les Britanniques qui n’étaient pas nés sur l’île sont eux aussi victimes de racisme. Ils ont été déportés dans des camps en Allemagne. Sur l'île d'Aurigny, 5 000 prisonniers sont détenus dans un camp de concentration dans des conditions de vie très dures. Vingt-sept nationalités y sont alors représentées.

Les îles deviennent de véritables forteresses pour les Allemands. En tant que partie prenante du Mur de l’Atlantique, plus de 1 800 tunnels, casemates et bunkers ont été construits. À Saint-Brélade, 38 bunkers sont les uns à côté des autres pour surveiller la baie de Portelet. Ils sont encore en parfait état et certains sont visitables.

Trente-huit bunkers ont poussé comme des champignons sur la pointe de Portelet entre 1940 et 1945.

Trente-huit bunkers ont poussé comme des champignons sur la pointe de Portelet entre 1940 et 1945.

Les bunkers sont visitables avec l'association CIOS (Channel Islands Occupation Society) de Jersey.

Les bunkers sont visitables avec l'association CIOS (Channel Islands Occupation Society) de Jersey.

Les canons sont presque intacts.

Les canons sont presque intacts.

Les kilomètres de tunnels sur les îles sont, eux, devenus des musées comme le Jersey War Tunnels, utilisé à l'époque comme hôpital, ou encore le German Underground Hospital à Guernesey. « Ce tunnel est la plus grande construction de la Seconde Guerre mondiale sur les îles de la Manche, avec ses 7 000 m². Les ouvriers esclavagistes ont commencé à creuser l’hiver 1940 et ils n’ont jamais pu terminer. Le tunnel servait également de dépôt de munitions », détaille Peter, guide dans le tunnel.

L'entrée du Jersey War Tunnels, souterrain hospitalier.

L'entrée du Jersey War Tunnels, souterrain hospitalier.

Dans l'hôpital souterrain allemand, les bénévoles ont tenté de recréer l'atmosphère de l'époque. Ici, avec une reconstitution des lits d'hôpitaux.

Dans l'hôpital souterrain allemand, les bénévoles ont tenté de recréer l'atmosphère de l'époque. Ici, avec une reconstitution des lits d'hôpitaux.

Oublié du débarquement

Craignant une reprise des îles, des ingénieurs et ouvriers allemands de l’organisation Todt sont mobilisés sur ces installations. La main-d’œuvre manque, 16 000 ouvriers des pays de l’Est sont acheminés. Parmi eux se trouvent des Juifs et des prisonniers politiques. Mal nourris, maltraités, ce sont dans des conditions difficiles que ces hommes construisent les bâtiments, qui, finalement, ne serviront jamais.

Au Jersey War Tunnels, des objets de l'époque sont exposés : armes, trousses de secours, objets du quotidien...

Au Jersey War Tunnels, des objets de l'époque sont exposés : armes, trousses de secours, objets du quotidien...

En juin 1944, les îliens entendent le Débarquement. Les avions passent au-dessus d'eux mais il n'est pas prévu que les îles anglo-normandes soient elles aussi libérées. À l'automne 1944, les vivres commencent à manquer puisque la liaison allemande avec la Normandie n'existe plus. Les Allemands envoient des SOS aux Britanniques. Mais Winston Churchill ne souhaite pas nourrir les soldats, alors que les habitants meurent de faim eux-aussi. C'est finalement la Croix-Rouge qui viendra au secours des habitants en décembre 1944. Des colis venus du Commonwealth et d'ailleurs permettent aux îliens de survivre jusqu'au 9 mai 1945, le jour de la fin de la guerre et de leur libération.


Résistance

La résistance sur les îles anglo-normandes n'était pas facile pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands étaient partout, presque aussi nombreux que les habitants. La radio et la télévision étaient interdites. Seules les informations de la propagande nazie étaient diffusées. Pour communiquer, les insulaires utilisaient le jersiais ou le guernesiais, alors non compris par les occupants. Des groupes de résistance ont commencé à se former comme le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patate, qui inspira un livre de Annie Barrows et Mary Ann Schaffer. Il s’appelait ainsi pour tromper les Allemands. Quatre Guernesiais ont créé le service d’information souterrain de Guernesey (GUNS). Ils s'appuyaient sur les postes de radio qui écoutaient attentivement la BBC.

