Crise du coronavirus dans le monde
(2/3)

Des Normands expatriés témoignent (la suite)

Photo d'illustration : Costa Rica (A.B)

Photo d'illustration : Costa Rica (A.B)

Loin de leur Normandie natale, ils témoignent depuis leur pays d’adoption de la manière dont ils vivent la crise mondiale du coronavirus.

Retrouvez la première partie de notre grand format par ici et si ces témoignages vous intéressent, ne manquez pas non plus la troisième partie !


Si vous êtes Normand et expatrié, rejoignez notre communauté sur le groupe Facebook Normand'ailleurs !

Ne manquez pas par ailleurs notre série de podcasts, dédié aux Normands installés à l'étranger :

« Nous aurions un mois d’avance » en Guyane

- Jean-Baptiste Caron -

Outre-Mer. Installé avec sa famille à Cayenne, le Normand Jean-Baptiste Caron vit la crise du Covid-19 avec une certaine sérénité. Tant que la situation est sous contrôle.

Rien qu’au téléphone, c’est un voyage. Avec les chants des oiseaux qui résonnent, l’espace d’un instant, on se croirait presque dans la cité Zéphir où réside Jean-Baptiste Caron, profitant du ciel bleu et des 30 °C cayennais. « Et là, au moment où je vous parle, il y a deux singes qui jouent dans un arbre et des papillons magnifiques qui volettent », s’amuse le pharmacien originaire de Rouen, installé en Guyane depuis un peu plus d’un an maintenant.

Là-bas aussi, le confinement est de rigueur. Mais, de par son métier, Jean-Baptiste continue de travailler. Sa femme, sage-femme, reste à l’appartement avec leurs deux enfants de 7 et 3 ans. Pourtant, la situation paraît plus calme qu’en métropole.

Pour le pharmacien originaire de Rouen, Jean-Baptiste Caron, le travail continue en Guyane, où il est installé. (Photo : D.R)

Pour le pharmacien originaire de Rouen, Jean-Baptiste Caron, le travail continue en Guyane, où il est installé. (Photo : D.R)

Au moment de l’échange, la Guyane ne comptait « que » 51 cas de Covid-19 et quinze guérisons. Aucun patient en réanimation. Et, mieux encore, aucun décès. « Lorsque le confinement a été déclaré, nous ne comptions que quatre cas », rappelle Jean-Baptiste, sur le point de rejoindre la pharmacie « Loe-Mi », où il travaille.

« On sent une inquiétude des clients »

Pourquoi une propagation si contenue ? Le docteur en pharmacie se montre très prudent : « Pour certains, le climat chaud et humide pourrait limiter la propagation. C’est aussi une région du monde peu desservie puisque l’aéroport, aujourd’hui inactif, n’accueillait que des avions de Paris, de Miami et du Brésil. » Et si la situation était sous contrôle, c’était pour le plus grand soulagement des pouvoirs publics, « surtout qu’il y a six semaines, c’était le carnaval avec tout le monde dans les rues ! »

Un événement qui aurait pu faire basculer le territoire dans une crise bien plus grave. Car les infrastructures ne sont pas les mêmes qu’en métropole avec peu d’hôpitaux qui, malgré le renfort des cliniques privées, pourraient rapidement se retrouver saturés. « On sent quand même une inquiétude des clients qui viennent à la pharmacie. Ils nous voient avec des masques chirurgicaux et ne comprennent pas pourquoi eux n’en ont pas », explique Jean-Baptiste. D’ailleurs, les masques FFP2, ils en ont reçu très peu : « Dix-huit, que nous avons donné à six médecins », continue Jean-Baptiste. Du côté du gel hydroalcoolique, les stocks étaient en berne. Et la chloroquine commençait à être de plus en plus réclamée.

Passage au stade 2

Depuis notre entretien, la présence du Covid-19 s’est accentuée. « La Guyane est passée en stade 2, le 4 avril », indique Jean-Baptiste, joint à nouveau ce week-end. Les lits de réanimation jusqu’alors vides ont accueilli un premier patient. Pis encore, une personne que côtoie le Normand dans le cadre de ses obligations professionnelles a été contrôlée positive au Covid. « Moi, je n’ai pas de fièvre, mais j’ai quelques symptômes. J’ai été testé en urgence, je dois avoir les résultats rapidement », indique-t-il.

Il croise tout de même les doigts pour que le confinement soit levé avant le grand ballet des tortues luth sur les plages. Un spectacle fascinant, dont il espère pouvoir faire profiter ses enfants : « C’est un événement magnifique ! ». Croisons les doigts avec lui, l’arrivée des reptiles à carapace est attendue en juillet...

En attendant, il reste sur le pont tant que la santé lui permet. « Et il n’y a pas que le coronavirus. Je rappelle aussi que les femmes victimes de violences conjugales peuvent aussi se rapprocher de nous ! ». Un message pas si anodin en ces temps de confinement.

Anthony Quindroit

« En Espagne, ce qui nous fait peur, ce sont les conséquences économiques de la crise »

- Benjamin Bouvier -

(Photo d'illustration : Pixabay)

(Photo d'illustration : Pixabay)

Originaire des alentours de Bernay, Benjamin Bouvier a posé ses valises il y a plus d’un an à Madrid, en Espagne. Dans son nouveau pays d’expatriation, aux côtés de sa famille, il s’inquiète de la crise économique qui pourrait succéder à celle du Covid-19.

Cloîtré dans la ville de Villaviciosa-de-Odon, en banlieue madrilène, Benjamin Bouvier relativise. « On s’est installés à l’extérieur pour avoir une maison avec un jardin et je crois qu’on a bien fait ! », note avec du recul le jeune homme de 35 ans. Originaire de Saint-Aubin-le-Vertueux, près de Bernay, Benjamin a posé ses valises il y a un peu plus d’un an en Espagne, aux côtés de sa femme et de ses deux fils, après une expatriation en Angleterre et en Allemagne.

