Crise du coronavirus dans le monde (3/3)

Des Normands expatriés témoignent (la suite)

Le Mexique regorge de paysages à découvrir. (Photo Pixabay)

Le Mexique regorge de paysages à découvrir. (Photo Pixabay)

Loin de leur Normandie natale, ils témoignent depuis leur pays d’adoption de la manière dont ils vivent la crise mondiale du coronavirus.

Vous pouvez accéder par ici à la première partie de ce grand format et par-là à la deuxième partie !


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Ne manquez pas par ailleurs notre série de podcasts, dédié aux Normands installés à l'étranger :

Au Mexique, « on nous distribue l'équivalent d'un masque par jour »

- Chloé Grenier -

Laura sur la lagunera de Bacalar. (Photo DR)

Laura sur la lagunera de Bacalar. (Photo DR)

Chloé Grenier, née à Bolbec, travaille à Mexico depuis un an dans une entreprise de parfums. Selon elle, les mesures de confinement ont été efficaces et bien comprises de la population.

Depuis un an, Chloé Grenier, originaire de Bolbec, vit à Mexico. Comme tous les habitants de la capitale mexicaine, et de tout le pays, elle s’adapte aussi au confinement depuis plus d’un mois. « Les salles de sport et de cinéma ont tout d’abord commencé à fermer, environ une semaine après le confinement en France. Puis, c’était au tour des salles de spectacles, des centres commerciaux, des restaurants... Les parcs ont été fermés ensuite. Et depuis le 22 avril, le pays est en phase 3, c’est-à-dire qu’il faut un justificatif pour toute sortie », raconte la jeune femme de 24 ans.

Elle continue toutefois de se rendre dans son entreprise, en dehors de deux jours de télétravail par semaine. Son employeur, Mane, créateur français d’arômes et de parfums renommé, a mis en place des mesures de protection pour les salariés. « Chaque semaine, on nous distribue l’équivalent d’un masque par jour. Pour moi qui suis seule dans mon bureau, j’ai un masque chirurgical simple. Les personnes en laboratoire ou dans un open space ont un masque plus protecteur encore. »

Des kilomètres de bouchons en moins

Un système de tournées en bus a également été établi. « Dès que la France a été confinée, il y a eu des tours en bus pour amener une moitié de l’équipe qui allait travailler le matin, puis un autre tour pour l’équipe de l’après-midi », raconte-t-elle.

Le confinement présente donc un avantage important pour Chloé Grenier : moins de trafic à Mexico. « Je vois qu’il y a beaucoup moins de monde sur les routes. Nous nous sommes dit avec mes collègues que d’autres entreprises avaient dû prendre les mêmes mesures. » Alors qu’il lui arrivait parfois de rester 1 h 30 en voiture pour avancer de trois kilomètres aux heures de pointe, la cheffe de projet apprécie de rentrer plus vite chez elle.

Originaire de Bolbec, en Seine-Maritime, Chloé Grenier est installée à Mexico depuis un an. (Photo DR)

Originaire de Bolbec, en Seine-Maritime, Chloé Grenier est installée à Mexico depuis un an. (Photo DR)

Le principal inconvénient du confinement ? Devoir annuler ses vacances. « Quand on est étranger dans un pays lointain, on voyage beaucoup, surtout au Mexique où les transports sont peu chers. Je prends souvent deux week-ends par mois pour visiter un peu le pays et là, je ne peux plus me déplacer. Ma famille a dû annuler ses vacances aussi, ma mère devait venir me voir en avril », se désole Chloé Grenier.

Mais comme les Mexicains, elle respecte à la lettre le confinement. « Il y a peu de personnes dans les rues, ou alors elles portent un masque, même les vendeurs dans la rue. Il y a du gel hydroalcoolique en libre-service à toutes les caisses des magasins », explique la jeune femme.
Chloé Grenier reste admirative de la réaction mexicaine : « Je trouve que les Mexicains ont bien géré l’épidémie. La population écoute les règles. »

Le pays déplore plus de 1 500 morts du Covid-19 et plus de 16 000 cas confirmés d’après l’université Johns Hopkins. Un chiffre à relativiser pour la jeune expatriée. « Nombreux sont ceux qui pensent qu’il y a beaucoup plus de cas que ce qui est énoncé puisque tous les Mexicains n’ont pas les moyens de se faire tester, estime Chloé Grenier. Au début du confinement, il fallait payer entre 5 000 et 10 000 pesos (entre 189 et 378 euros) pour passer le test à l’hôpital, ce n’est même pas ce que gagnent certains habitants en trois jours. »

Aucune annonce n’a été faite d’une levée du confinement. Chloé Grenier l’attend avec impatience pour aller revoir ses proches en France.

Laura Martin

« En Nouvelle-Zélande, je suis totalement dans ma bulle »

- Caroline Cauvin -

Native de Rouen, Caroline Cauvin est partie à l’aventure en Nouvelle-Zélande il y a un an. (Photo newzealand.com)

Native de Rouen, Caroline Cauvin est partie à l’aventure en Nouvelle-Zélande il y a un an. (Photo newzealand.com)

Native de Rouen, Caroline Cauvin est partie à l’aventure en Nouvelle-Zélande il y a un an. Alors que le pays vient d’assouplir ses restrictions, elle raconte sa perception de la situation, depuis la ferme laitière où elle officie. 

« C’est un peu irréel de se dire que l’on est au bout du monde », témoigne Caroline Cauvin, 31 ans. Au beau milieu des plaines, l'étendue infinie de l’océan Pacifique sud comme horizon, la jeune femme semble très éloignée de la pandémie du Covid-19 qui frappe de manière virulente la planète entière. Ou du moins, d'un confinement entre quatre murs.

En mai 2019, cette Rouennaise d’origine est partie à l’aventure en Nouvelle-Zélande, grâce à un Permis Vacances-Travail. « Initialement, je voulais plutôt rester trois à quatre mois et voir comment cela se passe sur place. Au final, j’ai trouvé un premier travail puis un deuxième et je suis restée un peu plus longtemps que prévu, raconte Caroline. Mon visa se terminait le 1er mai de cette année. Mais avec la crise du coronavirus, le gouvernement néo-zélandais a décidé d’accorder une extension jusqu’à fin septembre à toutes les personnes qui étaient encore sur le territoire et dont le visa se terminait après le 1er avril. » Une bonne nouvelle pour Caroline, qui fait donc le choix de prolonger son expatriation en Nouvelle-Zélande. Là où « la situation est bien meilleure qu’en Europe », constate-t-elle.

La Rouennaise Caroline Cauvin s'est installée il y a un an en Nouvelle-Zélande. Depuis quelques semaines, elle est employée dans une exploitation laitière familiale, sur l'île du sud. (Photo DR)

La Rouennaise Caroline Cauvin s'est installée il y a un an en Nouvelle-Zélande. Depuis quelques semaines, elle est employée dans une exploitation laitière familiale, sur l'île du sud. (Photo DR)

Une île isolée et barricadée

Très tôt, le gouvernement néo-zélandais a mis en place des mesures drastiques, afin de tout bonnement éradiquer le virus sur ses terres. « Mi-mars, la Première ministre a décidé de placer en quarantaine toutes les personnes venant de l’étranger », affirme Caroline. Les frontières ont été fermées et le confinement total a été décrété le 25 mars : l’île s’est alors barricadée. « Ce qui a pu paraître un peu extrême au départ, c’est de faire de la Nouvelle-Zélande une sorte de bulle, précise Caroline. Le ferry entre les deux îles a été suspendu, sauf pour le fret. Tout le monde est invité à travailler de chez soi ou à arrêter de travailler tout simplement. Mais tout ce qui est relatif au médical, les supermarchés, les stations-service et l’agriculture, ne sont pas impactés. C’est considéré comme essentiel pour le bon fonctionnement du pays. »

Embauchée dans une exploitation laitière familiale il y a quelques semaines, près de la ville d’Ashburton, Caroline n’a donc pas cessé ses activités. « J’ai eu de la chance, parce que quelques jours avant que le confinement ne soit déclaré, j’ai trouvé un emploi », se réjouit-elle. Un confinement à l’air libre, qu’elle vit aux côtés d’une autre employée, du couple de propriétaires... et de 350 vaches.