En 2018, un film inspiré du livre de Annie Barrows et Mary Ann Schaffer est sorti au cinéma. Il a été tourné sur l'île de Guernesey.

Épisode 5

Pour faire le tour des îles...

Le meilleur spot pour surfer au Royaume-Uni ? Les îles anglo-normandes ! Grâce au réchauffement par le Gulf Stream et la houle alimentée par l'Atlantique, elles ont probablement les meilleures vagues. Avec la mer à moins de quatre minutes de n'importe quel endroit de Guernesey, les sports nautiques sont nombreux.
Le long de la côte ouest de Jersey, plusieurs écoles de surf proposent des cours, des débutants aux plus expérimentés. L'île a ouvert la première école de surf en Europe en 1914. Pour une leçon en groupe d’une heure et demie, comptez entre 30 et 40 €. On vous prêtera une combinaison et une planche selon votre niveau. Si la mer est calme, il est possible d’opter pour le paddle. Cette planche plus grande permet de voguer, à l’aide d’une pagaie, sur une mer d’huile. Pour ceux qui sont peu à l’aise debout sur une planche, le kayak permet de découvrir les côtes multicolores léchées par le sel de la mer. Sean, cogérant de Absolute Adventures et son équipe proposent diverses activités sportives et nautiques sur la côte ouest.

« Amoureux de l'île »

Entre deux coups de pagaies, c'est l’occasion d'échanger avec des natifs de l'île et ceux qui en sont tombés amoureux. C'est le cas de Sean. Il y a cinq ans, ce Dublinois s'est installé à Jersey. Sa petite sœur y faisait ses études. Elle est restée sur l'île et y a rencontré l'amour. Ses parents, une fois à la retraite, l'ont rejoint. Sean, lui, voyageait un peu partout dans le monde accompagné de sa femme et de son fils. « J'ai rencontré ma femme à Tokyo. J'ai vécu à Abu Dhabi, mais on ne se sentait pas comme à la maison. Nous sommes donc retournés à Dublin, mais toute la famille était partie. Donc on a décidé de les rejoindre à Jersey et finalement, je suis tombé amoureux de l'île. J'ai donc décidé de monter mon business avec un ami », raconte le trentenaire. Et il y a de quoi être sous le charme de ces îles. En longeant en kayak la plage de Saint-Brelade, au sud-ouest, on découvre un paysage qui ressemble presque aux falaises du Grand Canyon : les roches couleur ocre sont façonnées par la mer. « Des conditions pareilles pour travailler, c’est incroyable ! », s’exclame Sean.

Il faut choper le coup de main pour pagayer en ligne droite.

Il faut choper le coup de main pour pagayer en ligne droite.

Pendant cette balade, tout de même bien physique pour les bras, le guide sportif détaille la flore qu’on peut apercevoir et glisse quelques infos people sur les propriétés luxueuses des patrons de Carrefour et de Boots, chaîne anglaise de cosmétique et de produits de santé. Pour clôturer cette navigation, Sean n’hésite pas à faire monter l’adrénaline des touristes. Place au coasteering. Aussi appelée le canyoning côtier, cette activité physique originaire d’Angleterre consiste à grimper sur un escarpement rocheux avant de sauter dans l’eau.

Si vous avez le vertige, Sean saura vous motiver pour affronter votre peur. Pour les moins aventureux, le yoga sur une plage déserte au lever du soleil est idéal pour ouvrir ses chakras et bien débuter sa journée.

Avec 27 plages à Jersey, il ne sera pas difficile de trouver un banc de sable pour une salutation au soleil.

Avec 27 plages à Jersey, il ne sera pas difficile de trouver un banc de sable pour une salutation au soleil.

