Crise du coronavirus
dans le monde (1/3)

Des Normands expatriés témoignent

Moscou, aux abords de la place Rouge. (© Lukas Aubin)

Moscou, aux abords de la place Rouge. (© Lukas Aubin)

Loin de leur Normandie natale, ils témoignent depuis leur pays d’adoption de la manière dont ils vivent la crise mondiale du coronavirus.


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Ne manquez pas par ailleurs notre série de podcasts, dédié aux Normands installés à l'étranger :


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À Moscou, « pas de confinement pour l’instant »

- Simon Delaunay -

« J’ai l’impression qu’ici, nous en sommes encore au stade des recommandations formulées en France il y a quelques semaines… Les écoles commencent à fermer, mais c’est au cas par cas, et ce qui s’applique à Moscou ne s’applique pas forcément ailleurs dans le pays. »

Installé dans la capitale russe depuis deux ans, Simon Delaunay est entrepreneur dans le secteur touristique. Le jeune homme de 31 ans est tombé amoureux de la Russie lors de voyages professionnels qui l’ont convaincu d’y poser ses valises. C’est là, en 2018, qu’il monte avec un partenaire russe une société baptisée, non sans humour, « Put-in Tours », laquelle propose des excursions originales à bord de vans soviétiques dans les rues de Moscou et de Saint-Pétersbourg. 

Le Rouennais Simon Delaunay vit à Moscou depuis fin 2017. Ici devant la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux sur la place Rouge. (Photo DR)

Le Rouennais Simon Delaunay vit à Moscou depuis fin 2017. Ici devant la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux sur la place Rouge. (Photo DR)

« Aujourd’hui, j’ai encore une excursion programmée dans la soirée, confie Simon Delaunay, jeudi 19 mars. Mais dans les jours qui viennent, c’est annulation sur annulation. » D’après le Normand qui vit en banlieue de Moscou et travaille en centre-ville, « il y a toujours autant de voitures sur les routes, le périph’ est blindé ! » Peut-être encore plus que d’habitude, et pour cause : « Si jamais je dois me rendre au bureau, je me déplace dorénavant en voiture et non plus en métro, précise-t-il. Parce que le métro moscovite aux heures de pointe, c’est un peu comme aller à la Foire Saint-Romain! A part ça, on commence à croiser des personnes portant des masques mais globalement, les choses ont encore l’air de fonctionner normalement. » 

Reste que beaucoup de fausses informations circulent, met en garde Simon : « C’est difficile de se faire une idée sur les chiffres officiels qui se veulent rassurants (moins de 200 cas recensés au 19 mars pour un seul décès, NDLR), mais il parait que le confinement est pour demain ou ce week-end… »

Un immeuble résidentiel dans le quartier Babushkinskaya à Moscou (Russie), le 19 mars 2020. (© Kseniya Yablonskaya)

Un immeuble résidentiel dans le quartier Babushkinskaya à Moscou (Russie), le 19 mars 2020. (© Kseniya Yablonskaya)

Bien qu’il ait la possibilité de rentrer en France, comme tous les ressortissants français qui le souhaitent, Simon n’en voit pas l’utilité. Le Normand continue d’échanger avec ses parents restés à Rouen via l’application mobile WhatsApp comme il le fait habituellement, « mais forcément un peu plus souvent que d'habitude ». Pour l’heure, « les Moscovites se sont convertis pour beaucoup au télétravail », raconte l’entrepreneur normand. « Les Russes sont assez sérieux je trouve, s’ils le peuvent, ils essaient de rester chez eux. Rien de phénoménal pour le moment… Si ce n’est que, comme on l’a vu en France, les supermarchés se font dévaliser en pâtes. »

En attendant que la Ville décrète un possible confinement, il fait « grand soleil à Moscou et l’on peut encore y boire une bonne bière dans la cour de son immeuble… »

Caroline Gaujard-Larson

Au Cambodge, « on pense fort à vous »

- Mona -

Établie depuis quinze ans en Asie, Mona, 39 ans, vit dans la capitale cambodgienne, Phnom Penh, après avoir passé huit ans en Chine.

Originaire d'un village de l'ouest de l'Eure, où vivent ses parents, cette expatriée normande partage principalement son temps entre ses deux filles et son travail - après avoir été responsable de la marque Yves Rocher dans la zone, elle évolue dorénavant dans le secteur de la santé et représente avec ses équipes une société suisse auprès des établissements de santé cambodgiens.

Phnom Penh, Cambodge (© Luke Ding)

Phnom Penh, Cambodge (© Luke Ding)

« Nous avons encore ici un nombre de cas de coronavirus limité et pas de décès consécutif pour le moment », rassure Mona, qui parle d'une cinquantaine de cas détectés au Cambodge, vendredi 20 mars 2020, en fin de journée. À noter que « le premier cas de coronavirus au Cambodge remonte au 27 janvier. Avec l’apparition de quelques cas dans la capitale, les écoles sont fermées depuis lundi dernier à Phnom Penh. Avec ma fille aînée de 10 ans, qui est en CM2, on est passé au home schooling (l'école à la maison, NDLR) grâce aux cours et exercices en ligne et à la visioconférence ; tout se passe bien. »

Il faut occuper les enfants, reconnaît cette maman qui continue à assurer son activité professionnelle, tantôt en télétravail tantôt au bureau. Pour l'heure, « pas de mesure de confinement, mais les fermetures se font progressivement. À commencer par les salles de karaoké, très populaires ici, les cinémas, les rencontres culturelles, religieuses et sportives qui sont annulées... Tous les endroits qui rassemblent les Phnompenhois. » Elle ajoute que les gens se rendent à leur travail, font leurs emplettes mais ont drastiquement réduit leurs déplacements : « Il y a encore beaucoup de circulation mais déjà moins d'embouteillages que d'habitude. On reste dès que possible à la maison, on évite les endroits habituellement très fréquentés... De manière générale, on applique naturellement les règles de précaution : lavage fréquent des mains, gels hydro alcooliques et port de masque. »