Ingénieur pour la société Airbus, le Normand a, comme beaucoup de parents dans le monde, appris à jongler entre le télétravail et les devoirs à la maison. « On était un petit peu habitués, car je leur faisais déjà le cours de langue française à la maison avec le CNED. Mais là, avec le travail, les devoirs, les vidéoconférences avec les profs… c’est dur à gérer », affirme-t-il, alors qu’il entame sa quatrième semaine de confinement.

Originaire de Bernay, Benjamin Bouvier s'est installé il y a un peu plus d'un an en Espagne. Ici, avec ses enfants et ses parents normands venus lui rendre visite avant la crise. (Photo : DR)

Originaire de Bernay, Benjamin Bouvier s'est installé il y a un peu plus d'un an en Espagne. Ici, avec ses enfants et ses parents normands venus lui rendre visite avant la crise. (Photo : DR)

« Je trouve les gens très respectueux des consignes »

Avec plus de 140 500 cas et près de 14 000 morts mardi 7 avril 2020, l’Espagne est le deuxième pays au monde le plus touché par la pandémie du Covid-19. Des premières mesures ont été prises il y a déjà quelques semaines pour limiter la propagation du virus, comme la fermeture des écoles. Le 14 mars dernier, le gouvernement a décrété l’état d’urgence national et le pays a été mis sous cloche, au moins jusqu’au 25 avril.

« Le soir même de l’annonce, ça a été la razzia dans les supermarchés, comme dans tous les autres pays. À 22 heures, les magasins étaient à moitié vides », raconte Benjamin. Tous les lieux jugés « non essentiels » ont également fermé leurs portes. C’est notamment le cas des restaurants, des bars ou encore des lieux culturels. Mais à Madrid, à la différence de la France, aucune attestation de sortie n’est nécessaire. « Je trouve les gens très respectueux des consignes, souligne Benjamin. Comme partout, il y a de la psychose aussi, peut-être moins maintenant parce qu’on s’est habitués. Il y a presque un mois, juste avant d’être en télétravail, j’étais à la cantine de mon entreprise et quelqu’un s’est mis à me crier dessus parce que j’avais à peine frôlé son plateau…», se souvient-il.

« Aujourd’hui, il y a moins de moyens pour l’hôpital public »

Lundi 30 mars, le gouvernement est monté d’un cran dans le durcissement des mesures en décrétant l’arrêt de toutes les industries non-essentielles. Et ce, jusqu’au 9 avril au minimum. « Pour être franc, nous sommes beaucoup plus concernés par les conséquences économiques que va avoir la crise, que par la maladie elle-même, confie le père de famille. Ça va être très dur pour toutes les petites entreprises et on voit que même des grosses entreprises sont très fortement perturbées. »

Dans le milieu de la santé aussi, le constat est alarmant. « Après la crise de 2008, il y a eu beaucoup de coupes dans les budgets publics. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a moins de moyens pour l’hôpital public. » En effet, depuis l’explosion des cas en Espagne, les hôpitaux sont saturés. La nation manque cruellement de tests, de masques et de respirateurs. Benjamin s’interroge, mi-optimiste, mi-anxieux : « Je pense que l’Espagne pourra se relever de cette crise, mais dans combien de temps ? Et dans quelles conditions ? »

Marie Zinck

Depuis le Canada, « les États-Unis sont notre plus grande crainte »

- Élodie Rivest -

(Photo d'illustration : Amandine Briand / Paris-Normandie)

(Photo d'illustration : Amandine Briand / Paris-Normandie)

Fécampoise d’origine, Élodie Rivest a quitté la Normandie il y a huit ans pour s’installer dans la ville de Québec, au Canada. Confinée avec sa famille, elle raconte une crise plus ou moins maîtrisée mais qui inquiète, sur fond de tensions sociales naissantes. 

Si les beaux jours peuvent rendre le confinement d’autant plus compliqué, au Canada, la météo ne pousse pas forcément Élodie Rivest à l’extérieur. « Les premières semaines, on sortait encore un peu. Mais là, on ne fait vraiment plus rien. Et comme c’est le dégel, la neige devient gadoueuse… ce n’est plus très agréable d’aller se promener », raconte la Fécampoise d’origine, âgée de 45 ans.

Il y a huit ans, Élodie a quitté la Normandie pour s’établir dans la ville de Québec, dont elle est tombée amoureuse. Aujourd’hui installée « en banlieue et proche de la forêt », cette secrétaire médicale, actuellement à l’arrêt, vit aux côtés de son mari et de son fils âgé de 6 ans. « Ce n’est pas interdit de sortir se promener, mais il ne faut pas s’approcher des autres. On se dit bonjour, on parle avec nos voisins de loin », relate Élodie. 

La Fécampoise Elodie Rivest est installée à Québec depuis huit ans. Ici, avec son fils, prénommé Normand. (Photo : D.R)

La Fécampoise Elodie Rivest est installée à Québec depuis huit ans. Ici, avec son fils, prénommé Normand. (Photo : D.R)

Le Québec durement touché

En plus des mesures de distanciation sociale, le Canada a surtout demandé à ses citoyens de rester chez eux, pour lutter contre la propagation du Covid-19. Les écoles sont fermées, tout comme les commerces non essentiels. « On peut faire les courses une fois par semaine et on n'a pas le droit de sortir à plus d’une personne », témoigne Élodie.

À ce jour, la province de Québec compte le plus grand nombre de cas au Canada. Au total, mercredi 8 avril 2020, environ 18 000 cas ont été recensés dans le pays, dont près de 10 000 rien qu’au Québec. Un chiffre qu’Élodie justifie par de nombreux tests pratiqués, notamment sous forme de “drive”. Si la Normande trouve ses concitoyens bien plus « disciplinés » qu’en France, elle sait pourtant que certains ne respectent pas assez bien les mesures. « Ici, il y a un numéro de téléphone pour dénoncer son voisin à la police, révèle-t-elle. Le Premier ministre lui-même dit qu’il ne faut pas hésiter à dénoncer si on voit, par exemple, des rassemblements. »

La situation crée même, selon la jeune maman, de vraies « tensions sociales ». « Les gens ont peur. J’ai une amie qui m’a dit que son voisin commence à péter les plombs. Il crie sur les gens “rentrez chez vous, ne sortez pas !” Mon médecin me disait récemment qu’elle avait des personnes qui l'appelaient pour dépression. Certains sont vraiment en train de craquer », regrette-t-elle. 