Assouplissement des restrictions

« Je suis totalement dans ma bulle, avoue la Normande. Ici, les statistiques sont bien éloignées de ce qu’il se passe en Europe ou aux Etats-Unis. » En effet, à ce jour, l’archipel recense près de 1 500 cas et 19 morts. Au même titre que Singapour, la Nouvelle-Zélande est régulièrement citée à titre d’exemple, pour sa bonne gestion de crise. « Il y a beaucoup de communication de la part de la Première ministre. Le gouvernement n’hésite pas à décrire sans langue de bois les choses », note Caroline.

Cette maîtrise de la propagation du virus, grâce aux mesures strictes anticipées, a offert au gouvernement la possibilité d’assouplir les restrictions, depuis le 27 avril. Les écoles rouvrent progressivement et quelques activités économiques se remettent en marche. Pour autant, comme partout dans le monde, certains redoutent les conséquences du relâchement des règles, apprend Caroline : « Beaucoup de gens préfèrent que l’on reste en confinement total, pour éviter d'être face à de nouveaux cas. »

Marie Zinck

« Au Vietnam, ça aurait pu exploser »

- Valentin Orange -

Hanoï. (Photo Adobe Stock)

Hanoï. (Photo Adobe Stock)

Installé au Vietnam depuis un an, le Manchois Valentin Orange est spectateur d’une crise sanitaire gérée de main de maître. Le pays, frontalier de la Chine, a mis en place des mesures anticipées, ciblées et drastiques. Résultat : sur 271 cas, aucun décès n’a été recensé. 

A l’heure actuelle, alors que la planète est plongée dans une crise sanitaire de grande ampleur, rares sont les pays à pouvoir se targuer de n’avoir recensé aucun décès. C’est pourtant le cas du Vietnam, dont le bilan, crédible aux yeux des observateurs internationaux, fait état dimanche 3 mai 2020 de 271 cas de Covid-19. Et pourtant, le nord du territoire partage bel et bien une frontière commune avec la Chine. « La région de Wuhan n’est pas très loin à vol d’oiseau », précise Valentin Orange, 28 ans.

Alors qu’il y a déjà précédemment passé un an et demi dans le cadre d’un service civique, le jeune homme originaire de Cherbourg s’installe pour de bon à Hanoï, la capitale vietnamienne, il y a un an. Depuis plusieurs mois, dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus, il est le témoin de mesures strictes et anticipées, de la part du gouvernement communiste. « Le Vietnam a vraiment très bien réagi, note Valentin. Mi-janvier, les premières mesures ont été de fermer les écoles. Ensuite, ça a été progressif : ils ont arrêté de donner des visas fin février et ensuite, ils ont fermé les frontières. Puis, nous avons été confinés », retrace-t-il.

Vidéaste auto-entrepreneur, le Manchois Valentin Orange est installé à Hanoï, au Vietnam, depuis un an. (Photo : Valentin Orange)

Vidéaste auto-entrepreneur, le Manchois Valentin Orange est installé à Hanoï, au Vietnam, depuis un an. (Photo : Valentin Orange)

Vidéaste auto-entrepreneur, le Manchois Valentin Orange est installé à Hanoï, au Vietnam, depuis un an. (Photo : Valentin Orange)

« Au début, on se disait qu’il exagérait »

Rapidement, le Vietnam, pays aux faibles structures sanitaires, a également opté pour la stratégie d’isolement des cas. « Dès les premières contaminations, le gouvernement a mis des personnes en quarantaine, aussi des rues et même une ville, pas très loin de Hanoï, raconte encore Valentin. Au début, on se disait que c’était dingue, qu’il exagérait. Mais au fur et à mesure, voyant le virus se propager en France et en Europe, nous nous sommes rendus compte qu’il avait pris de très bonnes décisions. »

Si le pays a mis en place de telles restrictions, c’est parce qu’avec ses 95 millions d’habitants, le risque est très grand. « Ca aurait pu exploser ici, ça grouille de monde », souligne le Normand. En comparaison à d’autres pays, le bilan aussi bas affiché par le Vietnam s’explique, selon Valentin, par plusieurs facteurs. « Nous sommes dans un pays asiatique, donc il y a beaucoup moins de contacts. Les gens ne se font pas la bise et ne se serrent pas la main. Et ici, ils portent un masque naturellement par rapport à la pollution. »

Un gouvernement redoré 

Le confinement général n’a, apparemment, que très peu fonctionné. « Les 3-4 premiers jours, il n’y avait personne dans les rues. Puis les gens ont recommencé à sortir avec un masque, témoigne-t-il. Sachant qu’il n’y avait que très peu de contaminés, les gens se sont dit qu’il y avait peu de risques puisque ceux qui l’étaient sont en quarantaine et qu’il n’y a plus d’entrées dans le pays. » Et puis, l’heure est aussi à la lassitude. « Ici, on parle du coronavirus depuis le début. On a vu toute l’évolution et on commence vraiment à saturer », confie le jeune homme.

Fin avril, après quelques jours de confinement, la vie a donc repris son cours. Les commerces ont notamment rouvert, les écoles se remettent progressivement en marche et la distanciation sociale est de rigueur. Si les autorités vietnamiennes se sont montrées sous leur plus beau jour tout au long de la crise, Valentin ne doute pas qu’elles sauront tirer profit de cet épisode. « C’est un pays très corrompu et les gens sont habitués à ce que le gouvernement et la police gagnent de l’argent sur le dos de la population. Là, ils ont redoré leur image en prenant des décisions pour protéger le peuple », relate le Manchois.

Vidéaste de profession, essentiellement dans le tourisme, il attend pour sa part de pied ferme le redémarrage de son activité. « J’essaye de me diversifier pour pouvoir continuer à exercer mon métier. L’avantage, dit-il, c’est que Hanoï est une ville pleine de ressources ! »

Marie Zinck

« Les Thaïlandais sont vraiment accueillants »

- Nicolas Chapelle -

(Photo d'illustration Pixabay)

(Photo d'illustration Pixabay)

(Photo d'illustration Pixabay)

En escale pour quelques jours en Thaïlande avant de rejoindre le Cambodge pour des vacances, le Havrais Nicolas Chapelle, 25 ans, s’y est retrouvé bloqué en pleine crise du Covid-19. Sur place depuis près de deux mois, il a été accueilli par une famille au nord du pays.

Son programme était tout tracé. Mercredi 11 mars 2020, date à laquelle l’OMS a qualifié la crise du Covid-19 de pandémie, le Havrais Nicolas Chapelle, 25 ans, quitte la France pour des vacances au Cambodge. Comme prévu, le jeune homme atterrit d’abord dans la capitale thaïlandaise, Bangkok, le temps d’une escale. « Il n’y a pas de vol direct vers le Cambodge », explique-t-il. Pour rejoindre le pays voisin, un trajet en bus l’attend le lundi d’après. « Je voulais passer quelques jours en Thaïlande histoire de faire un peu la fête et de décompresser », poursuit-il.