Golden Temple, temple bouddhiste à Phnom Penh, Cambodge. (© Stephanie Degrave)

Golden Temple, temple bouddhiste à Phnom Penh, Cambodge. (© Stephanie Degrave)

Pour s'informer, outre les médias locaux anglophones, les Français peuvent compter sur « une entraide de la communauté, notamment via les réseaux sociaux, les associations et un super boulot de la part de l'Ambassade de France au Cambodge, qui a d'ailleurs à gérer un grand nombre de touristes français qui se retrouvent bloqués. Côté expatriés, nous ne sommes pas dans la démarche d'un retour, nuance-t-elle. La question peut se poser par contre pour des personnes qui ont des problèmes de santé particuliers. Il est vrai que nous n'avons pas les mêmes infrastructures de santé au Cambodge qu'en France. »

« En tout cas, depuis le Cambodge, on pense énormément à vous en France, mais aussi à nos amis italiens, espagnols... » Pour donner des nouvelles et en prendre de ses parents dans l'Eure, Mona continue de privilégier l'application WhatsApp, « bien pratique pour s'envoyer des photos et gratuit depuis l'étranger ».

Caroline Gaujard-Larson

«  À La Réunion, l’épidémie de dengue ne facilite pas le dépistage du Covid-19 »

- François -

La Réunion, vue du cirque de Mafate. (Photo : D.R)

La Réunion, vue du cirque de Mafate. (Photo : D.R)

Installé à La Réunion avec sa compagne depuis deux ans, François, 32 ans, travaille actuellement comme médecin généraliste, en particulier dans le sud de l’île, où il a effectué ses derniers remplacements en cabinet.

Originaire de la Manche, le jeune homme est désormais affublé d’un masque en permanence, y compris à la maison : « Cette semaine, j’ai ausculté un couple de Réunionnais de retour de vacances à Paris. Après dépistage, l’homme est positif au coronavirus. »

François, médecin sur l'île de La Réunion, nous fait part de son témoignage. (Photo : D.R.)

François, médecin sur l'île de La Réunion, nous fait part de son témoignage. (Photo : D.R.)

Alors qu’à ce jour [samedi 21 mars 2020, N.D.L.R], La Réunion est encore en phase 1 de l’épidémie quand la métropole est passée en phase 3, « presque cinquante cas de Covid-19 ont été détectés sur l’île, en sachant qu’on en comptait neuf en début de semaine », précise le jeune médecin. En sachant, aussi, que, « contrairement à la métropole, les moyens sanitaires sont limités à La Réunion. Il ne faut pas oublier que nous avons ici une population à la santé bien plus fragile et qu’on ne peut pas compter sur les départements limitrophes pour avoir des renforts… La Réunion est d’ailleurs la région la plus riche de l’océan Indien. »

« Beaucoup de patients ont de la fièvre et des courbatures »

Si les mesures nationales du gouvernement français s’appliquent déjà bel et bien à La Réunion (confinement, fermeture des bars-restaurants…), « le préfet a demandé de renforcer ces mesures sur l’île en interdisant la baignade dans le lagon et les randonnées, car trop de gens s’y adonnaient sous prétexte de faire du sport. Sans compter que le groupement de gendarmerie n’est plus en mesure de secourir les randonneurs qui se trouveraient en danger en montagne, cela pour pouvoir se concentrer sur leur mission sanitaire », rappelle François.

Pour compliquer un peu plus la tâche des personnels soignants, « une épidémie importante de dengue sévit actuellement à La Réunion, reprend le médecin. Ce qui fait que beaucoup de patients ont de la fièvre et des courbatures, sans toux le plus souvent ni symptômes ORL. Néanmoins, dans le lot, certains sont infectés par le Covid-19 et peuvent facilement passer inaperçus… Comme le Covid-19, la dengue [infection virale transmise par les moustiques, N.D.L.R.] est souvent un virus bénin ».

Dans ce contexte, le jeune médecin se dit étonné que l’on ne dépiste pas systématiquement les patients qui présentent des symptômes typiques du coronavirus : « On nous demande de ne pas dépister les patients, sauf s’ils proviennent de “clusters” où sévit fortement la pandémie. Ils sont pourtant probablement porteurs du virus », regrette François. Pour ce jeune généraliste, « c’est illusoire de croire que le coronavirus ne circule pas déjà activement sur l’île ».

Si au moins les touristes métropolitains pouvaient éviter de débarquer de Paris sur l’île pour passer la période de confinement au chaud… « Beaucoup de métropolitains sont arrivés à La Réunion au moment de l’annonce des mesures de confinement, conclut le médecin. Histoire de télétravailler au soleil… Ils sont sans doute infectés. C’est scandaleux. »

Caroline Gaujard-Larson

« Quand on voit la situation en France, on se dit qu’on est plus en sécurité à Hong Kong »

- Julien Lerouge -

(Photo d'illustration : Pixabay)

(Photo d'illustration : Pixabay)

Installé à Hong Kong depuis dix ans, Julien Lerouge, originaire du Calvados, revient sur les débuts et l’évolution du coronavirus dans son pays d’accueil.

« On n'imaginait pas ce qui allait se passer à l’échelle du monde. » Julien Lerouge est installé à Hong Kong depuis dix ans. De là-bas, le jeune expatrié de 34 ans, originaire de Touques, dans le Calvados, a assisté au développement du Covid-19 en Chine centrale. « Quand on a vu les premières actualités, à propos de quelques cas de pneumonie très atypiques en Chine, ça a ravivé pas mal de souvenirs », raconte Julien.