« Au Canada, on a besoin de toute cette immigration »

Et si le Canada n’était qu’au début de la pandémie ? C’est ce qu’ Élodie redoute. Pour elle, la prochaine vague vient tout droit du pays voisin. « D’abord la Chine, ensuite l’Europe, puis le virus est arrivé aux États-Unis. Donc on devrait être les prochains. Les États-Unis sont notre plus grande crainte. »

Elle s'explique : « Là-bas, les illégaux ne peuvent pas se faire soigner. Et s’ils se contaminent les uns les autres, ça peut durer longtemps. » La Fécampoise craint en fait de nouveaux cas importés : « Au Canada, on a besoin de toute cette immigration, notamment l’été, pour travailler dans les champs. Et il y en a plein qui sont aux États-Unis et qui traversent le pays. »

En effet, selon le Journal de Montréal, environ 60 000 travailleurs sud-américains temporaires viennent œuvrer dans le secteur agroalimentaire chaque année au Canada, dont 16 000 au Québec. Le gouvernement a alors récemment annoncé que ces derniers devront s’isoler pendant 14 jours, une fois arrivés en terre canadienne. De quoi réduire, un peu, certaines angoisses.

Marie Zinck

En Californie, le soleil brille sur la plage abandonnée

- Matthieu -

Ambiance déserte sur Venice Beach. (Photo : Matthieu)

Ambiance déserte sur Venice Beach. (Photo : Matthieu)

Direction Los Angeles, en Californie, avec Matthieu, originaire de Percy-en-Normandie, dans le Centre-Manche, ingénieur aérospatial à Los Angeles.

Voilà près de trois semaines que les autorités californiennes ont placé Los Angeles et l'ensemble de l'État en confinement, avec ordre de cesser toutes les activités « non essentielles » et d'éviter autant que possible tout déplacement.

« Le fonctionnement fédéral des États-Unis fait que chaque comté ou chaque État peut adopter un décret concernant sa zone. À Los Angeles, certaines crèches continuent à fonctionner pour accueillir les enfants des travailleurs essentiels, comme les soignants par exemple. C’est le cas de la structure où notre fille va habituellement. Mais avec mon épouse, on a préféré ne pas prendre de risques et on la garde à la maison. Nous sommes tous deux en télétravail », explique Matthieu, jeune ingénieur aérospatial normand, établi à Los Angeles depuis peu, après avoir passé de longues années sur la côte est des États-Unis, à Washington.

Los Angeles, vue depuis le Griffith Observatory. (Photo : Matthieu)

Los Angeles, vue depuis le Griffith Observatory. (Photo : Matthieu)

Des quartiers entiers désertés

Désertée, la plage de Venice, où Matthieu et les siens aiment à flâner habituellement… « Ils ont interdit il y a déjà quelques semaines l’accès à la plage, précise-t-il, car de trop nombreuses personnes continuaient de s’y rendre. » Idem pour le quartier de Mar Vista et les rues de Santa Monica où réside le Normand depuis octobre.

Quand le jeune homme croise des gens dans la rue, les rares fois où il prend l’air avec sa fille de bientôt deux ans, « ils portent souvent des masques et encore plus souvent des gants. »

Dans le quartier de Mar Vista, on ne croise plus grand monde. (Photo : Matthieu)

Dans le quartier de Mar Vista, on ne croise plus grand monde. (Photo : Matthieu)

« Le plus problématique aux États-Unis, c’est sans doute à New York, estime le Manchois de 32 ans. À Los Angeles, la ville est plus étalée et il y a moins de transports en commun. Les gens se déplacent plutôt en voiture », rappelle-t-il. Vu la situation, les coups de fil que Matthieu passe vers sa Manche natale sont deux fois plus nombreux que d’habitude… « En général, j’appelle ma mère tous les week-ends via WhatsApp ou Google Hangout, et puis aussi mon père et mon frère qui est médecin en région parisienne, je prends d’autant plus de nouvelles d’eux en ce moment », confie naturellement Matthieu.

En attendant, « on est bien content d’avoir un jardin où notre fille peut jouer. Avant, à Washington, on était en appartement », se rappelle l’ingénieur aérospatial. « Et puis, en mars, à Washington ce n’est pas le même climat ! »

Caroline Gaujard-Larson

En Australie, « je ne me sens pas du tout en danger »

- Chloé Laillé -

Complètement isolée, Chloé Laillé vit également à la ferme, avec une quinzaine de collègues. (Photo : Chloé Laillé)

Complètement isolée, Chloé Laillé vit également à la ferme, avec une quinzaine de collègues. (Photo : Chloé Laillé)

Partie à l’aventure en Australie il y a près d’un an et demi, la Manchoise Chloé Laillé, 26 ans, travaille aujourd’hui dans une ferme laitière, au sud-ouest du pays. Complètement isolée, elle se sent à l’abri de la crise du Covid-19, qui frappe actuellement la planète entière.

A l’heure où chacun se méfie de tout contact avec autrui, dans son quotidien, Chloé Laillé voit les choses d’un autre œil. Il y a près d’un an et demi, la jeune Manchoise de 26 ans, originaire d’un village près de Flamanville, est partie à l’aventure à l’autre bout du monde : en Australie.

Son diplôme d’ingénieur en génie chimique en poche, elle s’est envolée pour l’Océanie dans le cadre d’un Permis Vacances-Travail (PVT). « Je n’avais pas prévu de rester aussi longtemps. Mais l’Australie, c’est tellement grand que je n’ai pas eu le temps d'en faire le tour. Donc j’ai pris mon temps », raconte-t-elle. Depuis le mois de mars, la jeune femme travaille dans une ferme laitière, au sud-ouest du pays, en Australie occidentale, entre Margaret River et Augusta.