Mais la crise sanitaire en décide autrement. « Le dimanche soir, on m’a appris que les frontières étaient fermées et que je ne pouvais plus m’y rendre », retrace Nicolas, qui cherche alors une solution. Finalement, le jeune homme va faire la rencontre d’une Thaïlandaise, dont l’aimable proposition va radicalement changer le cours de son aventure. « Elle m’a proposé de venir m’installer dans le nord, chez elle, le temps que ça aille un peu mieux », raconte Nicolas. Ce qu’il accepte, « pour une ou deux semaines, initialement. »

Depuis près de deux mois, le Havrais Nicolas Chapelle est hébergé dans une famille thaïlandaise, au nord du pays. (Photo : Nicolas Chapelle)

Depuis près de deux mois, le Havrais Nicolas Chapelle est hébergé dans une famille thaïlandaise, au nord du pays. (Photo : Nicolas Chapelle)

Depuis près de deux mois, le Havrais Nicolas Chapelle est hébergé dans une famille thaïlandaise, au nord du pays. (Photo : Nicolas Chapelle)

Une adaptation réussie

Près de deux mois plus tard, le Normand vit toujours dans la ville de Chiang Rai, à proximité de la frontière laotienne et birmane. « A la vue de l’accueil que j’ai pu avoir, je me suis dit que j’allais rester plus longtemps que prévu, le temps que la situation s’améliore, affirme-t-il. Je me rends compte que les gens sont vraiment accueillants, ils font tout pour aider les personnes bloquées dans le pays ou qui n’ont pas forcément cette volonté de rentrer en France. » Arrivé dans cette province totalement par hasard, Nicolas a su rapidement trouver sa place. « Quand je me rend dans un marché, les gens sont contents de me voir, de parler un peu avec moi et de rigoler. Mes voisins sont les premiers à me demander si je ne m’ennuie pas, me proposent d’aller à la pêche, de faire du foot », confie-t-il. Depuis le début de la crise, il dit n’avoir en aucun cas été victime de la xénophobie envers les touristes, qu’il a pu parfois lire dans certains articles de presse. « Les Thaïlandais ne rejettent pas la faute sur les étrangers. » 

« J’ai préféré rester ici »

A l’heure actuelle, le pays compte près de 3 000 cas de Covid-19 et une cinquantaine de morts. Nicolas a d’ailleurs été le témoin des mesures mises en place dans le pays, pour tenter d’enrayer le virus. « Il y a un couvre-feu de 22 h à 5 h du matin et des contrôles de température un peu partout », note-t-il. Les frontières sont closes, la population est invitée à rester chez elle et la distanciation sociale est de rigueur. S’il l’avait voulu, le jeune homme aurait pourtant pu vivre le confinement à la française. Selon ses dires, des vols pour rentrer dans l’Hexagone lui ont régulièrement été proposés par sa compagnie aérienne. Des trajets retours, qu’il a systématiquement déclinés.

« Le gouvernement thaïlandais a offert trois mois de visa à toutes les personnes qui ont dépassé leur date. Etant donné que ma soeur est enceinte et que mon père est asthmatique, j’ai préféré rester ici, plutôt que de contaminer potentiellement ma famille à risques », développe-t-il. La suite est pour le moment encore floue. A moins que la situation, censée être provisoire, se transforme en réel projet de vie ? C’est en tout cas ce que le Havrais laisse sous-entendre : « J’ai eu des entretiens pour devenir prof de français !, se réjouit-il. J’essaye de trouver une solution pour avoir des revenus en attendant que la situation s’améliore. Si on peut me fournir un visa de travail pour rester sur le territoire, pourquoi ne pas faire une année sabbatique où j'enseignerais le français à des étudiants… »

Marie Zinck

Au Sénégal, « ça commence seulement à prendre un peu d’ampleur »

- Anne-Cécile Raimbault -

Dakar au Sénégal. (Photo d'illustration Pixabay)

Dakar au Sénégal. (Photo d'illustration Pixabay)

Ébroïcienne d’origine, Anne-Cécile Raimbault s’est installée en famille à Dakar, au Sénégal, il y a près de deux ans. Auto-confinée depuis la mi-mars, elle témoigne de mesures anticipées, dans la lutte contre la propagation du virus. Pourtant, depuis quelques jours, le pays fait face à une recrudescence de cas.

Cela fait près de deux mois qu’Anne-Cécile Raimbault, 41 ans, franchit le pas de sa porte pour une seule et unique raison : faire ses courses. Depuis la mi-mars, cette Ebroïcienne d’origine s’est auto-confinée, au même rythme que les Français de l’Hexagone. « Les enfants n’ont pas quitté le jardin depuis le 16 mars. On pourrait très bien sortir, mais voyant ce qu’il se passe en Europe, j’ai pris les devants », précise-t-elle. Installée depuis septembre 2018 à Dakar, au Sénégal, avec son mari et ses quatre enfants, Anne-Cécile a été témoin de l’arrivée du Covid-19 sur le continent et dans son pays d’adoption. Et, par la même occasion, des mesures anticipées mises en place par le gouvernement.

Après la fermeture des écoles à la mi-mars, « beaucoup de restaurants et d'hôtels ont fermé, mais sans obligation, raconte la Normande. Il y a un couvre-feu qui a été instauré, donc il est interdit d’être dehors entre 20 h et 6 h du matin. » A Dakar, les mosquées sont fermées et les masques sont obligatoires depuis le 20 avril. Les frontières sont closes, les vols commerciaux suspendus et comme partout dans le monde, la distanciation sociale est de rigueur, bien que compliquée à respecter. « Le Ramadan vient de commencer et le matin, on voit des images de files d’attente dans les boulangeries où les gens sont les uns sur les autres pour aller chercher leur pain », constate-t-elle encore.

Ébroïcienne d'origine, Anne-Cécile Raimbault s'est installée au Sénégal avec sa famille il y a près de deux ans. (Photo : Anne-Cécile Raimbault)

Ébroïcienne d'origine, Anne-Cécile Raimbault s'est installée au Sénégal avec sa famille il y a près de deux ans. (Photo : Anne-Cécile Raimbault)

Pas de confinement au programme

Dans ce pays, qui comptait à la date du mardi 5 mai 2020 plus de 1 300 cas et 11 décès, le confinement n’a pas été décrété, contrairement à d’autres nations africaines. L’île Maurice, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Nigéria ou encore la Tunisie ont fait le choix de mettre sous cloche leurs habitants, non sans difficultés, dans la lutte contre la propagation du virus. « Au Sénégal, les gens sortiraient de toute façon parce qu’ils n’ont pas le choix », explique Anne-Cécile. Car en Afrique, il est fréquent de vivre au jour le jour.

Depuis une semaine, malgré les mesures et le déploiement des forces de l’ordre pour faire respecter le couvre-feu, le Sénégal fait face à une recrudescence de cas. « Ça commence seulement à prendre de l’ampleur, affirme-t-elle. On est loin d’en être sortis. » Si Dakar s’est quelque peu vidée de son agitation, en allant travailler, le mari d’Anne-Cécile, Normand lui aussi, a constaté un relâchement. « Dans la journée, les gens sont dehors, papotent, sans forcément respecter la distanciation sociale », relate-t-elle.

Dakar, au Sénégal. (Photo : Anne-Cécile Raimbault)

Dakar, au Sénégal. (Photo : Anne-Cécile Raimbault)

Dakar, au Sénégal. (Photo : Anne-Cécile Raimbault)

« Les Sénégalais se sentaient protégés »

L’Euroise confie que les Sénégalais n’ont, au départ, pas réellement pris le virus au sérieux. « Ils se sentaient protégés et pensaient que c’était une maladie d’Occidentaux. » Un point qui pourrait toutefois expliquer la multiplication des cas. « Des Sénégalais expatriés sont revenus sans se signaler. Et dans une ville à l’est du Sénégal, il y a encore très souvent des rassemblements religieux. »

Pour l’heure, Anne-Cécile et sa famille restent cloîtrés. « Je commence à trouver le temps un peu long, de ne voir personne. C’est un peu triste, mais nous sommes quand même dans des conditions favorables et on ne va pas s’en plaindre », positive-t-elle. Si elle ne peut pas prédire l’avenir, Anne-Cécile reste confiante, mais tout de même lucide. « La population est beaucoup plus jeune ici, donc on espère plus résistante. Mais si ça prend les mêmes proportions qu’en France, les hôpitaux ne tiendront pas, ce n’est pas du tout adapté. Si ça se dégrade, dit-elle, ça risque d’être compliqué. »

Marie Zinck

En Colombie, « le confinement était la meilleure décision à prendre »

- Sabrina Leredde -

Bogota en Colombie. (Photo Pixabay)

Bogota en Colombie. (Photo Pixabay)

Originaire de Saint-Lô, Sabrina Leredde s’est fraîchement installée à Bogota, en Colombie, pour rejoindre son compagnon. En confinement depuis le 20 mars, la jeune femme, qui salue les mesures, déplore cependant les difficultés financières de certains habitants.