A Hong Kong, Julien Lerouge travaille dans une entreprise de création de logiciels destinés au monde de la finance. (Photo : Julien Lerouge)

A Hong Kong, Julien Lerouge travaille dans une entreprise de création de logiciels destinés au monde de la finance. (Photo : Julien Lerouge)

« En 2003, les Hongkongais ont déjà eu le SRAS, qui avait fait 300 morts juste sur leur territoire. » Une crise sanitaire encore bien ancrée dans les esprits. « Ils ont recommencé tout de suite à mettre des masques pour sortir dans la rue, à être très vigilants sur l’hygiène dans les restaurants », retrace Julien. Si la population hongkongaise s’est tant bien que mal mobilisée pour éviter la propagation du virus dès le début, le gouvernement, lui, n’a pas immédiatement suivi. « Il y a eu beaucoup de manifestations, notamment du personnel hospitalier, pour forcer le gouvernement à essayer de fermer au maximum les frontières avec la Chine », explique-t-il.

« Un des gros ressentis ici, c’est que le gouvernement va toujours agir dans l'intérêt de la Chine avant d’agir dans les intérêts des Hongkongais. » 

De nouveaux cas importés

N’ayant pas d’autre choix que de protéger sa population de ce que l’OMS a qualifié de pandémie, le gouvernement a finalement réagi. Les écoles ont été fermées, la population a été obligée de porter un masque dans les transports en commun et des cas suspects ont été mis en quarantaine. Le 27 janvier, Hong Kong a notamment décidé d’interdire l’entrée sur son territoire des personnes venant de la province chinoise de Hubei.

« Voyant que la situation s’est stabilisée dans les semaines précédentes, il y a eu un petit peu de relâchement de la part des gens. Finalement, ils se sont rendus compte que ce n’était pas du tout la bonne approche », regrette Julien. Car depuis quelques jours, Hong Kong fait face à de nombreux nouveaux cas importés. A ce jour (mercredi 25 mars), 410 cas ont été recensés et quatre personnes sont décédées. Lundi 23 mars 2020, la décision a été prise d’interdire l’accès au territoire à tous les non-résidents qui arrivent de l’étranger en avion. « C’est une solution qui, politiquement, est assez facile à justifier. Ça joue dans le sens de tout le monde. »

« Éviter que la situation se reproduise »

Malgré la distance, Julien reste concerné par la situation en France et en Normandie, où sont actuellement confinés ses parents et son frère. « J’essaye d’appeler tous les jours, pour voir si ça va. » Il n’a cependant jamais pensé à rentrer. « Quand on voit la situation en France aujourd’hui, on se dit qu’on est peut-être plus en sécurité à Hong Kong », note-t-il, avec du recul.

S’il reste positif quant à une prochaine sortie de crise, il espère surtout une vraie prise de conscience. « En France, il n'y a pas de masques parce qu’on se rend compte qu'ils sont tous produits en Chine et que ça pose problème. J'espère qu’après cette crise, on va essayer de mettre en place tout ce que l’on peut pour éviter que ce genre de situation se reproduise. »

Marie Zinck 

En Corée du Sud, « nous sommes très inquiets pour nos parents »

- Ida Daussy -

(Photo d'illustration : Pixabay)

(Photo d'illustration : Pixabay)

C’est dans le cadre d’un stage pour ses études en commerce international qu’Ida Daussy, originaire de Fécamp, avait pris la direction de la Corée du Sud. Elle s’y est installée en 1991 et a suivi une carrière inattendue. Elle y est devenue présentatrice télé, auteure, enseignante et membre de la Chambre de commerce et d’industries franco-coréenne.

Après des fêtes de fin d’année en France, la « Petite fiancée française des Coréens », comme elle est surnommée là-bas, est retournée de l’autre côté du monde. « Fin janvier, les chiffres ont commencé à doucement augmenter dans la zone Asie », explique la mère de famille. La propagation en Corée s’est faite dans la foulée de la Chine. « Le masque a été de rigueur partout en Corée. Mais pas plus qu’à l’habitude, lors de pollution locale par exemple », ajoute-t-elle.

Originaire de Fécamp, Ida Daussy est aujourd'hui installée en Corée du Sud. (Photo : D.R)

Originaire de Fécamp, Ida Daussy est aujourd'hui installée en Corée du Sud. (Photo : D.R)

Tandis que trois des quatre enfants, qu’ont eus séparément Ida Daussy et son mari vivent en Europe pour leurs études, le petit dernier est élève à l’école française de Séoul. En février, la mère et son fils sont allés en vacances au Japon. À leur retour, fin février, ça a été l’emballement en Corée. Avec le « patient 31 », une femme issue d’une secte, dans la région de Daegu. Elle a participé à une « méga » contagion locale, lors de cultes et de messes. Les participants n’ayant pas mis de protection. « Tout s’est emballé de manière exponentielle, avec l’explosion de cas dans cette région du sud », explique Ida Daussy.

« Comme un seul homme et sans broncher »

Une « prise en main de fer » a été réalisée par le gouvernement. Les tests de contrôle se sont multipliés. Des campagnes sanitaires ont été mises en place. « Et tout le monde a suivi comme un seul homme et sans broncher. Manifestations en tout genre, rassemblements, regroupements, etc., tout a été interdit du jour au lendemain », décrit-elle. Malgré tout, l’un des principaux soucis pour la Corée demeure « le non-respect des règles en place par de nombreux cultes et sectes ».