Finalement, ce petit job destiné à mettre quelques sous de côté s’est révélé comme une véritable aubaine, alors que la pandémie du Covid-19 touche la planète entière. « Je vis isolée de tout. La ville la plus proche est à 23 kilomètres environ, explique Chloé. Dans la ferme, on est une quinzaine. On pourrait respecter les distances, mais entre nous, on ne le fait pas, car on est toujours là, c’est comme un petit village… »

« Ils n’ont pas plus peur que ça »

Comme presque tous les pays du monde, l’Australie est touchée par la crise du Covid-19. Vendredi 10 avril 2020, plus de 6 000 cas ont été recensés, pour une cinquantaine de décès. Un décompte bien moins élevé en comparaison à certains pays d’Europe et qui n’inquiète en rien les collègues de Chloé. « Les Australiens me demandent comment vont mes proches, mais ne se sentent pas trop concernés. Pour eux, la situation a été gérée à temps et ils n’ont pas plus peur que ça », affirme-t-elle.

Le pays a, comme ailleurs, mis en place de nombreuses mesures, pour tenter de limiter la propagation du virus. Les citoyens sont appelés à respecter les règles de distanciation sociale et surtout, à rester chez eux. Les commerces non-essentiels ont également fermé leurs portes. « La région d’Australie occidentale a été fermée à tous les étrangers et aussi aux autres régions. Ils ont également fermé les petites régions à l’intérieur », précise Chloé. 

Chloé Laillé a quitté la Normandie il y a presque un an et demi pour rejoindre l'Australie. Elle travaille aujourd'hui dans une ferme locale, au sud-ouest du pays. (Photo : Chloé Laillé)

Chloé Laillé a quitté la Normandie il y a presque un an et demi pour rejoindre l'Australie. Elle travaille aujourd'hui dans une ferme locale, au sud-ouest du pays. (Photo : Chloé Laillé)

Une montée des comportements xénophobes

Pour aller faire ses courses, la jeune normande doit parfois quitter ses vaches locales. « On a un commerce pas très loin de notre ferme, mais ils n’acceptent pas les étrangers, regrette-t-elle. On ne sait pas si c’est dû au coronavirus. » Depuis les premiers cas en Australie, Chloé dit malheureusement assister à une montée des comportements xénophobes. « Sur les réseaux sociaux, il y a une vraie haine des Australiens envers les “backpackers”, parce qu’ils pensent que c’est nous qui avons amené le virus », dévoile-t-elle.

Obligée, donc, de se rendre jusqu’en ville pour faire quelques provisions, Chloé prend toutes les précautions nécessaires : « J’ai toujours un gel hydroalcoolique et je me lave les mains. Mais ici, je ne me sens pas du tout en danger », commente-t-elle. Si Chloé comptait rentrer en France en septembre après avoir découvert toute la côte ouest, le coronavirus a quelque peu compromis ses plans. « Je vais travailler plus longtemps que prévu. Ensuite, je ne sais pas si ce sera facile de voyager en Australie… » Elle conclut, avec une pointe d’amertume : « Si ça se trouve, je vais devoir rentrer en France sans avoir terminé mon voyage. »

Marie Zinck

En Autriche : « “Déconfinement” sonne comme si tout était fini, sauf qu’on est loin de ça »

- Aymeric Régent -

(Photo d'illustration Pixabay)

(Photo d'illustration Pixabay)

Originaire de Bernay, Aymeric Régent, 35 ans, est installé en Autriche depuis neuf ans. Sous cloche depuis un mois, son pays d’expatriation est le premier d’Europe à amorcer le déconfinement. Il raconte. 

Alors qu’Emmanuel Macron vient d’annoncer, lundi 13 avril 2020, le prolongement du confinement en France dans la lutte contre la propagation du Covid-19, l’Autriche, elle, entame une nouvelle phase. Depuis le mardi 14 avril, les jardins publics, les petits commerces de moins de 400 m2 ainsi que les magasins de bricolage et de jardinage, ont rouvert leurs portes.

Une amorce de déconfinement inédite en Europe, après un mois de mise sous cloche, alors que le pays compte à ce jour un peu plus de 14 000 cas et près de 400 décès. « Selon une enquête, il semblerait qu’il y ait trois fois plus de cas*. Mais ça fait tout de même moins d’1% de la population autrichienne », pointe Aymeric Régent, 35 ans, qui officie dans le milieu des ressources humaines. « La situation est moins dramatique que dans d’autres pays et l’évolution de l’infection est bien maîtrisée », reprend-t-il.

Installé à Vienne depuis neuf ans, le jeune homme, qui raconte avoir passé son enfance à Bernay, dans l’Eure, reste néanmoins mitigé quant à la notion de “déconfinement”. « Pour moi, ça sonne comme si tout était fini. Sauf qu’on est loin de ça. »

Le port du masque obligatoire

En effet, les restaurants, les lieux culturels, les coiffeurs et surtout les écoles restent pour l’instant fermés et rouvriront crescendo. A l’heure de l’assouplissement des mesures, les gestes barrières doivent plus que jamais être respectés. Le port du masque est désormais obligatoire dans les supermarchés et dans les transports publics.

Installé à Vienne en Autriche depuis neuf ans, Aymeric Régent raconte les premières mesures de déconfinement dans son pays d'expatriation. (Photo : Aymeric Régent)

Installé à Vienne en Autriche depuis neuf ans, Aymeric Régent raconte les premières mesures de déconfinement dans son pays d'expatriation. (Photo : Aymeric Régent)

« Dans les supermarchés, depuis début avril, c’était déjà obligatoire. La plupart des chaînes se sont engagées à en distribuer. A l’entrée, il y a une personne qui nettoie la barre du caddie, propose du gel et met un masque à disposition », explique Aymeric. S’il avoue ne pas réellement savoir comment va se dérouler cette première étape de déconfinement, il se dit tout de même « curieux ». « Je pense que beaucoup de personnes ne vont pas forcément changer grand chose à leur comportement », déclare-t-il. Pourtant, à en croire une vidéo transmise mardi par un de ses collègues et plusieurs fois relayée sur Twitter, des clients équipés de masques, de gants et de visières pour certains, ont formé une file de près de 70 mètres de long, à l’entrée d’une grande enseigne de bricolage autrichienne… qui venait tout juste de rouvrir ses portes. 