Lorsqu’elle a rejoint son compagnon en septembre dernier, Sabrina Leredde, 38 ans, ne s’attendait pas à se retrouver cloîtrée entre quatre murs, tout juste six mois plus tard. Établie désormais à Bogota, la capitale colombienne, la jeune femme originaire de Saint-Lô est confinée, comme une grande partie de la population mondiale. « Le 20 mars, la maire de Bogota a mis en place un confinement d’essai, pour habituer les habitants à se confiner si jamais ça devait nous arriver », raconte Sabrina.

Ce test, censé durer seulement trois jours, est immédiatement reconduit et acté par le président, à l’échelle du pays tout entier. Une mesure drastique avec pour seul objectif l’enrayement de la propagation du Covid-19. « J’ai pensé à rentrer en France, avoue-t-elle, parce que le gouvernement préconisait à tous les gens qui étaient là de passage de rentrer. Je ne suis pas forcément de passage, mais je suis toujours sur un visa touristique. » Après quelques tergiversations, la décision est prise : Sabrina décide de rester dans sa nouvelle ville d’adoption.

La Normande Sabrina Leredde a rejoint son compagnon en Colombie il y a huit mois. Depuis le 20 mars, le couple est confiné dans son logement, à Bogota. (Photo : Sabrina Leredde)

La Normande Sabrina Leredde a rejoint son compagnon en Colombie il y a huit mois. Depuis le 20 mars, le couple est confiné dans son logement, à Bogota. (Photo : Sabrina Leredde)

L’appel au secours des Colombiens

Alors que le confinement devait être levé le 11 mai, au même titre que la France, la Normande apprend qu’il sera finalement prolongé jusqu’au 25. Mercredi 6 mai 2020, plus de 8 500 cas et 378 décès ont été comptabilisés dans le pays. « Le confinement était la meilleure décision à prendre, car on se rend compte que la situation pourrait très vite devenir incontrôlable », appuie-t-elle. Même si, « au niveau économique, ce sera dramatique. »

Depuis le début de la crise en Colombie, les mesures ont eu de fortes conséquences sur la population la plus pauvre et vulnérable. Ces personnes qui, en général, travaillent dans l’économie informelle et gagnent de quoi vivre au jour le jour. Cette situation a vu naître le mouvement des chiffons rouges, accrochés à la fenêtre des habitations, pour appeler au secours et signifier le manque de nourriture. « Il y a beaucoup de manifestations. Dans les quartiers très pauvres, les gens se retrouvent abandonnés. Même s’il y a des aides de la part du gouvernement, ce n’est pas suffisant », tranche-t-elle.

« J’ai perdu des élèves »

Les frontières de la Colombie sont bien évidemment fermées, les commerces non essentiels clos, et le port du masque obligatoire. « On a le droit de sortir pour faire les courses, pour les rendez-vous médicaux et pour aller à la banque. Et jusqu’au 27 avril, on n’avait pas le droit de sortir pour faire de l’exercice. Maintenant, c’est autorisé à 1 km autour de la maison », résume la Manchoise.

Afin de respecter la distanciation sociale, des règles très particulières ont été imposées lors des sorties. « À Bogota, avec la mesure “pico y genero”, les hommes ont le droit de sortir les jours impairs et les femmes, les jours pairs. Pour d’autres villes en Colombie, c’est “pico y cedula”. Les jours de la semaine prévus pour faire les courses sont déterminés par le dernier chiffre de la pièce d’identité », développe la jeune femme.

Si Sabrina reconnaît manquer tout doucement de verdure, elle dit s’occuper facilement. « Je cuisine des gâteaux tous les jours, je lis beaucoup et je prépare mes cours. » En pleine reconversion professionnelle, l’expatriée a laissé de côté le secteur de l’hôtellerie pour devenir professeure de français. Et la crise aura également eu une répercussion à ce niveau : « J’ai perdu des élèves, confie-t-elle. Certains avaient peur de ne pas pouvoir me payer. »
L’amoureuse de la nature s’attend tout de même à entrevoir des résultats positifs, après les conséquences dramatiques : « On a laissé souffler l’environnement. J’espère que tout le monde a compris le message et va faire un petit effort là-dessus. »

Marie Zinck


À l'aube du déconfinement, nous avons pris de leurs nouvelles...

En France, la date du lundi 11 mai 2020 est dans tous les esprits. Les Français vont apprendre à ré-apprivoiser leur environnement extérieur, après deux longs mois de confinement.

En Europe, certains de nos voisins ont, à ce jour, une petite longueur d’avance. L’Autriche a été la première nation à assouplir ses restrictions à la mi-avril 2020, alors que le pays comptait à ce moment-là un peu plus de 14 000 cas de Covid-19. Le Danemark a suivi le mouvement en rouvrant ses écoles, dès le 15 avril 2020. L’Allemagne, la Norvège ou encore le Portugal ont, eux aussi, levé certaines règles et remis prudemment l’économie en marche.

Un délicat retour à la vie

Des pays également très touchés par la crise sanitaire leur ont emboîté le pas : depuis le 27 avril 2020 pour l’un, le 26 pour l’autre, l’Italie et l’Espagne sont entrés dans leur toute première phase de déconfinement, après une mise sous cloche extrêmement stricte.

Dans nos colonnes et sur le site de Paris-Normandie, pendant sept semaines, des Normands expatriés dans le monde entier ont raconté la situation dans leurs pays d’adoption. Des témoignages, à chaud, alors que le Covid-19 frappait chaque jour de plus belle.

À l’heure du changement, nous sommes allés prendre des nouvelles de quelques-uns d’entre eux installés en Europe. Depuis VienneRomeOslo et Madrid, ils témoignent d’un délicat retour à la vie. Et d’une nouvelle normalité à inventer.

> LIRE NOTRE ARTICLE : Déconfinement. Installés en Europe, ces expatriés normands témoignent d’un délicat retour à la vie <

En Autriche, « on sort quand même beaucoup moins »

- Aymeric Régent -

Originaire de Bernay, Aymeric Régent, 35 ans, est installé en Autriche depuis neuf ans. (Photo d'illustration PixaBay)

Originaire de Bernay, Aymeric Régent, 35 ans, est installé en Autriche depuis neuf ans. (Photo d'illustration PixaBay)

Originaire de Bernay, Aymeric Régent, 35 ans, est installé en Autriche depuis neuf ans. 

« À l’appui des chiffres qui semblent toujours aussi rassurants, le gouvernement a continué, étape par étape, à assouplir les mesures. Le week-end du 2 mai 2020, c’était la reprise des magasins autres que la grande distribution. Nous sommes dans la phase où les centres commerciaux rouvrent. Les coiffeurs aussi mais il ne doit pas y avoir plus de clients que de coiffeurs à l’intérieur.

Le 4 mai 2020 marquait, pour beaucoup d’entreprises, le début du retour graduel des salariés du home-office vers les bureaux. Chacune définit son rythme et les employeurs distribuent pour la plupart des masques.

"Il y a des tas de choses qui ne sont pas encore comme avant, mais en même temps, il n’y a pas de pression à ce que ça le devienne" estime Aymeric Régent, installé en Autriche. (Photo DR)

"Il y a des tas de choses qui ne sont pas encore comme avant, mais en même temps, il n’y a pas de pression à ce que ça le devienne" estime Aymeric Régent, installé en Autriche. (Photo DR)

Le confinement existe toujours plus ou moins dans la façon dont on interagit. On sort quand même beaucoup moins, les restaurants et les bars ne sont pas encore ouverts. Il y a encore très peu d’enfants qui sont retournés à l’école, donc les parents sont toujours tenus de travailler à distance, comme il n’y a pas de solutions pour garder les plus petits.