En revanche, le pays ne connaît « aucun problème d’approvisionnement en denrées ». Riz, pâtes, papier toilette, etc. : « Il n’y a eu aucune panique, aucune queue. Mais une vive angoisse concernant l’approvisionnement en masques de protection. » Face à de nombreuses réactions de mécontentement des habitants, « le gouvernement a pris diverses mesures pour cet approvisionnement, puis littéralement pour un rationnement : ventes en pharmacie de deux masques par personne suivant la date de naissance de chacun... Tout le monde a suivi ».

« La solidarité s'organise »

Des « drive-in » pour des tests express et en masse ont été ouverts en ville. Les données personnelles de ceux contaminés sont exploitées en temps réel pour retracer leurs parcours, « à des fins préventives ». Aussi, plusieurs fois par jour, des messages sont envoyés sur les téléphones portables des habitants pour expliquer l’évolution de la situation. « Malgré l’envolée des contaminations, le nombre de décès a été relativement contrôlé », résume Ida Daussy. Une centaine de morts a été recensée, ainsi que 2 600 guérisons. Aujourd’hui, les trois enfants aînés du couple vivent confinés en Europe. Le benjamin suit des cours depuis sa chambre, via Internet, de 8 h 30 à 17 h.

Rentré d’un périple professionnel aux États-Unis et en Europe, le mari de la Fécampoise se rend masqué à son bureau. « Les conséquences économiques seront ici aussi dramatiques, et déjà s’organise la solidarité de nos communautés étudiantes et d’affaires », dit-elle. Personnellement, Ida Daussy voit sa carrière professionnelle suspendue. Le rentrée universitaire a encore été reportée, à mi-avril. « Nous sortons malgré tout. Comme tout le monde et toujours masqués », insiste-t-elle.

Loin de ses parents et de ceux de son mari. « Ils sont en France, âgés et relativement “à risque”, car anciens fumeurs. Nous sommes très inquiets, exprime la Fécampoise. Bon courage à tous. À tous les Normands. Aux Coréens loin de Corée qui sont injustement, comme beaucoup d’Asiatiques, victimes de racisme de circonstance et de bas étage. C’est infondé et n’aide en rien. »

Lundi 23 mars, face à une légère remontée du nombre de contaminations, la Corée du Sud a décidé de prolonger de deux semaines les mesures de confinement.

Matthias Chaventré

En Italie, « il faut penser positif,
on va s’en sortir »

- Jacqueline Lenormand -

Confinée dans son appartement en famille, Jacqueline Lenormand témoigne de la situation sur place. (Photo : Jérémy Chatet / Paris-Normandie)

Confinée dans son appartement en famille, Jacqueline Lenormand témoigne de la situation sur place. (Photo : Jérémy Chatet / Paris-Normandie)

Elle a quitté Maromme, près de Rouen, il y a vingt ans, pour s’installer à Rome, en Italie. Confinée dans son appartement en famille, Jacqueline Lenormand témoigne de la situation sur place.

Malgré la gravité de la crise sanitaire actuelle autour du Covid-19 en Italie, son pays d’expatriation depuis vingt ans, Jacqueline Lenormand, 40 ans, ne perd pas espoir. Au contraire, elle se veut optimiste. « On nous demande de sauver le pays en restant chez nous. Je pense que nos grands-parents ont vécu bien pire ! »

Le 9 mars, toute la botte a été placée en confinement obligatoire. « Je suis habituée à être à la maison car je travaille depuis chez moi, relativise Jacqueline. Le plus dur, c’est pour mes deux filles qui ne peuvent pas sortir, aller à l’école, au parc… Ce qui me manque surtout c’est les copines, la famille, la possibilité de sortir pour aller manger à l’extérieur… » 

Jacqueline Lenormand a quitté Maromme il y a vingt ans pour s'installer à Rome. (Photo : J.L)

Jacqueline Lenormand a quitté Maromme il y a vingt ans pour s'installer à Rome. (Photo : J.L)

« J’ai changé de travail, je fais la maîtresse pour mes filles »

Organisatrice de voyages avec le statut de travailleur autonome, la Marommaise d’origine se retrouve aujourd’hui sans emploi. Et donc, sans revenus. « Les clients ont annulé tous leurs voyages. Au début, ils essayaient de les reporter, puis la crise s’est étendue sur tous les pays du monde, regrette-t-elle. Le gouvernement ne s’est pas encore prononcé concernant les mesures qui vont être prises pour le secteur du tourisme, idem pour les travailleurs autonomes. »

Ce flou professionnel ne lui fait pour autant pas perdre son sens de l’humour : « J’ai changé de travail, je fais la maîtresse pour mes deux filles de 10 ans ! », sourit-elle. En Italie, comme dans de nombreux pays, les écoles ont fermé leurs portes. Plus de 86 000 cas de coronavirus ont été recensés, vendredi 27 mars, ce qui fait de l’Italie le troisième pays le plus touché par la pandémie, après les Etats-Unis et la Chine. L’Italie compte cependant le plus grand nombre de décès, avec plus de 9 000 morts. Ces chiffres peuvent notamment s’expliquer par la moyenne d’âge élevée des habitants.

Pour ralentir la propagation du virus, le gouvernement a, comme en France, pris de nombreuses mesures drastiques. « Les marchés sont fermés, seuls les supermarchés et magasins d’alimentation sont encore ouverts. » Avec le sourire, Jacqueline précise : « On ne manque de rien, juste de levure pour faire la pizza et le pain ! » D’autres mesures ont suivi, comme « l’interdiction de faire du sport en extérieur, car les gens en ont profité pour aller promener leur chien. Le gouvernement rajoute des mesures encore plus strictes parce qu’il y a toujours quelqu’un qui continue de sortir ou d’interpréter la loi à sa manière en lisant entre les lignes », raconte la Normande.