Le gouvernement reste prudent

Depuis le début du confinement anticipé, Aymeric assure que les Autrichiens respectent scrupuleusement les consignes. « Je n’ai pas pris un métro depuis trois semaines. Mais quand je vois un tram ou un bus passer, il y a en général une ou deux personnes dedans. » Il ajoute : « Dans les journaux ou sur les affiches dans la rue, il est dit qu’il n’y a que quatre raisons de sortir de chez soi : faire des courses de première nécessité, rendre service à quelqu’un, aller travailler quand on fait partie des entreprises qui n’ont pas cessé de fonctionner et où le télétravail n’est pas possible et enfin pour des soins médicaux nécessaires. »

Si la sortie de crise et la relance de l’économie ont été engagées en Autriche, Aymeric confirme que le gouvernement reste, malgré tout, très prudent : « Il a dit qu’il continuerait à suivre de près l’évolution des chiffres. Et que s’il y a des dégradations, il y aura peut-être à nouveau des fermetures. »

Marie Zinck

* Si Aymeric Régent parle de trois fois plus de cas à cet instant, c'est parce qu'au moment de l'étude, soit mi-mars, l'Autriche comptabilisait environ 10 000 cas.

« On appréhende vraiment la faiblesse du système de santé argentin »

- Laurent Monnier -

(Photo d'illustration : Amandine Briand / Paris-Normandie)

(Photo d'illustration : Amandine Briand / Paris-Normandie)

Originaire de Saint-Romain-de-Colbosc, près du Havre, Laurent Monnier est installé depuis onze ans dans la banlieue de Buenos Aires, en Argentine. Confiné avec sa famille, le Normand parle d’une crise anticipée, dans un pays d’une extrême fragilité économique et sanitaire.

Lorsque Laurent Monnier raconte son Argentine, le voyage est immédiat. Quand il décrit la météo, les saisons ou encore les paysages, il n'omet pas les détails. Il connaît son bout de terre comme sa poche. « La vie est belle ici, malgré les difficultés économiques et politiques », témoigne-t-il.

Originaire de Saint-Romain-de-Colbosc, près du Havre, le Normand de 49 ans est installé en Argentine depuis onze ans. Plus précisément dans la banlieue de Buenos Aires, dans la ville de Tigre. « C’est un endroit très touristique, car il y a l'un des plus grands delta du monde », commente-t-il. Lui qui officie dans les transports maritimes et dans le tourisme est aujourd’hui totalement à l’arrêt. Crise du Covid-19 oblige. 

Laurent Monnier vit depuis onze ans dans la banlieue de Buenos Aires avec sa femme, d'origine argentine, et ses deux enfants. (Photo : DR)

Laurent Monnier vit depuis onze ans dans la banlieue de Buenos Aires avec sa femme, d'origine argentine, et ses deux enfants. (Photo : DR)

Des mesures anticipées 

Jeudi 16 avril 2020, plus de 2 500 cas et une petite centaine de morts ont été recensés en Argentine. Un bilan que Laurent explique par une anticipation peu habituelle, mais appréciée, de la part du gouvernement. « On savait qu’on allait être la troisième vague, après l’Asie et l’Europe. On a eu la chance de pouvoir anticiper. Le gouvernement a eu cette présence d’esprit de se dire qu’il fallait fermer les frontières, les aéroports et les ports. Et le 20 mars, nous sommes passés en confinement total obligatoire », retrace Laurent.

De son propre avis, les Argentins semblent, de manière générale, bien moins disciplinés que les Français. Mais depuis le début des mesures prises dans la lutte contre la propagation du virus, ses compatriotes font bonne figure. « J’ai le sentiment que les règles sont mieux suivies ici qu’en France, note Laurent. La raison est simple : ce que l’on appréhende vraiment, c’est la faiblesse du système argentin. Si on se prend un afflux de malades en pleine face, ça va être l’hécatombe », dit-il d’un ton grave. Tout en tempérant la situation : « Et encore, nous ne sommes pas en Afrique ! J’oserais dire que l’on est dans le “deuxième monde”. Le premier étant l’Europe, les États-Unis et une partie de l’Asie. Et l’Afrique étant ce que l’on appelle le tiers-monde. »

« La priorité, c’est la santé »

Dans la ville de Tigre, où le port du masque est depuis peu obligatoire, Laurent raconte que les autorités se sont organisées. « Ils ont aménagé des gymnases et des salles de sport en hôpitaux. Ils sont en train de se préparer pour le pic qui peut arriver. »

Il y a quelques jours, le gouvernement a prolongé le confinement général jusqu’au 26 avril. Une longue période d’arrêt dans ce pays qui fait face à de grosses difficultés économiques. Et qui aura bien du mal à s’en remettre. « Pour les pays développés, la priorité, c’est de minimiser le ralentissement économique, pointe Laurent. Ici, où on essuie des tempêtes économiques récurrentes, ça va être un désastre. L’économie est au point mort. Mais la priorité, c’est la santé, les gens. Ça a été le message très clair du gouvernement. »

Si le Normand se réjouit de pouvoir passer du temps en famille et à la campagne pendant le confinement, il n’en reste pas moins lucide. « Mon épouse est chercheuse, elle connaît bien les virus. On a le sentiment que de toute manière, on va être infectés à un moment ou à un autre. Mais nous espérons avoir le système immunitaire suffisant pour ne pas être impactés. »

Marie Zinck

« À Singapour, je pense que d’ici un mois, ce sera réglé »

- Jean-Charles Duhail -

(Photo d'illustration : Pixabay)

(Photo d'illustration : Pixabay)

Originaire d’Argentan, dans l’Orne, Jean-Charles Duhail s’est établi à Singapour il y a deux ans. Depuis son pays d’expatriation, il témoigne d’une crise parfaitement maîtrisée, malgré l’augmentation des cas observée ces derniers jours, qui a forcé l’île à prendre des mesures plus sévères.