« Pour la première fois, on va rendre visite à ma belle-famille »

Je n’ai toujours pas repris le métro. On va une à deux fois au supermarché par semaine et on passe pas mal de commandes pour se faire livrer. Les enfants ne vont quasiment pas dans des lieux publics et on ne les a pas encore confrontés au port du masque car ils sont encore un peu petits.

Pour la première fois, ce week-end du 9 mai 2020, on va rendre visite à ma belle-famille. En Autriche, c’est la fête des Mères. C’est l’un des week-ends où les gens vont vraiment avoir une interaction avec la famille. Ils reprennent confiance... Il y a des tas de choses qui ne sont pas encore comme avant, mais en même temps, il n’y a pas de pression à ce que ça le devienne. »

Marie Zinck

À Rome, « nous sommes encore dans le doute »

- Jacqueline Lenormand -

Jacqueline Lenormand, 40 ans, a quitté Maromme il y a vingt ans, pour s’installer en Italie. (Photo d'illustration PixaBay)

Jacqueline Lenormand, 40 ans, a quitté Maromme il y a vingt ans, pour s’installer en Italie. (Photo d'illustration PixaBay)

Jacqueline Lenormand, 40 ans, a quitté Maromme il y a vingt ans, pour s’installer en Italie. 

« Depuis lundi 4 mai 2020, nous pouvons ressortir plus ou moins comme on veut, mais pas à plus de 100 km. Je suis restée en chômage technique, comme il n’y a pas de travail dans le tourisme [elle est organisatrice de voyages, NDLR], les enfants ne retourneront pas à l’école, donc pour moi, il n’y a pas beaucoup de changement. Le seul, c’est que ma belle-mère, qui est à Rome, peut nous voir sans aucun problème. Car depuis lundi, c’est autorisé de voir la famille jusqu’au sixième grade.

« Ici, les gens sont encore en train d’essayer de comprendre ce qu’on a le droit de faire. Ce n’est pas très clair » explique Jacqueline Lenormand, installée à Rome. (Photo DR)

« Ici, les gens sont encore en train d’essayer de comprendre ce qu’on a le droit de faire. Ce n’est pas très clair » explique Jacqueline Lenormand, installée à Rome. (Photo DR)

« On ne sait pas comment on va se comporter »

Les gens n’ont pas confiance envers les transports en commun, donc ils ne les prennent pas. Jeudi 7 mai 2020, mes enfants sont partis avec leur papa pour faire un tour de vélo. Mais mardi, j’ai dû insister ! Je leur ai dit qu’on pouvait sortir pour faire une balade, elles m’ont regardée en me disant "Maman, tu es folle, on n’a pas le droit de sortir, c’est dangereux !". Je n’ai pas insisté, car moi non plus, je ne suis pas confiante. Je craignais que tout le monde sorte et emmène ses enfants...

Mais cette semaine, nous sommes encore dans le doute. Après deux mois de confinement, on ne sait pas comment on va se comporter. On suit avec attention les informations pour comprendre s’il y a eu à nouveau des malades. Par rapport à la semaine dernière, je ne vois pas beaucoup plus de personnes dans la rue. Ici, les gens sont encore en train d’essayer de comprendre ce qu’on a le droit de faire. Ce n’est pas très clair. »

Marie Zinck

À Madrid, « c’est assez chaotique »

- Benjamin Bouvier -

Originaire des alentours de Bernay, Benjamin Bouvier, 35 ans, a posé ses valises il y a plus d’un an en Espagne. (Photo d'illustration PixaBay)

Originaire des alentours de Bernay, Benjamin Bouvier, 35 ans, a posé ses valises il y a plus d’un an en Espagne. (Photo d'illustration PixaBay)

Originaire des alentours de Bernay, Benjamin Bouvier, 35 ans, a posé ses valises il y a plus d’un an en Espagne. 

« Ça fait bientôt deux semaines qu’on peut sortir avec les enfants une heure par jour pour faire un tour à pied ou à vélo. Depuis le week-end du 2 mai 2020, il y a des plages horaires pour la sortie des anciens et pour faire du sport. Et à partir du week-end du 9 mai 2020, les visites familiales sont autorisées, avec des recommandations.

Mon ressenti, c’est qu’ici, c’est assez chaotique. J’ai l’impression que chaque semaine, il y a des nouvelles mesures. C’est assez compliqué de suivre ce qu’on a le droit de faire ou non. On a appris jeudi 7 mai 2020 que la garde d’enfants est autorisée, donc on peut faire venir quelqu’un chez soi.

« Le gouvernement a prévenu : si on se prend une deuxième vague, il y aura à nouveau un confinement. » précise Benjamin Bouvier, installé en Espagne. (Photo DR)

« Le gouvernement a prévenu : si on se prend une deuxième vague, il y aura à nouveau un confinement. » précise Benjamin Bouvier, installé en Espagne. (Photo DR)

« Peu de choses ont changé »

Pour moi, peu de choses ont changé depuis l’assouplissement des mesures. Ma compagne et moi sommes en télétravail et nous le restons car les enfants n’ont toujours pas école. Ils n’y retourneront sûrement pas avant septembre. Il y a beaucoup plus de monde dans les rues, mais dans l’ensemble, les gens sont quand même assez respectueux, ils restent à distance, portent des masques. Le gouvernement a prévenu : si on se prend une deuxième vague, il y aura à nouveau un confinement. »

Marie Zinck

À Oslo, « on sent bien que la vie a repris le dessus »

- Tony Gravé -

Originaire de Vernon, Tony Gravé, 35 ans, s’est installé il y a douze ans en Norvège. (Photo d'illustration PixaBay)

Originaire de Vernon, Tony Gravé, 35 ans, s’est installé il y a douze ans en Norvège. (Photo d'illustration PixaBay)

Originaire de Vernon, Tony Gravé, 35 ans, s’est installé il y a douze ans en Norvège. 

« La Norvège a encore assoupli les règles. Les bars et les lieux publics ont rouvert. Les restaurants aussi, mais il doit y avoir un mètre entre chaque client.

On sent vraiment au quotidien que le coronavirus est un peu derrière nous et que les gens ne font plus trop attention. Que la vie a repris le dessus, qu’il y a moins cette peur du Covid-19. Avant, les gens se regardaient un peu de travers, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Étant donné que le nombre de personnes contaminées a vraiment baissé, ça a contribué à apporter un peu de sérénité.

« Ce n’est pas aussi morose, triste et déserté que ça l’était il y a quelques semaines. » estime Tony Gravé, installé à Oslo. (Photo DR)

« Ce n’est pas aussi morose, triste et déserté que ça l’était il y a quelques semaines. » estime Tony Gravé, installé à Oslo. (Photo DR)

« Ce n’est pas aussi morose, triste et déserté »

Autour de moi, plein de gens sont assis en groupes. En Norvège, on n’a pas le soleil toute l’année, alors dès qu’il y en a, les gens se rencontrent. On a l’impression que les règles de distanciation sociale ne s’appliquent qu’avec les étrangers.

Le fait qu’on puisse aller boire des verres en terrasse, ça change énormément. Et avant, dans les transports en commun, il n’y avait vraiment plus personne. Maintenant, on voit qu’il y a de plus en plus de personnes qui les reprennent, qui retournent au travail. Ce n’est pas aussi morose, triste et déserté que ça l’était il y a quelques semaines. »

Marie Zinck

À Rome, « ils appellent ça un déconfinement, j'appellerais plutôt ça une reprise économique »

- Laure Vidaud -

Rome. (Photo d'illustration Adobe Stock)

Rome. (Photo d'illustration Adobe Stock)

Ebroïcienne d’origine, Laure Vidaud s’est installée à Rome, la capitale italienne, il y a vingt ans. Après deux mois de confinement extrêmement strict, son pays d’adoption retrouve tout doucement des couleurs. Et elle, de nouvelles habitudes. 