Pour les enfants, le parc Valley Adventure Center propose de quoi se défouler avec un parcours d’accrobranche, des tyroliennes, de l’escalade, du tir à l’arc...

Chemins de randonnée

Si vous partez plutôt à l’automne, la plage est aussi un terrain idéal pour le char à voile ou le kitesurf. Avec une bonne brise, le char à voile peut atteindre jusqu'à plus de 60 km/h. Dans les terres, c’est l’occasion de profiter des paysages qui ressemblent au bocage normand. Jersey et Guernesey organisent chacune un festival des randonneurs en septembre : du 11 au 15 pour la première et du 14 au 29 pour la seconde. Accompagnés d’un guide, les randonneurs découvriront les lieux secrets des îles, leurs histoires et les produits du terroir. Et pour ceux qui sont plutôt cyclistes, les îles anglo-normandes consacrent des pistes aux deux roues propres.

Pédaler jusqu'au phare de Saint-Brelade, c'est possible à marée basse.

Pédaler jusqu'au phare de Saint-Brelade, c'est possible à marée basse.

Les voies rurales sont limitées à 15 miles à l’heure soit 24 km/h, une vitesse qui permet de rouler en sécurité. Pas besoin d’apporter son vélo, des loueurs sont présents sur les îles. Pour une journée de location, comptez un peu moins de 20 €. Sur les îles, tout est fait pour passer aussi des vacances un brin sportives.


Attention aux nids !

Pas besoin d’être un grand sportif pour avoir des sensations fortes. Une balade en bateau plein gaz les cheveux dans le vent provoque des frissons dans le ventre. Le bateau claquant contre les vagues fait sursauter le passager sur son siège et apporte là-aussi une bonne dose d’adrénaline. C’est de cette manière qu’on peut aller visiter les Écréhous, petit groupe d’îlots et de récifs situés à dix kilomètres de Jersey.

Un guide explique la faune présente dans l'eau et sur les petites îles pendant la balade.

Un guide explique la faune présente dans l'eau et sur les petites îles pendant la balade.

Durant le trajet, il est possible de rencontrer des dauphins, phoques et oiseaux marins rares. La plus grande île de l’archipel accueille quelques maisons de pêcheurs. Mais les principaux occupants sont les oiseaux. Il n’est pas rare de tomber sur une petite pancarte entre deux rochers qui met en garde sur une possible nidation à proximité.

  • Pour 1 h 30 de balade : £35.5 par adulte ; 2 h : £41.99 et 3 h : £49.99. Réservation sur jerseyseafaris.com

Épisode 6

Quand l'île nourrit son homme

Dans les rayons des supermarchés, une bonne partie des produits sont importés du Royaume-Uni. Sur un petit territoire que sont les îles anglo-normandes, il peut être difficile de consommer local. Et pourtant, c'est le défi que relève chaque jour les agriculteurs et producteurs îliens.
Dans le port de Saint-Hélier sur l'île de Jersey, la Fresh Fish Company regorge de poissons tout juste débarqués du bateau. Vicky Boarder s'occupe du magasin pendant que son frère Louis se repose après la pêche réalisée ce matin-là.

La boutique se trouve au cœur du port.

La boutique se trouve au cœur du port.

Les portes de la boutique sont grandes ouvertes puisqu'il fait soleil. Les étals débordent sur l'extérieur, ce qui appâterait presque le client. Mais ce dernier ne vient pas par hasard dans ce coin du port plutôt fréquenté par les professionnels de la pêche. La Fresh Fish Company, c’est une institution à Jersey. « C’est ici que je trouve les meilleurs crabes ! », dit tout sourire un client. L'entreprise existe depuis vingt ans. « Avant, nous étions dans un camion au bord de la route. Et il y a six ans, nous avons acheté cette boutique », raconte Vicky. Par beau temps, ils peuvent être jusqu'à huit dans la boutique mais en général, ils sont deux.

Homard, crabe mais aussi radis, tomate, framboise et pâtisseries sur les étals de la Fresh Fish Company.