« Tout ira bien »

Depuis quelques semaines, de nombreuses grandes villes et capitales ont provisoirement perdu leurs couleurs. « Rome aujourd’hui est triste, monotone, pour ne pas dire morte, décrit Jacqueline. Heureusement, la première semaine, les Italiens se sont mis à chanter sur leur balcon, le soir à 18h. »

Si la vie de Jacqueline est désormais de l’autre côté des Alpes, sa famille et ses amis sont toujours en Normandie. « J’espère bientôt les retrouver. En Italie, on dit que l’urgence sanitaire pourrait durer six mois. Ce qui voudrait dire que cet été, on ne pourra pas aller en France, donc c’est plus dur. » Malgré l’éloignement et le doute, son tempérament persiste. « Il faut penser positif, on va s’en sortir. En Italie, on a tendance à s’aider. Donc je pense que ce sera un atout pour se relever. Et tout ira bien. C’est notre slogan : Tutto andrà bene. »

Marie Zinck

« Cela a commencé par un rhume » : une Rouennaise malade à New York témoigne

- Julie Thibault -

L'État de New York est particulièrement touché par l'épidémie due au coronavirus. (Photo : Amandine Briand / Paris-Normandie)

L'État de New York est particulièrement touché par l'épidémie due au coronavirus. (Photo : Amandine Briand / Paris-Normandie)

Frappée de plein fouet par le coronavirus, la région de New York vit une catastrophe sanitaire. L’État a émergé comme l’épicentre de l’épidémie aux États-Unis, avec 60 000 cas et 800 morts.

Pour soutenir les hôpitaux, débordés par les interminables files d’attente, les armées se déploient massivement dans la métropole. 2 200 Gardes nationaux ont été rappelés et mis à la disposition des autorités civiles pour soutenir les services sanitaires, assurer la logistique et décontaminer des lieux publics. Un navire-hôpital, l’USNS Comfort, est arrivé dans la baie pour mettre ses 1 000 lits à disposition et désengorger les hôpitaux saturés de la ville, tandis que l’US Army a installé deux hôpitaux de campagne, disposant chacun de 284 lits et de 600 soignants. Deux autres seront opérationnels début avril.

Rouennaise installée dans le Queens, près de New York, Julie Thibault est atteinte par le virus depuis dix jours. La jeune mère de famille combat le Covid-19 dans une ville durement touchée et une atmosphère angoissante. (Photo DR)

Rouennaise installée dans le Queens, près de New York, Julie Thibault est atteinte par le virus depuis dix jours. La jeune mère de famille combat le Covid-19 dans une ville durement touchée et une atmosphère angoissante. (Photo DR)

« Cela a commencé par un rhume »

Mais pour l’heure, hôpitaux et morgues sont saturés, les personnels soignants épuisés et mal équipés, et les habitants restent confinés. Parmi eux, une Rouennaise, Julie Thibault. Cloîtrée chez elle, avec son mari et son fils, la jeune femme combat le virus depuis le 21 mars. « Cela a commencé par un rhume, puis la fièvre est apparue, doublée d’un épuisement général. Puis, les douleurs corporelles ont suivi, ainsi que les difficultés respiratoires », explique-t-elle.

Sans être certaine que son assurance santé lui permette de se rendre à l’hôpital, la jeune mère de famille a pu consulter un médecin par téléphone. « Elle m’a conseillé de prendre une douche chaude au réveil et avant de me coucher, mais aussi de dormir avec un humidificateur d’air. L’humidité aide les poumons, explique Julie Thibault. J’y ai ajouté des huiles essentielles et des boissons chaudes toutes les trente minutes. »

Un « régime » qui la soulage, mais le virus est tenace. « Parfois, on a l’impression d’avoir gagné. On se sent mieux durant quatre heures, puis cela revient encore plus fort. D’autres symptômes apparaissent : diarrhée, conjonctivite, étourdissement. Je suis parfois si fatiguée que tout semble insurmontable. Je me suis même retrouvée dans l’impossibilité d’éplucher des pommes pour faire un crumble à mon fils. Après trois ou quatre, je n’avais plus de force. »

Morgues mobiles

Seule satisfaction, sa fièvre reste inférieure à 40°. « En cas de poussée soudaine, je devrais aller à l’hôpital, ce que je préfère éviter. » En effet, les établissements ne font plus face. Les standards téléphoniques reçoivent plus de 6 000 appels d’urgence médicale par jour, soit plus que lors des attentats du 11 septembre 2001. Certains hôpitaux manquent de respirateurs artificiels et le gouverneur, Andrew Cuomo, a réclamé l’installation urgente de 30 000 de ces appareils. Les hôpitaux ont aussi dû louer des camions frigorifiques pour soulager leurs morgues, déjà pleines.

Une situation qui engendre beaucoup d’incertitudes pour les expatriés : « Le fait d’être dans un pays avec un système de santé différent n’est pas toujours simple à appréhender, souligne Julie. Je me pose des questions pour le suivi après la maladie : vais-je pouvoir aller voir des spécialistes pour éviter des complications ? J’ai reçu un dossier de plus de 700 pages à étudier pour expliquer ce à quoi nous aurons droit ou pas. »

À ces difficultés s’ajoute la vision d’une ville chamboulée par la pandémie : « Un décès est enregistré toutes les 17 minutes et New York est affreusement calme. Au début, la folie s’est emparée des gens dans les magasins. La circulation était telle que des bus devaient être détournés pour éviter les voitures. Mais depuis, c’est le calme absolu. Et souvent, seules les morgues mobiles circulent. Cela nous met face à une triste réalité. »

Dans cette atmosphère, Julie Thibault garde foi en l’avenir. « J’ai peur pour ma famille en France et j’ai peur de ne pas avoir d’assistance respiratoire si mon état empire, mais je sais que tout s’arrangera prochainement, assure la jeune femme. Et lorsque ce sera le cas, New York sera le meilleur endroit pour redémarrer, car les gens voudront vivre pleinement. »

Stéphane Cugnier

« En Suède, la situation n’est pas aussi dramatique que dans d’autres pays d’Europe »

- Pauline Westerberg -

Pauline Westerberg est installée à Stockholm, en Suède. (Photo d'illustration : Pixabay)

Pauline Westerberg est installée à Stockholm, en Suède. (Photo d'illustration : Pixabay)

Installée depuis onze ans à Stockholm, en Suède, la Rouennaise Pauline Westerberg témoigne d’une situation sanitaire plus ou moins sous contrôle.