Depuis le début de la propagation du Covid-19 dans le monde, l'île de Singapour est régulièrement félicitée pour sa gestion de crise. Et souvent citée à titre d’exemple. « Ils ont été confrontés par le passé à des épidémies comme le Sras. Ils ont déjà souffert, donc ils étaient bien plus préparés à ce genre de situation, commente Jean-Charles Duhail, 39 ans. C’est en revenant de Malaisie que j’ai su qu’on avait le premier cas, fin janvier. Tout de suite, les premières mesures ont été prises. »

Ornais d’origine, il s’est installé il y a deux ans dans cette cité-État, nichée entre la Malaisie et l’Indonésie. S’il loue la qualité de vie sur place, il félicite également les mesures anticipées mises en place par le gouvernement. « Il y a énormément de caméras dans tous les coins de rues. Avec l’aide de la police, ils ont fait un travail de fourmi pour retracer les contacts avec les cas. C’est ce qu’on appelle du "flicage", mais c’est pour la bonne cause. »

L'Ornais Jean-Charles Duhail, expert en développement de logiciels, apprécie la qualité de vie à Singapour, où il s'est établi il y a deux ans. (Photo : J-C Duhail)

L'Ornais Jean-Charles Duhail, expert en développement de logiciels, apprécie la qualité de vie à Singapour, où il s'est établi il y a deux ans. (Photo : J-C Duhail)

Une nouvelle vague de cas

Alors que le gouvernement français planche actuellement sur une application de traçage, Singapour a une longueur d’avance. En mars, les habitants ont vivement été invités à télécharger l’application mobile TraceTogether, qui vise à retracer tous les contacts des personnes infectées et à les isoler.

« C’est une application qu’on laisse tout le temps ouverte sur nos smartphones. Elle détecte et enregistre toutes les personnes qui l'ont et avec qui nous sommes restés à moins d’une certaine distance pendant un certain temps, détaille Jean-Charles. Je n’ai pas attendu cinq secondes pour l’installer. Pour moi, c’était juste une logique totale, confie-t-il. En France et dans certains pays d’Europe, ça peut-être vu comme de l’intrusion à la vie privée, mais moi je vois ça vraiment différemment. C’est une énorme aide pour contrôler la propagation du virus. »

Vendredi 17 avril 2020, Singapour comptait près de 4 500 cas et dix morts. Un chiffre que Jean-Charles explique notamment par les dépistages massifs effectués, dès les premiers symptômes. En quelques semaines, alors que la crise semblait sous contrôle, le nombre de cas recensés est soudainement monté en flèche. Le Normand retrace : « Il y a vraiment beaucoup de Malaisiens qui travaillent à Singapour et qui franchissent la frontière chaque jour, car elle n’était pas complètement fermée aux travailleurs. Singapour en est très dépendant, dans tout un tas de domaines. Et il y a un nouveau cluster qui s’est formé il y a deux semaines environ dans un dortoir de travailleurs. »

« Je me sens plus en sécurité à Singapour qu’en France »

Singapour fait désormais face à de nouveaux cas importés, qui prolifèrent. « Ce qui est alarmant, c’est que malgré tous les efforts qui ont été faits, il y a eu trop de fuites et ça devient trop compliqué à contrôler », regrette Jean-Charles. Si le confinement n’était jusqu’alors pas de mise, les habitants sont dorénavant priés de rester chez eux, de télétravailler, de respecter les règles de distanciation sociale et sont obligés de porter un masque. Les regroupements sont interdits et les commerces non-essentiels sont fermés. « Les règles sont extrêmement suivies ici », note Jean-Charles.

Malgré la situation qui évolue chaque jour, l’Ornais n’en est pas moins rassuré. « Au tout début, lorsque Singapour a été l’un des premiers pays après la Chine à avoir le plus de cas, ma famille s’inquiétait pour moi et me disait que je pouvais être rapatrié. C’était la dernière chose que j’allais faire. Je me sens beaucoup plus en sécurité à Singapour qu’en France ou n’importe où ailleurs. » Il conclut, avec un certain optimisme : « À Singapour, je pense que d’ici un mois, ce sera réglé. »

Marie Zinck

« La contamination est aujourd’hui sous contrôle en Norvège »

- Tony Gravé -

(Photo d'Oslo illustration Pixabay)

(Photo d'Oslo illustration Pixabay)

Originaire de Vernon, Tony Gravé s’est installé il y a douze ans à Oslo, en Norvège. Régime de semi-confinement, cas recensés en baisse et allègement des mesures : il raconte comment son pays d’adoption fait face à la crise.

A l’inverse de son voisin suédois, la Norvège n’a pas lésiné sur les mesures dans la lutte contre la propagation du Covid-19. Le pays a d’ailleurs fait le choix d’opter pour un régime de semi-confinement. « Ça a été l’un des premiers pays d’Europe à fermer ses frontières, note Tony Gravé. Ils ont fermé directement toutes les institutions d’éducation, puis tous les lieux culturels. Et quelques jours plus tard, ils ont enquillé sur la fermeture des coiffeurs, des salons d'esthétique et des salles de sport ».

Vernonnais d’origine, Tony, 35 ans, raconte être arrivé en Norvège « par hasard ». Alors qu’il voulait initialement partir en échange universitaire au Québec, c’est par dépit qu’il se tourne vers ce pays nordique. « Je devais rester qu’un an, mais en 2008, il y a eu la crise financière. Je me suis dit que si je rentrais en France, j’allais me retrouver sur la carreau comme la plupart des étudiants ». Ironie du sort, douze ans plus tard, le jeune homme vit toujours à Oslo. « J’ai commencé les procédures pour obtenir la double nationalité », se réjouit-il.