Pendant près de deux mois, Rome s’est muée en ville fantôme. Dès le 9 mars 2020, un grand silence s’est imposé dans les rues habituellement si agitées de la capitale italienne. La Botte toute entière, sévèrement touchée par la pandémie du Covid-19, a été strictement mise sous cloche.

« Je ne saurais pas dire combien de temps on a été confinés… J’ai un peu perdu le nombre de semaines », confie Laure Vidaud, 43 ans. Installée à Rome depuis vingt ans, l’Ebroïcienne d’origine a appris à vivre avec sa famille entre quatre murs, à l’ombre du virus, pendant sept semaines très exactement. « Ca s’est relativement bien passé, avoue-t-elle. Etrangement, la vie a continué son cours et on s’est adapté. Je ne dis pas que ça a été toujours facile. Dans la maison, chacun a dû trouver sa place. Mais le point positif, ajoute-t-elle, c’est que cette période est passée très vite. »

Les Italiens peuvent retrouver leur famille

Depuis le 27 avril, certains secteurs ont repris leur activité, comme le bâtiment ou encore l’automobile. Ce n’est que depuis le lundi 4 mai que d’autres mesures, liées à la vie quotidienne, ont été progressivement assouplies. Depuis une semaine par exemple, les Italiens sont désormais autorisés à sortir et à retrouver leur famille, toujours munis d’une attestation. « Ils appellent ça un déconfinement, j’appellerai plutôt ça une reprise économique, tranche Laure. Ils ont rouvert pas mal de sociétés, ainsi que les bars. »

Laure Vidaud vit à Rome depuis vingt ans. Après une semaine d'assouplissement prudent des restrictions, elle dit n'observer aucun changement dans sa vie quotidienne. (Photo : Laure Vidaud)

Laure Vidaud vit à Rome depuis vingt ans. Après une semaine d'assouplissement prudent des restrictions, elle dit n'observer aucun changement dans sa vie quotidienne. (Photo : Laure Vidaud)

Laure Vidaud vit à Rome depuis vingt ans. Après une semaine d'assouplissement prudent des restrictions, elle dit n'observer aucun changement dans sa vie quotidienne. (Photo : Laure Vidaud)

La crise a d’ailleurs momentanément stoppé la tradition du croissant-cappuccino sur le pouce, si chère aux Italiens, selon elle. Depuis quelques jours, les habitants n’ont pu retrouver qu’une partie de cette habitude. « Nous pouvons rentrer un par un dans le bar. On paye, on prend le cappuccino qu’on nous donne dans une tasse jetable et on le boit dehors », explique la Normande.

Si elle dit sortir chaque jour pour prendre son café et surtout « faire repartir l’économie italienne » à son échelle, Laure note que d’autres ne sont pas encore prêts à faire face à cette nouvelle normalité. « Des amis m’ont dit qu’ils n’y retourneraient pas de suite, que c’est glauque. » Et puis, « ici, ce n’est pas New York ! Les Italiens ne prennent pas le café à emporter et ne le boivent pas dans la rue. Le café, c’est tout un art. Si on leur sert le cappuccino dans une tasse en carton, c’est niet ! »

« Plein de gens sont terrorisés par le virus »

Malgré cette semi-liberté retrouvée, Laure n’a pas observé de grands changements dans son quotidien. Employée dans une Organisation des Nations-Unies, pour elle le télétravail est toujours de rigueur et le restera jusqu’à la fin du mois de mai. Ses deux enfants, eux, continuent l’école en ligne, comme depuis le début du confinement. Seule variante : la famille sort dorénavant tous les jours pour prendre l’air, à pied ou à vélo.

« Mes enfants sont devenus un peu fainéants, affirme Laure. La première fois qu’ils sont sortis, au bout de dix minutes de vélo, ils étaient crevés. Ils ont perdu l’habitude de se bouger. » Pour l’expatriée, la crise sanitaire et l’isolement auront de réelles répercussions sur la population. « Une maman m’a dit que son fils s’est complètement renfermé sur lui-même. Et ma voisine n’est pas encore ressortie. Il y en a plein qui sont terrorisés par ce virus et qui attendent de voir ce qu’il va se passer avant de remettre un pied dehors. »

A l’heure où les citoyens sont appelés à prendre un nouveau rythme dicté par la sacro-sainte distanciation sociale, sous peine de voir la courbe des contaminations se redresser, l'Euroise émet des craintes pour l’avenir. « J’ai été impressionnée par les capacités de chacun à s’adapter à une situation aussi bouleversante, retrace-t-elle. Mais avec du recul, je pense que plus tard, il va y avoir des retombées psychologiques. »

Marie Zinck

À Lisbonne, « le déconfinement ne change pas grand-chose au quotidien »

- Hugo Vela -

(Photo d'illustration : Pixabay)

(Photo d'illustration : Pixabay)

Depuis un an et demi, le Rouennais Hugo Vela est installé à Lisbonne, au Portugal, dans le cadre de ses études de médecine. Après six semaines de confinement, son pays d’expatriation a assoupli les mesures. Lui, dit continuer à vivre au jour le jour. 

Contrairement à l’Espagne, son voisin direct, ou bien même à l’Italie et la France, le Portugal a relativement été épargné par la pandémie de Covid-19. À ce jour (mardi 12 mai 2020), près de 28 000 cas ont été comptabilisés, ainsi qu’un peu plus de 1 100 morts. « Le plus gros avantage du Portugal c’est qu’il n’a qu’une seule frontière. Et le gouvernement a pu prendre exemple sur les autres pays européens », tente d’expliquer Hugo Vela, 22 ans.

Installé à Lisbonne depuis un an et demi, le Rouennais d’origine suit des études de médecine dentaire. Depuis l’annonce de l’état d’urgence, le 19 mars dernier, le jeune homme est confiné aux côtés de son colocataire français, qui n'est autre que son meilleur ami. « On n’avait pas besoin d'autorisation de sortie comme en France », précise Hugo, qui décrit une période d’isolation très respectée mais moins stricte qu’ailleurs. « Juste durant le week-end de Pâques, qui est très important ici, nous avons été obligés de rester dans notre quartier, pour éviter les réunions de famille. »

Rouennais d'origine, Hugo Vela s'est installé il y a un an et demi à Lisbonne, pour suivre ses études de médecine. (Photo : D.R)

Rouennais d'origine, Hugo Vela s'est installé il y a un an et demi à Lisbonne, pour suivre ses études de médecine. (Photo : D.R)

Un assouplissement très progressif des mesures

Depuis le dimanche 3 mai, après six semaines de restrictions, le pays est entré dans sa première phase de déconfinement. Comme ailleurs, la distanciation sociale et le port du masque sont de rigueur. Les petits commerces de rue ont rouvert, tout comme les salons de coiffure ou encore les concessionnaires automobiles. Pour Hugo, qui suit ses cours à distance depuis près de deux mois, cet assouplissement des mesures n’a que peu d'importance.

« Ça ne change pas grand-chose au quotidien, dit-il. Les raisons qui font que je sors, c’est pour aller en cours ou bien visiter des choses et aller dans des bars. Et c’est fermé. Donc je reste chez moi et je sors pour faire les courses. » Normalement, à la fin du mois de mai, l’étudiant devrait retourner à l’université. « Vu qu’on a besoin de pas mal de pratique, nous sommes obligés d’aller à la fac. C’est un peu l'inconvénient de notre filière ! On reprendra les cours par petits groupes, la faculté va nous fournir du matériel pour respecter la distanciation sociale, mais je ne sais pas trop comment ils vont gérer ça », avoue-t-il. 