« Ici, on écoute beaucoup ce que dit l’équivalent des experts du ministère de la santé. Et jusqu’au présent, ils n’ont pas été très alarmistes », témoigne Pauline Westerberg, 35 ans. Expatriée à Stockholm depuis onze ans, la Rouennaise d’origine vit avec son mari Suédois et ses deux petites filles de 3 et 5 ans.

Depuis sa ville d’adoption, elle vit la crise sanitaire liée au Covid-19 d’une autre manière que sa famille et ses amis, confinés en Normandie. Car contrairement à la majorité des pays européens et à ses proches voisins, la Suède a décidé de tout miser sur le bon sens et la discipline de ses compatriotes, dans la lutte contre la propagation du virus.

Pas de fortes restrictions, encore moins de confinement obligatoire, alors que le pays compte, mardi 31 mars 2020, plus de 4 000 cas de coronavirus et près de 200 morts. « La situation n’est pas aussi dramatique que dans d’autres pays d’Europe, tempère Pauline. Il y a quelques jours, les mesures se sont durcies. Un certain nombre d’entreprises ont pris la liberté de fermer leurs bureaux et de renvoyer les employés travailler chez eux. »

Pauline Westerberg, originaire de Rouen, est installée en Suède depuis 11 ans. (Photo : D.R)

Pauline Westerberg, originaire de Rouen, est installée en Suède depuis 11 ans. (Photo : D.R)

Des mesures drastiquement opposées à d’autres pays d’Europe

Fait exceptionnel dans ce pays scandinave, le premier ministre Stefan Löfven a fait une brève allocution à la télévision, dimanche 22 mars, afin de s’adresser à la nation toute entière. « Il a simplement annoncé qu’il pouvait y avoir une sorte de confinement comme en France, mais que pour le moment, il laissait la liberté aux gens de choisir s’ils veulent sortir ou pas. Avec bien sûr l’idée qu’il faille au maximum éviter toutes les sorties », explique Pauline.

A l’heure actuelle, les rassemblements de plus de 50 personnes ont été interdits. Les lycées et les universités ont également fermé leurs portes. « Mais pas les écoles primaires, ni les écoles maternelles, notamment avec l’idée d’empêcher que les grands-parents se retrouvent à garder les enfants et que ce soit contre-productif », note la Normande. Les restaurants sont toujours ouverts mais il est demandé aux Suédois de respecter les règles de distance sociale, d’hygiène et d’auto-isolement en cas de maladie.

> LIRE AUSSI : Confinement, fermetures, rassemblements... Comment les pays s’organisent-ils face au Covid-19 ?

« Les Suédois n’aiment pas le conflit »

Si la confiance du gouvernement envers les habitants semble justifiée, - « les Suédois n’aiment pas le conflit, ils ont tendance à écouter ce qu’on leur dit de faire et sont assez raisonnables, donc par eux-mêmes, ils ne sortent pas trop de chez eux » - Pauline affirme que certains trouvent ces mesures trop légères. « Moi, je suis assez partagée, je ne sais pas trop quelle est la bonne décision à prendre. »

Si la Rouennaise se décrit habituellement « de nature positive et optimiste », elle concède pourtant se sentir de plus en plus inquiète de la tournure que pourrait prendre la situation, notamment dans son pays d’expatriation. « Voir le développement du coronavirus et entendre de tous les experts sanitaires des différents pays que pour le moment, nous ne sommes pas encore arrivés au pic de la première vague d’épidémie, ça fait un peu peur et ça fait réfléchir, confie-t-elle. On se demande ce qui va se passer par la suite. »

Marie Zinck

À Lisbonne, « les gens font preuve de civisme »

- Grégory Senet -

(Photo d'illustration : Pixabay)

(Photo d'illustration : Pixabay)

Grégory Senet est enseignant au lycée français de Lisbonne, au Portugal. Là bas aussi, les villes se dépeuplent, les consignes de confinement sont plutôt bien respectées.

« On connaît Lisbonne pour ses maisons colorées, ses ruelles labyrinthiques, sa lumière estivale et son généreux soleil, tout cela n’a pas changé, mais la ville s’est dépeuplée. » Grégory Senet vit à Lisbonne avec sa femme Maria et ses deux filles, Alice et Émilie. Enseignant au lycée français depuis huit ans, il a passé son enfance dans le Vexin normand, enchaînant sa scolarité au collège de Gasny, puis au lycée Saint-Adjutor de Vernon.