Installé à Oslo depuis douze ans, Tony Gravé travaille sur des projets entrepreneuriat et a récemment lancé les démarches pour obtenir la double nationalité. (Photo : Tony Gravé)

Installé à Oslo depuis douze ans, Tony Gravé travaille sur des projets entrepreneuriat et a récemment lancé les démarches pour obtenir la double nationalité. (Photo : Tony Gravé)

Vers un assouplissement des mesures de confinement

Lundi 20 avril 2020, plus de 7 000 cas de coronavirus et 165 morts ont été recensés dans son pays d’adoption. A l’image de l’Autriche et du Danemark, la Norvège a décidé d’assouplir progressivement ses mesures de confinement, en autorisant notamment la réouverture des écoles et des entreprises de services à la personne, dès la fin du mois d’avril. « Je pense que le gouvernement regarde quand même son porte-monnaie qui fond à vue d’oeil et personne ne veut rentrer dans une récession », affirme Tony, en guise d’explications.

Si le pays a fait le choix d’entrer dans sa première phase de déconfinement, c’est également parce que les chiffres redonnent de l’espoir. « La Norvège a eu une approche plus modérée que d’autres pays, mais les habitants sont très disciplinés. On a le droit de sortir et c’est même encouragé de prendre l’air à partir du moment où les gestes barrières sont appliqués, commente Tony. A priori, ça a porté ses fruits. Depuis plus d’une semaine, le nombre de cas est en décroissance. La contamination est aujourd’hui sous contrôle en Norvège. »

« Nous ne sommes pas arrivés au bout de nos peines »

Malgré l’allègement des mesures, la prudence reste tout de même de mise. « Tous les jours, le gouvernement continue de regarder le nombre de contaminations. Mais s’il voit que ça repart à la hausse, il va faire un pas un arrière », estime l’Eurois. Quid alors des différences de gestion de crise entre les deux voisins rivaux, la Norvège et la Suède, qui a parié sur l'immunité collective ? « Il y a quand même pas mal d’experts qui disent que le modèle suédois n’est pas si bête que ça. Beaucoup de gens disent qu’une fois qu’ils auront passé le pic d’immunité, le nombre de contaminations va s’écrouler. Alors qu’en Norvège, plusieurs experts pensent qu’il va y avoir un deuxième pic qui va nous prendre par surprise », concède Tony.

Pour cause : les beaux jours arrivent et le Normand redoute un relâchement de la vigilance. « Nous ne sommes pas arrivés au bout de nos peines. Il y a plein de gens qui ne sont pas rassurés pour l’avenir. Cette crise sanitaire entraîne derrière elle des crises bien plus profondes, qui vont faire beaucoup de dégâts », conclut-il.

Marie Zinck

« En Chine, nous sommes proches d’un retour à la normale »

- Gaétan Arnoux -

Suzhou en Chine. (Photo d'illustration Pixabay)

Suzhou en Chine. (Photo d'illustration Pixabay)

Gaétan Arnoux est originaire de Blangy-sur-Bresle. Il est parti en Chine en janvier dernier pour effectuer un semestre dans le cadre de son parcours en école de commerce. À l’annonce de l’épidémie de coronavirus, il a décidé de rester jusqu’à fin avril sur le campus de Suzhou.

À 22 ans, Gaétan Arnoux, habitant de Blangy-sur-Bresle est en Chine depuis quelques mois. « C’est au lycée de Neufchâtel-en-Bray que j’ai découvert le chinois. J’étais dans la première classe du lycée qui a passé le bac avec cette langue en option, en 2015. Après deux années de classe préparatoire aux grandes écoles à Amiens, j’ai intégré l’école de commerce SKEMA Business School à Lille ».

L’école dispose d’un campus en Chine, c’est donc tout naturellement que Gaétan décide de partir étudier à partir de janvier 2020 sur place, le temps d’un semestre de première année de Master. « C’était l’occasion pour moi de vivre dans un pays et dans une culture qui me passionnent depuis le lycée ».

Originaire de Blangy-sur-Bresle, Gaétan Arnoux est parti étudier en Chine. (Photo : Gaétan Arnoux)

Originaire de Blangy-sur-Bresle, Gaétan Arnoux est parti étudier en Chine. (Photo : Gaétan Arnoux)

Depuis son arrivée en Chine, Gaétan Arnoux est basé à Suzhou, dans la province Jiangsu, une ville de 10 millions d’habitants qui se situe à moins d’une heure de Shanghai.

« Quelques jours avant les vacances du Nouvel An chinois (au cours des deux dernières semaines de janvier), l’inquiétude se faisait de plus en plus pressante parmi les élèves, et les premiers départs ont eu lieu. Les informations des contaminations à Wuhan provenaient principalement des médias français. Les vacances ont commencé, j’étais avec des amis à Shanghai pour un itinéraire de voyage en Chine initialement prévu sur deux semaines. Mais la situation s’empirant chaque jour, nous sommes rentrés à Suzhou rapidement, au bout de trois jours ». Des 500 étudiants français arrivés sur le campus de Suzhou en janvier, nombreux sont ceux qui sont repartis dès février. « Aujourd’hui, nous sommes un peu moins de 80 ».

Un bon de sortie, daté du jour

Le confinement en Chine a commencé en « plein milieu des vacances du Nouvel An chinois, qui sont marquées par un arrêt total de l’activité économique en Chine. Par la suite, nous avons compris que l’activité ne reprendrait pas avant si facilement. Depuis fin janvier et encore aujourd’hui, sortir de notre résidence étudiante ne peut se faire qu’en portant un masque, en remplissant nos informations personnelles (passeport, n° de téléphone, pays…) et un contrôle de notre température en échange d’un bon de sortie daté du jour. Ce dernier est indispensable pour rentrer de nouveau dans la résidence et il nous est impossible de passer une nuit en dehors car le bon ne serait plus valable. Il y a également un couvre feu de 22 h à 6 h. Ce qui a été assez impressionnant c’est de voir la rapidité avec laquelle les mesures ont été mises en application par les autorités locales ».

L’école a mis en place rapidement des cours en ligne pour occuper les journées. Depuis fin mars , la situation s’améliore « nous n’avons jamais été aussi proches d’un retour à la normale. L’activité a repris en Chine : il ne reste plus que le couvre-feu et le contrôle à la sortie des résidences. Mon semestre académique se finit le 24 avril. J’espère ensuite que la situation pourra nous permettre de voyager en Chine intérieure et de découvrir un peu le pays. Ce serait une récompense pour notre patience ».