« Tout est flou »

Depuis quelques jours, les rues de Lisbonne commencent à reprendre tout doucement vie. « J’ai des amies qui sont allées faire du shopping, elles ont craqué », raconte l’expatrié. Pourtant, selon lui, la ville ne connaît pas d’affluence. « Les gens doivent être dans le même état d’esprit que moi. Ils n’ont pas encore vraiment de raison de sortir. La population est assez vieille ici, donc les gens ont peur », constate-t-il.

À l’heure où les Portugais tentent tant bien que mal de retrouver des habitudes oubliées, Hugo se méfie quant à lui d’une seconde vague qui pourrait encore frapper le pays. « Peu de monde a été infecté et c’est un peu le souci. Pour que l'on puisse vraiment s’en sortir, il faut une immunité collective », estime le Normand. Pour le moment, depuis son appartement, Hugo se laisse « bercer par les mails » de sa faculté. « Tout est flou, admet-il. Donc on a arrêté de faire des prévisionnels et on fait en mode “Carpe Diem”. »

Marie Zinck

À Barcelone, « à partir du moment où l’on a parlé de déconfinement, les gens se sont dit que c’était fini »

- Ambre Monchâtre -

(Photo d'illustration : Pixabay)

(Photo d'illustration : Pixabay)

Native du Havre, Ambre Monchâtre s’est installée il y a un an et demi à Barcelone, au nord de l’Espagne. Après sept semaines de confinement très sévère, quelques mesures sont aujourd’hui assouplies. La jeune femme a désormais le plaisir de redécouvrir son quartier. 

« Ça fait du bien de ne pas s’imposer d’aller faire ses courses qu’une seule fois par semaine et de ne pas culpabiliser si on a oublié quelque chose, sourit Ambre Montchâtre, 26 ans. Ça rend la vie quand même plus facile ! »

Installée à Barcelone depuis un an et demi, la Havraise d’origine voit l’Espagne sortir tout doucement de sa léthargie, qui s’est imposée dans la lutte contre la propagation du Covid-19. Avec plus de 228 000 cas et près de 27 000 morts, l’Espagne reste à ce jour le deuxième pays le plus touché par la pandémie, après les États-Unis.

Une situation telle que les autorités ont pris la décision de mettre le pays sous cloche et de limiter très sévèrement les libertés individuelles. « C’était beaucoup plus strict qu’en France car nous n’avions pas le droit de sortir une heure par jour pour une balade », explique Ambre. 

Originaire du Havre, Ambre Monchâtre est installée à Barcelone depuis un an et demi. Consultante en expertise comptable pour un cabinet d’audit, elle est aujourd'hui toujours en télétravail. (Photo : DR)

Originaire du Havre, Ambre Monchâtre est installée à Barcelone depuis un an et demi. Consultante en expertise comptable pour un cabinet d’audit, elle est aujourd'hui toujours en télétravail. (Photo : DR)

« Je peux prendre mon temps »

Depuis le 26 avril et après six semaines d’isolement, certaines mesures ont été assouplies. « Les gens ont eu le droit de se promener avec les enfants, précise la jeune femme. Et depuis le samedi 2 mai, nous avons le droit de sortir une heure par jour pour marcher, dans la limite d’un kilomètre autour de chez nous et de faire du sport, sans limite de distance », se réjouit-elle.

Des libertés, très simples en apparence, mais presque oubliées pendant cette longue période de crise. « Aller se promener, flâner, redécouvrir un peu les rues autour de chez soi… énumère Ambre. Je peux prendre mon temps, sans avoir peur que la police ne passe et me dise que je dois rentrer chez moi. Croiser potentiellement des gens que l’on connaît dans la rue, c’est la plus belle chose du monde ! Ça fait vraiment du bien », confie-t-elle.

Lundi 11 mai, le pays est entré dans sa phase 1 du déconfinement. Certains commerces ont rouvert leurs portes, comme les terrasses et les musées, en limitant les capacités d’accueil. Cependant, Barcelone et Madrid, villes les plus touchées par le virus, ne sont pas encore concernées. Ambre devra donc encore patienter. 

Cap sur une « nouvelle normalité »

Si les Barcelonais peuvent tout de même retrouver le plaisir de goûter à l’air extérieur, ils doivent toujours respecter certaines règles. Pour désengorger la ville et ainsi respecter au mieux la distanciation sociale, les balades sont soumises à des créneaux horaires, selon la catégorie d’âge.

Ambre, elle-même pas toujours disciplinée à l'heure de suivre ces mesures, dit avoir été témoin de quelques écarts. « J’ai vu plusieurs personnes qui se sont retrouvées en se faisant la bise, s’offusque-t-elle. À partir du moment où l’on a parlé de déconfinement, les gens se sont dit que c’était fini et ont commencé à relâcher un peu la pression. Les personnes les plus sérieuses sont les personnes âgées, car elles ont conscience d'être les plus à risques. » La Normande, elle, reste prudente.

Pour l’instant, Ambre poursuit le télétravail et ne sort pas tous les jours, « même si j’en ai le droit », souligne-t-elle. « Ce n’est pas derrière nous pour l’instant. Le gouvernement a quand même pris des pincettes en disant que fin juin, ce sera le retour à la “nouvelle normalité”. Je pense que même eux ne savent pas ce que ça veut dire, parce que ça dépendra de la tournure que ça prendra et s’il y a un vaccin », estime l’expatriée. Et de conclure : « Les gens doivent être individuellement très responsables. C’est important que tout le monde fasse des efforts ; comme ça, on s’en sortira plus vite et avec moins de dégâts. »

Marie Zinck

À Tallinn, « nous sommes dans une responsabilisation individuelle »

- Jean-Reynald Vivien-Gayout de Falco -

Tallinn, en Estonie. (Photo d'illustration Pixabay)

Tallinn, en Estonie. (Photo d'illustration Pixabay)

Tallinn, en Estonie. (Photo d'illustration Pixabay)

Originaire de Bayeux, dans le Calvados, Jean-Reynald Vivien-Gayout de Falco a rejoint sa femme à Tallinn, la capitale de l’Estonie, le 13 mars 2020. Toujours sur place aujourd'hui, il a d’abord vécu l’isolement, puis la reprise des activités économiques et surtout, la naissance de son fils. 

Depuis la fenêtre du café où il est assis, Jean-Reynald Vivien-Gayout de Falco, 36 ans, constate qu’un salon de coiffure ou encore un restaurant indien a rouvert ses portes. « Depuis une semaine et demi, on commence à voir de plus en plus d’endroits qui rouvrent », commente-t-il. Originaire de Bayeux, dans le Calvados, Jean-Reynald est arrivé à Tallinn, la capitale estonienne, le 13 mars dernier, pour y rejoindre sa femme. « Nous avons un bien ici et un en France », raconte-t-il, précisant vivre entre les deux pays. 

Une faible densité de population

Avec près de 1 800 cas et 61 morts au jeudi 14 mai, il faut dire que l’Estonie a quelque peu été épargnée par la vague du Covid-19 qui a déferlé sur l’Europe entière. Une situation que Jean-Reynald tente d’expliquer, notamment par le faible nombre d’habitants : « En ordre de grandeur, le pays est plus grand que la Belgique. Mais sa population est divisée par dix. Ils sont 11 millions et nous sommes un peu plus d’un million d’habitants. On a une densité de population qui passe de 300 à 29 habitants par kilomètre carré, affirme-t-il. C’est très bien, mais ça peut être parfois trop tranquille. »

Le Normand Jean-Reynald Vivien-Gayout de Falco a rejoint sa femme en Estonie à la mi-mars. (Photo J-R Vivien-Gayout de Falco)

Le Normand Jean-Reynald Vivien-Gayout de Falco a rejoint sa femme en Estonie à la mi-mars. (Photo J-R Vivien-Gayout de Falco)

Le Normand Jean-Reynald Vivien-Gayout de Falco a rejoint sa femme en Estonie à la mi-mars. (Photo J-R Vivien-Gayout de Falco)

Même si la situation est sous contrôle, dans ce pays du nord-est de l’Europe, encerclé par la Lettonie, la Russie et la Finlande, l’état d’urgence, déclaré le 12 mars, reste en vigueur jusqu’au 17 mai. Pas d’attestation de sortie ni de confinement imposé depuis le début de la crise, mais « une responsabilisation individuelle » qui se poursuit, selon Jean-Reynald. « Le gouvernement n’a pas mis en place de mesure extrême comme en Europe de l’Ouest. Mais nous ne sommes pas la Suède non plus (qui a misé sur l’immunité collective, NDLR). Les regroupements de plus de trois personnes étaient interdits. Et il y a 10 % de restaurants et de bars qui sont restés ouverts à Tallinn », relate le Calvadosien. 