Homard, crabe mais aussi radis, tomate, framboise et pâtisseries sur les étals de la Fresh Fish Company.

Fruits de mer et crustacés

À quelques mètres se trouve l'atelier de transformation et nettoyage des poissons. « Le bateau accoste juste devant l'atelier. On débarque le poisson et on s'occupe tout de suite de sa transformation. On peut passer parfois jusqu'à six heures à décortiquer des araignées de mer », explique la Jersiaise. C’est un des produits qui se vend le plus à la boutique avec le homard et le crabe.

"La chair du coeur de l'araignée de mer, c'est le meilleur !"

"La chair du coeur de l'araignée de mer, c'est le meilleur !"

En effet, les fonds marins des îles anglo-normandes forment un habitat idéal pour les homards leur permettant de se nourrir et de grandir à l'abri. On y trouve aussi de nombreux fruits de mer comme les huîtres. En accord avec la France, la pêche anglo-normande est autorisée jusqu'à 12 kilomètres depuis les côtes des îles. Mais une inquiétude règne avec le Brexit. « De 0 à 5 kilomètres, c’est chez nous. Au-delà, nous pêchons en zone française mais quand le Brexit sera appliqué, que va-t-il se passer ? Le Brexit est une terrible erreur ! », s'agace Vicky Boarder.

Aussitôt pêché, aussitôt vendu.

Aussitôt pêché, aussitôt vendu.

Des porcs élevés à l'air marin

Sur terre, les contraintes sont moindres pour les agriculteurs. Sur la paroisse de Saint-Pierre-du-Bois à Guernesey, Nicola Terry accueille des familles pour une visite guidée de sa ferme. Ces touristes britanniques ont choisi d’emmener leurs enfants voir les cochons de la Wallow Farm (wallow veut dire se vautrer en anglais).

Les visiteurs sont ébahis devant les cochons de quelques semaines.

Les visiteurs sont ébahis devant les cochons de quelques semaines.

Cet élevage porcin, unique sur l'île, existe depuis 2017. « Mon frère a beaucoup voyagé et il est tombé amoureux de la charcuterie. En 2014, il a tout plaqué pour travailler dans une ferme en France, près de Cherbourg. Il a appris les techniques d'élevage. Sur l'île, personne ne faisait du porc alors il s'est lancé. En 2017, nous élevions nos premiers cochons », relate Nicola.

La race de ces cochons a frôlé deux fois l'extinction. Une association a évité sa disparition.

La race de ces cochons a frôlé deux fois l'extinction. Une association a évité sa disparition.

Les porcs, de race Oxford Sandy and Black, sont élevés en plein air avec une des plus belles vues sur la mer. « Nous en avons 58. Il y a différents enclos selon les âges. Les porcs sont élevés lentement. Pour faire de la bonne charcuterie, il faut que le porc ait entre 9 et 12 mois. » Les cochons sont nourris deux fois par jour avec des boules de protéines produites par un fermier du coin.
Nicola emmène les visiteurs voir les porcelets qui viennent de naître pour le plus grand bonheur des jeunes Anglais. Ils sont tellement petits qu’il faut avoir l’œil pour les voir dans les hautes herbes.

Les porcs de la Wallow Farm sont élevés en plein air tout au long de l'année.

Les porcs de la Wallow Farm sont élevés en plein air tout au long de l'année.

Les truies ont deux portées par an : l’une en avril/mars et la seconde en septembre. « Nous ne voulons pas élever pendant les mois froids d'hiver. C'est pour cela que nous faisons ça au printemps et vers la fin de l'été. Les porcelets restent six à huit semaines avec la mère avant d'être séparés. » L’insémination est naturelle. Le verrat Bob connaît d’ailleurs ces derniers jours. L’annonce de Nicola aux visiteurs déclenche des torrents de larmes d’un petit garçon. En moyenne, un verrat est utilisé pour la reproduction jusqu'à six ans. Il est ensuite remplacé.
La visite se termine par une dégustation des produits élaborés à la ferme. Wallow Farm vend sur le marché et approvisionne certains restaurants de l’île. Les enfants se ruent sur le saucisson, la coppa et la noix de jambon. Sans faire le lien avec les animaux qu'ils viennent de croiser...