Troisième semaine de confinement

« On réalise alors que le charme de la ville tenait à autre chose, à ses passants, aux petites-vieilles qui vous saluaient sur le pas de leur porte ou à la simplicité des sourires, et c’est tout cela qui a disparu. Lisbonne est une ville fantôme, les touristes ont quitté l’Alfama, on n’entend plus le fado venir des tascas [restaurants à la cuisine familiale, N.D.L.R] ni les odeurs de sardines aux coins des rues. »

Grégory, Maria, Alice et Émilie sont confinés chez eux à Lisbonne dans une ville fantôme. (Photo DR)

Grégory, Maria, Alice et Émilie sont confinés chez eux à Lisbonne dans une ville fantôme. (Photo DR)

Les habitants entrent dans leur troisième semaine de confinement : « Ici, les gens sont fortement incités à rester chez eux, et ils respectent les consignes. On peut toutefois sortir dans son quartier pour effectuer des achats de première nécessité ou sortir ses enfants, ce dont je profite pour balader ma petite fille dans sa poussette. Je me demande parfois comment elle voit ces promenades dans une ville aussi silencieuse, il n’y a plus de voitures, on croise des passants fuyants qui se pressent de rentrer leur chien chez eux, tout est vide. »

Une capitale triste

Les petites ne peuvent pas profiter du square, fermé pour des raisons de sécurité, comme en France. « Les enfants ont disparu les premiers. Il n’y a plus personne pour jouer. » Le Normand expatrié constate que les Portugais font preuve d’un réel sens civique, ils respectent les consignes sanitaires et attendent patiemment la levée du confinement.

« En attendant tout est fermé, les plages, elles-mêmes sont interdites, car l’on a craint qu’avec le soleil printanier, trop de gens y trouvent un refuge sympathique. Le plus difficile est sans doute là, résister à la tentation de profiter des beaux jours ! Comment imaginer que la maladie nous guette, alors qu’un soleil magnifique se lève chaque jour sur la ville ? »

Pour le Français, la capitale est devenue triste et monotone. « Mais le soir à 22 heures, comme partout ailleurs, les gens sortent sur les balcons et applaudissent avec respect le dévouement du corps médical. On échange alors quelques mots, on se sourit, on parle à ses voisins avant de refermer sa fenêtre pour un nouveau jour. »

Des mesures mises en place

Face à l’épidémie, le gouvernement a décidé le 28 mars de régulariser tous les migrants ayant déposé un dossier de résidence et de renouveler automatiquement les titres de séjour qui arrivent à échéance. La mairie de Lisbonne a, elle, annoncé que le paiement des loyers des logements sociaux pourra être différé jusqu’au mois de juin.

Pourtant voisin de l’Espagne, deuxième pays le plus touché par le coronavirus dans le monde, le Portugal est encore relativement épargné par la pandémie de Covid-19, avec 119 morts et 6 000 cas enregistrés dans le pays. La fermeture de la frontière avec l’Espagne pour les touristes a été décrétée dès le 15 mars. Les écoles et les universités ont été fermées le lendemain.

Déjà, le 8 mars, le président portugais, Marcelo Rebelo de Sousa, dont la fonction est seulement représentative, mais qui très populaire, a choisi lui-même de se placer à l’isolement pour deux semaines. Un geste symbolique qui a peut-être conduit les Portugais à prendre conscience de la gravité de l’épidémie...

Franck Weber

« Au Maroc, les mesures sont radicales, mais c’est ce qu’il fallait »

- Sandrine Soufi -

(Photo d'illustration : TheUjulala / Pixabay)

(Photo d'illustration : TheUjulala / Pixabay)

Il y a vingt ans, Sandrine Soufi a quitté Rouen pour s’installer dans la ville de Mohammédia, au Maroc. Depuis son pays d'expatriation, elle témoigne d’une crise sanitaire anticipée, mais qui inquiète. 

Passé 18 heures, Sandrine Soufi, 56 ans, est de retour chez elle. C’est loin d’être un créneau qu’elle s’est fixée pour le plaisir : comme tous les Marocains, elle doit respecter le couvre-feu décrété par le royaume, dans la lutte contre la propagation du Covid-19. « On est tous cloîtrés, on ne bouge pas ! », raconte Sandrine.

Rouennaise d’origine, elle a quitté sa Normandie natale en 2000, avec son mari. Ils sont alors partis s’installer dans la ville de Mohammédia, au Maroc, à 30 kilomètres environ de Casablanca. « Dans les quartiers populaires, ça se passe moins bien, parce que les gens ne veulent pas rester chez eux. Ils ne sont pas habitués à vivre dans les maisons », concède-t-elle. 

« On a complètement bloqué le pays »

Quatrième pays d’Afrique le plus touché par la pandémie, après l’Afrique du Sud, l'Algérie et l’Egypte, le Maroc compte, vendredi 3 avril 2020, 735 cas et près de cinquante morts. Mais dès les premiers malades recensés, le pays s’est tout bonnement barricadé. Le gouvernement a imposé le confinement de la population et a déclaré l’état d’urgence sanitaire, au moins jusqu’au 20 avril.

Comme en France, les écoles, les crèches, les restaurants, les bars ou encore les lieux culturels ont fermé leurs portes. Des mesures sévères, en comparaison à d’autres pays plus touchés, notamment à la Suède. « Très rapidement, le roi et le gouvernement ont décidé de fermer les frontières. On a complètement bloqué le pays, explique Sandrine. C’était la meilleure solution, même si ça n’a pas été forcément facile pour les touristes qui se trouvaient au Maroc. Ça a été salutaire et j’espère que ça va continuer comme ça. »

Avec son mari, Sandrine Soufi a quitté Rouen il y a 20 ans pour rejoindre la ville de Mohammédia, au Maroc. (Photo : DR)

Avec son mari, Sandrine Soufi a quitté Rouen il y a 20 ans pour rejoindre la ville de Mohammédia, au Maroc. (Photo : DR)

« Si ça venait à s’étendre en Afrique, ce serait catastrophique »

Institutrice dans une école marocaine, celle qui se définit comme une « Normande pur beurre » doit se mettre au télétravail et à l’éducation en ligne. « Mais moi, je dois sortir, parce que mon ordinateur est vieillissant », tient-t-elle à préciser. Sortir, oui, mais jamais sans attestation. « Toutes ces mesures sont radicales, mais c’est ce qu’il fallait instaurer, affirme-t-elle. Et c’est certainement pour ça qu’on reste à un faible niveau. Ça a été pris à temps. »