Revoir du monde « de manière réduite »

Depuis deux mois, alors qu’il devait initialement rentrer en France le 22 mars, Jean-Reynald s’adapte au mieux. Employé dans une entreprise de cybersécurité française, il suit la mode du télétravail, depuis l’Estonie. Un bel événement, cette fois, est aussi venu bouleverser son quotidien : la naissance de son fils à Tallinn, le 29 mars. Malheureusement, les précautions sanitaires ne lui ont pas permis d’assister à l’accouchement, à son grand regret. 

Le couple, d’abord isolé, a recommencé à revoir du monde « de manière réduite ». Depuis quelques jours, les mesures mises en place pour lutter contre la propagation du Covid-19 ont été assouplies. Et selon les dires de l'expatrié provisoire, les musées devraient même rouvrir leurs portes d’ici la fin de cette deuxième semaine du mois de mai. Pour les Estoniens, la vie reprend tout doucement des couleurs, même si les rues de la capitale n’attirent pas encore les foules.

« Ici, dans les centres-villes, il n’y a pas grand monde, car les habitants sont plus dans la forêt. On est dans une autre sphère. Les Estoniens sont très nature. Entre un événement mondain et une balade dans la forêt, il n’y a pas photo : ils vont choisir la forêt », note le Normand. Tallinn, habituellement animée par les touristes de passage, doit pour le moment encore faire sans.

Marie Zinck

À Berlin, le retour à la normale prouve qu’il est l’heure de « vivre avec le Covid-19 »

- Marie Zinck -

Tallinn, en Estonie. (Photo d'illustration Pixabay)

(Photo : Marie Zinck)

(Photo : Marie Zinck)

Correspondante de Paris-Normandie depuis Berlin, en Allemagne, j’ai vu la crise sanitaire s’abattre sur le pays, si souvent cité à titre d’exemple. À l’heure de la levée de la quasi-totalité des restrictions, je suis également spectatrice d’un retour à la normale précipité et d’une liberté que les Berlinois se sont empressés de retrouver. 

Pour la première fois cette année, la date historique du 8 mai est décrétée fériée dans la région de Berlin. Tôt le matin, les rayons chauds du soleil qui transpercent ma fenêtre laissent déjà présager une belle journée estivale. Tiraillée entre la peur de me mettre en danger et la volonté de retrouver un semblant de normalité, je prends tout de même la décision d’aller m’offrir le premier cornet de glace de l’année.

On m’avait prévenue : en général, les Allemands raffolent de ces gourmandises sucrées. Les files d’attente de plusieurs mètres en témoignent. Des couples, des amis, des jeunes parents et des tas de bambins excités attendent patiemment leur tour. Difficile de réaliser que le pays est parmi les plus touchés par la pandémie du Covid-19, qui sévit dans le monde depuis plusieurs mois. À deux exceptions près : chacun respecte au moins un mètre de distance et le cornet de glace nous est tendu sur le pas de la porte. Interdiction de s’agglutiner dans le local.

Depuis les premières mesures de déconfinement, le masque est devenu obligatoire dans les transports en commun berlinois comme dans les boutiques ou encore les supermarchés. (Photo : Marie Zinck)

Depuis les premières mesures de déconfinement, le masque est devenu obligatoire dans les transports en commun berlinois comme dans les boutiques ou encore les supermarchés. (Photo : Marie Zinck)

À quelques blocs d'immeubles de là, je distingue une foule compacte sur l’herbe verte du parc de la place Boxhagener. Dans ce quartier branché et « bobo », je crois, naïvement et très surprise, à un énorme rassemblement d’adeptes de yoga en plein air. Il n’en est rien. Ce sont des familles ou des groupes d’amis, bières à la main, assis en tailleur, profitant d'une journée ensoleillée comme la ville en a peu connue depuis que l’hiver a plié bagage. Certains ont déployé une nappe à même le sol pour y pique-niquer, d’autres papotent et font généreusement partager leur musique.

Alors qu’il y a encore quelques minutes, je ressentais une pointe de culpabilité en osant mettre mon nez dehors sans impératif, une évidence me saute aux yeux. À Berlin, dans l’imaginaire collectif, le virus semble bien loin. Ou alors, c’est une manière bien singulière de montrer qu’il est l’heure « de vivre avec le Covid-19 »

Une gestion de crise saluée

Dès le début, l’Allemagne s’est distinguée dans sa gestion de crise. À Berlin, il n’a jamais été réellement question de confinement imposé. La chancelière Angela Merkel a très régulièrement appelé à la responsabilisation des citoyens, en les invitant très fortement à rester chez eux et à respecter les gestes barrières.

Puisque je louchais quotidiennement sur la situation en France, pour ma part, l’isolement allait de soi. Avec plus de 174 000 cas de Covid-19 et près de 8 000 morts (contre plus de 178 000 cas et 27 500 morts en France), mon pays d’adoption est cependant régulièrement cité à titre d’exemple : anticipation, communication et dépistages massifs ont été loués sur place comme à l'étranger.

Le 20 avril 2020, l’Allemagne a été l’un des premiers pays à lever certaines restrictions et à entamer sa première phase de déconfinement. À l’heure actuelle, peu de mesures restrictives sont encore en vigueur. Les coiffeurs, les lieux de culte, les aires de jeux et même les écoles ont rouvert leurs portes. Les restaurants ont levé le rideau dans le région de Mecklembourg depuis le samedi 9 mai, ceux de la capitale ont fait de même dès le 15 mai. La distanciation sociale doit être respectée et le port du masque est obligatoire, notamment dans les transports.

À chaque fois que je mets le pied dehors, cette armée d’hommes et de femmes masqués me donnent d’ailleurs la désagréable impression de flâner dans un monde post-apocalyptique. 

Des citoyens assoiffés de libertés

Alors que les Allemands profitent paisiblement des beaux jours, comme durant le 8 mai, les premiers couacs sont apparus. Il y a très peu de temps, de nouveaux foyers de contamination ont été enregistrés dans le pays. Le gouvernement a même fait savoir qu’un reconfinement à l’échelle locale serait fort probable. Une seconde vague se dirige-t-elle droit sur nous ? Il est peut-être encore trop tôt pour le dire.

Pour ma part, la prudence reste de mise. À vrai dire, je vis au même rythme que la France, qui vient tout juste de sortir de sa léthargie. D’ailleurs, je suis de ces expatriés qui trouvent que, malgré la gestion exemplaire de l’Allemagne, cette levée des restrictions est apparue bien trop vite. Pourtant, ici, certains sont loin d’être du même avis et souhaitent que le retour à la normale soit encore plus rapide qu’il ne l’est déjà. Il y a quelques jours, j’étais effarée de découvrir sur les réseaux sociaux l’existence de manifestations contre les règles imposées, aux quatre coins de l’Allemagne. Ils étaient des milliers à se rassembler pour dire « non » aux quelques mesures sanitaires encore en vigueur.

Lorsque je suis partie m’expatrier dans la capitale, on m’avait dépeint des citoyens extrêmement disciplinés. La crise sanitaire les a peut-être transformés, ou alors révélés. Car je les trouve surtout assoiffés de libertés.

Marie Zinck

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Grand format réalisé par la rédaction de Paris-Normandie