Plus le porc est vieux, meilleure est la charcuterie.

Plus le porc est vieux, meilleure est la charcuterie.


Le lait jersiais

(crédit photo : MojoBaron / Flickr)

(crédit photo : MojoBaron / Flickr)

La vache de Jersey a séduit le monde entier et notamment la France. En 2000, seulement 1 500 vaches jersiaises étaient contrôlées. Désormais, elles sont plus de 11 000 sur l'hexagone. Leurs avantages ? Elles produisent moins de lait que des Prim'holstein, par exemple, mais de meilleure qualité avec un taux protéique élevé, la plaçant en tête de toutes les races laitières sur ce critère. Leur lait est 25 % plus crémeux que celui d'une Holstein. C'est un atout pour la production fromagère notamment. En se promenant dans les rues de Jersey, il n'est pas rare de tomber sur un glacier qui vend des glaces au lait de Jersiaise. Autres douceurs à déguster : le caramel de Jersey. Réalisé à base de lait de vache jersiaise, il est très crémeux. Et il ne faut pas louper un afternoon tea avec des scones au beurre et à la crème produits sur l'île.

Épisode 7

À la table des Anglo-Normands

La cuisine anglaise a une mauvaise réputation qui lui colle à la peau et pourtant, sur les îles anglo-normandes, on se régale. Au petit-déjeuner, les Anglo-Normands revendiquent leurs origines britanniques avec le traditionnel english breakfast à base de saucisses, œufs au plat, haricots à la sauce tomate et toasts. Bien entendu, accompagné d’une cup of tea.
Les douceurs sucrées sont aussi appréciées par les insulaires au réveil. Les Jersiais ont décliné la recette du donut pour créer les Merveilles. Cette pâtisserie traditionnelle ressemble à un beignet en forme de nœud.

La préparation des Merveilles.

« Comme tout bon Jersiais, on mange des Merveilles au petit-déjeuner à tremper dans le café ! », s’exclame Vicky Boarder, gérante de la Fresh Fish Company qui vend les douceurs à côté de ses poissons. À Guernesey, la spécialité c’est la Guernsey Gâche. Cette gâche aux raisins est à mi-chemin entre un pain aux fruits et un gâteau. Les plus gourmands y tartinent du beurre, fabriqué sur l’île.

La Guernsey Gâche peut être tartinée de beurre. (Crédit photo : Heather Cowper / Flickr)

La Guernsey Gâche peut être tartinée de beurre. (Crédit photo : Heather Cowper / Flickr)

Un souvenir en pomme de terre

Un autre type de beurre pourrait se retrouver sur la brioche : le black butter. Rien à voir avec les produits laitiers puisque le beurre noir se compose de pommes et de sucre. Pendant près de trente heures, les pommes cuisent dans un chaudron pour ne donner plus qu’une pâte brune, une texture entre le chutney et le confit.

À midi, le repas est plutôt sur le pouce. Le sandwich au crabe, pêché dans les eaux à proximité, avec de la mayonnaise se retrouve régulièrement dans les mains des îliens pour le déjeuner.

Salade de crabe pour le déjeuner. (Crédit photo : Heather Cowper / Flickr)

Salade de crabe pour le déjeuner. (Crédit photo : Heather Cowper / Flickr)

Les touristes moins pressés par le temps peuvent en profiter pour découvrir les trésors du terroir. Côté fruits et légumes, les Anglo-Normands ont leur spécialité : les Jersey Royals, des pommes de terre exclusivement cultivées sur l’île et commercialisées dans tout le Royaume-Uni. Elles sont très appréciées pour leur goût de noisette et de beurre. Elles deviennent même un souvenir à ramener : au terminal du ferry à Saint-Hélier, elles sont disponibles en sachets vendus en libre service contre quelques livres sterling.