Si Sandrine félicite l'anticipation du gouvernement, c’est parce que la situation l’inquiète. Pas seulement au niveau du Maroc, mais à l'échelle de tout le continent africain, qui recense à ce jour plus de 7 000 cas. « Quand on voit qu’un pays comme la France n’arrive pas à contenir une maladie comme ça, ni la Chine ou encore l’Italie, comment le Maroc va-t-il faire ?, questionne-t-elle. On se dit que le nord de l’Afrique peut, à peu près, subvenir à ces problèmes-là. Mais si malheureusement, cela venait à s’étendre ailleurs en Afrique, notamment à l’Est, ce serait catastrophique. On le voit avec Ebola : tout de suite, ça prend des proportions énormes. »

À l’heure où le monde s'interroge sur l’efficacité de la chloroquine sur le virus, le Maroc, lui, a décidé de généraliser l’utilisation de ce médicament pour tous les malades infectés par le Covid-19. « On connait tous ses bienfaits, apprend Sandrine. Ici, c’est utilisé depuis des lustres contre le paludisme. »

Marie Zinck

En Suisse, « on a le droit à un masque par jour »

- Vincent Lavenu -

(Photo d'illustration : Adobe Stock)

(Photo d'illustration : Adobe Stock)

Sur les bords du lac Léman, la vie tourne au ralenti. Mais il n’existe pas de confinement obligatoire. Tandis que les cas de Covid-19 et le nombre de décès ne cessent de croître, Vincent Lavenu se rend chaque jour à son travail, dans une maison de retraite.

Il a longtemps voyagé à travers l’Asie, l’Amérique du Sud, l’Afrique, tout en exerçant des métiers de saisonnier. C’est en 2004 que Vincent Lavenu a posé ses valises. Ce Normand originaire de Fécamp travaille dans un Ehpad de Genève, en Suisse. Actuellement, quand il se rend ou sort de son travail, il peut croiser « des gamins qui jouent dans les rues.Il n’y a pas de contrôle de police ici », témoigne-t-il.

Ancien grand voyageur, Vincent Lavenu a parcouru de nombreux coins du monde.Puis, ce Fécampois est venu travailler à Genève, auprès de personnes âgées. (Photo Vincent Lavenu)

Ancien grand voyageur, Vincent Lavenu a parcouru de nombreux coins du monde.Puis, ce Fécampois est venu travailler à Genève, auprès de personnes âgées. (Photo Vincent Lavenu)

L’autre approche des Suisses

Et pour cause, si la Suisse est touchée par la crise sanitaire, « il n’existe pas ici de confinement obligatoire ». La mesure ne semble guère envisagée. « Dans les journaux, certains se moquent même des états qui imposent le confinement. Ils appellent cela de la “politique spectacle”, rapporte Vincent. Les commerces, restaurants-bars sont bien fermés. Les transports en commun sont en mode réduit, basculés sur les horaires week-end. Il y a beaucoup moins de monde dans les rues qu’habituellement. Malgré tout, dès qu’il fait beau, les Suisses sortent. Puisqu’il n’y a pas d’interdiction. » 

Le coronavirus a été connu en Suisse simultanément qu’en France. À 51 ans, Vincent travaille au service restauration d’une maison de retraite. « Ici, depuis le vendredi 13 mars, les patients sont confinés. La cafétéria a été fermée.Les résidents restent dans leurs étages respectifs. Sans demeurer dans leurs chambres, sauf pour certains qui sont malades du coronavirus, ou qui du moins sont des cas suspicieux. » Le 30 mars 2020, le pays comptait 295 décès et environ 15 500 cas. Soit dix fois plus que mi-mars concernant le second chiffre. 

« Ça évolue tellement vite », souffle Vincent. Dans un pays qui compte sept fois moins d’habitants que la France. Au sein d’un des deux bâtiments que compte l’Ehpad, espacés de quelques kilomètres à Genève, « il y a eu un cas avéré très tôt, chez un soignant ». Une cousine du Fécampois travaille également dans la ville située à la pointe du Lac Léman. Elle exerce en soins intensifs. « Elle est débordée. C’est une personne qui ne s’inquiète pas facilement, mais elle m’a envoyé un message pour me dire qu’il fallait faire très attention, a bien noté le quinquagénaire. Elle, elle voit les personnes malades. »

Si la Suisse ne connaît pas le confinement, « la plupart des gens ont conscience du problème ». Et l’Italie voisine est lourdement touchée. « Avec Milan et compagnie. Maintenant, tout est fermé. Mais il y a pas mal d’Italiens en Suisse. À Genève, beaucoup d’étrangers sont là pour affaires. C’est très cosmopolite. » 

Les frontières de retour

Tandis qu’elles s’étaient effacées depuis de nombreuses années, les frontières sont réapparues. Concernant celles avec la France, les voyageurs doivent descendre de leur bus. Leur permis de travail et l’attestation de leur employeur sont contrôlés. À l’entrée, mais pas à la sortie. L’Ehpad où exerce Vincent réunit une trentaine de nationalités parmi les employés. Certains habitent en Suisse, d’autres non. 

« En tant que personnel, c’est un peu comme en France concernant les masques.C’est incroyable, déplore Vincent. On a droit à un masque par jour. C’est ridicule quand on sait qu’ils ont une durée de vie de trois heures. Des collègues le portent toute la journée, mais je pense que c’est plus pour le psychologique. »

Matthias Chaventré

Ce grand format vous a plu ? Découvrez d'autres témoignages de Normands expatriés dans la deuxième partie... Mais également dans la troisième partie !


Comment les différents pays du monde gèrent-ils la crise du coronavirus ? Réponse ci-dessous en infographie :


Grand format réalisé par la rédaction de Paris-Normandie