Dans l’hexagone, certains ne dérogent pas à la règle du goûter. Sur les îles, c’est l’afternoon tea. Les Anglo-Normands mettent à l’honneur le thé particulièrement entre 15 h 30 et 17 h 30. Il est accompagné de scones, petits pains d’origine écossaise, couverts de crème et de confiture.

Des scones pour l'afternoon tea. (Crédit photo : Heather Cowper / Flickr)

Des scones pour l'afternoon tea. (Crédit photo : Heather Cowper / Flickr)

La crème et le beurre sur la table du goûter sont fabriqués à partir du lait crémeux des vaches jersiaises (lire plus haut). Cette pause typiquement british rythme les jours de congés des îliens.

Beach cafés

Avec un restaurant pour 300 habitants, les visiteurs ont le choix en termes de nourriture pour le dîner. Il y en a pour tous les prix : des restaurants étoilés (Bohemia et Samphire à Saint-Hélier sur l'île de Jersey) aux beach cafés avec vue sur la mer, en passant par les petites baraques qui ne payent pas de mine, mais de très bonne qualité.
Après avoir descendu près de 200 marches, atteindre la terrasse de Portelet Bay Cafe vaut le coup.

Ce restaurant difficile d'accès est très apprécié des locaux.

Ce restaurant difficile d'accès est très apprécié des locaux.

Les pizzas sont cuites au feu de bois.

Les pizzas sont cuites au feu de bois.

Face au coucher de soleil, les clients, encore couverts de sable, dévorent une pizza cuite au feu de bois. Les beach cafés sont souvent installés dans un cadre idyllique. Nombreux sur la côte, certains méritent le détour comme El Tico Beach Cantina sur la Grande Route des Mielles. Le parking bien rempli un jeudi soir de juin le prouve.

El Tico Beach Cantina propose des plats avec des produits de la mer.

El Tico Beach Cantina propose des plats avec des produits de la mer.

On y déguste un fish and chips, mais aussi des produits de la mer frais. Mais attention, les locaux dînent tôt. Les restaurants ferment vers 21 h 30.
Les tables anglo-normandes s’enrichissent également de boissons locales. Les insulaires sont des amateurs de cidre. Il y a même un festival à Jersey, le Faîs’sie d’Cidre. Sa prochaine édition se tiendra les 12 et 13 octobre prochains.
Breuvage également très apprécié : la bière. Quelques-unes sont brassées sur place comme la Breda, la Mary-Ann, la Liberation Ale ou encore la Stinky Bay.

La brasserie Stinky Bay Brewing Co. brasse deux bières sur l'île de Jersey : la Beached Whale et la Stinky Bay. Une troisième création est en cours.

La brasserie Stinky Bay Brewing Co. brasse deux bières sur l'île de Jersey : la Beached Whale et la Stinky Bay. Une troisième création est en cours.

Pour les amateurs de vin, des vignes poussent sur l’île grâce au climat doux. Un vin rare donc coûteux. Compter entre 13 et 14 € la bouteille, pour des crus à la réputation encore embryonnaire. De quoi persuader tout de même les Anglo-Normands de venir faire un tour en France de temps en temps.


Genuine Jersey

À Jersey, pour protéger les productions locales, un label a été créé en 2001 : Genuine Jersey (en anglais, Jersey authentique). Il garantit la provenance d’un produit fabriqué, élevé, pêché ou cultivé sur l'île jersiaise. Afin d’avoir l'étiquette apposée sur son produit, il y a des critères stricts à respecter. Il ne suffit pas de fabriquer et d'afficher l'origine, mais il faut aussi vendre et pérenniser ces productions. Les restaurants utilisent ce logo lorsqu'ils affichent des produits locaux dans leurs menus. Une manière de pousser au locavorisme et de mettre en valeur les entreprises du coin. Il n'y a pas que les produits du terroir qui peuvent bénéficier du label, mais aussi la poterie, les fleurs, des sacs... Il est possible d'acheter en ligne et de se faire livrer à l'étranger.

Texte et photos : Alice Pattyn