« Le président a tellement peur que l’économie du Mexique s’effondre, qu’il a mis du temps à réagir »

- Laetitia Troppee -

Chihuahua au Mexique. (Photo : Pixabay)

Chihuahua au Mexique. (Photo : Pixabay)

Fraîchement installée dans la ville de Chihuahua, à l’extrême nord du Mexique, l’Euroise Laetitia Troppee témoigne d’une gestion de crise très tardive à l’échelle du pays, sur fond de non-dits.

Elle n’est pas vraiment de ces villes, que, d’instinct, nous savons placer sur une carte. Chihuahua, située à l’extrême nord du Mexique, est à tout juste quelques heures de la frontière américaine. « C’est une ville vraiment atypique. C’est très industriel et très américain », décrit Laetitia Troppee, 43 ans. Après sept ans d’expatriation au Maroc, l’Euroise, originaire du petit village de Saint-Elier, s’est établie au Mexique et plus précisément à Chihuahua il y a six mois. « Ici, si vous n’avez pas de travail en tant que Français, vous n’avez rien à y faire », note-t-elle, précisant s’y être installée grâce à une « opportunité professionnelle » saisie par son conjoint. 

Des chiffres peu croyables

Depuis plusieurs semaines, dans son nouveau pays d’adoption, Laetitia vit au rythme des annonces et des mesures tardives, dans la lutte contre la propagation du Covid-19. « Le président a fait n’importe quoi dès le départ et a encore du mal à admettre qu’il y a une pandémie. Il fait des choses complètement absurdes par rapport à la situation. Sur les réseaux sociaux, il poste ses amulettes en disant que Dieu nous protégera », raconte-t-elle, dépitée. Pourtant, la situation est loin d’être banale dans ce pays qui fait face, par la même occasion, à une recrudescence de la rougeole.

L'Euroise Laetitia Troppee s'est installée à Chihuahua en famille il y a six mois. Ici, avec sa fille, devant l'édifice catholique le plus important de la ville. (Photo : Laetitia Troppee)

L'Euroise Laetitia Troppee s'est installée à Chihuahua en famille il y a six mois. Ici, avec sa fille, devant l'édifice catholique le plus important de la ville. (Photo : Laetitia Troppee)

Mercredi 22 avril 2020, plus de 9 500 cas de coronavirus et près de 900 morts ont été recensés au Mexique. Des chiffres néanmoins difficilement croyables pour certains experts. Et pour Laetitia. « On nous dit qu’il y a 93 cas dans l’Etat de Chihuahua (samedi 18 avril, NDLR). Sincèrement, je n’y crois pas. Sur 1,5 million d’habitants, je trouve ça quand même un peu léger. » Si Laetitia concède que le Mexique est en quelque sorte « protégé » par son éloignement de l’Europe et par son faible taux d’attractivité avec la Chine, le véritable nombre de cas semble, pour autant, bien loin de la réalité. « La première semaine, le cabinet du président avait demandé à ce que les cas de Covid-19 soient exprimés en tant que grippe classique », confie Laetitia.

La raison ? « Il fallait continuer à faire fonctionner le tourisme. Le président a tellement peur que l’économie de son pays s’effondre, qu’il a mis du temps à réagir. » Elle développe : « En 2009, la grippe H1N1 est partie du Mexique. A cette époque-là, le pays a été félicité pour sa réaction rapide, avec les moyens nécessaires. Je pense que le président est resté sur cette bonne note en se disant “c’est bon, on va gérer…”.  Maintenant, il commence à réagir parce qu’il a la pression des Etats et des gouverneurs. »

Des frontières encore ouvertes

A l’heure actuelle, dans l’Etat de Chihuahua, le confinement est grandement recommandé. Les écoles sont closes, les activités culturelles sont annulées et les commerces non-essentiels ont fermé leurs portes. « On peut circuler si on a envie, la seule chose qui a été demandée par le gouverneur c’est de porter le masque, commente Laetitia. Chaque gouverneur fait comme il veut. A Chihuahua, nous avons la chance d’en avoir un qui tient plutôt la route, donc il a pris des mesures il y a un mois déjà. Les Mexicains lui font confiance, il communique beaucoup et il rassure. Même s’il n’est pas dans l’interdit, il est dans la responsabilisation de chacun. »

A l’échelle du pays, chose rare dans le monde, les frontières sont encore ouvertes, hormis celle avec les Etats-Unis. Mais peut-être plus pour très longtemps. « Le confinement devrait vraiment se resserrer ici, quand on annonce un déconfinement en France », estime la Normande.

Marie Zinck

« A L’Île Maurice, nous ne sommes pas prêts à revoir des touristes »

- Pascal Fitoussi -

L'ïle Maurice. (Photo : Pixabay)

L'ïle Maurice. (Photo : Pixabay)

En tout et pour tout, cela fait quinze ans que l’Ebroïcien Pascal Fitoussi s’est installé à l’Île Maurice. Depuis son pays d’adoption, mis sous cloche le 20 mars 2020, il témoigne d’une gestion de crise extrêmement sévère. 

Nichée en plein coeur de l’océan Indien, l’Île Maurice est la destination touristique par excellence. Mais depuis plusieurs semaines, le sable fin des plages n’est absolument plus foulé. Les rues sont désertées. Les vacanciers ont rejoint leur domicile et les locaux, eux, sont cloîtrés. « Si ce n’est pas pour faire les courses, on n’a pas le droit de sortir, même pas pour marcher », témoigne Pascal Fitoussi, 54 ans. Ebroïcien d’origine, Pascal officie dans l’hôtellerie et le tourisme depuis de nombreuses années. Installé d’abord pendant huit ans à l’Île Maurice, il quitte le pays pour en découvrir d’autres, dans le cadre de son emploi. Finalement, il y a sept ans, il fait le choix de s’y établir à nouveau. « Comme j’avais une petite fille de deux ans, je savais que pour y vivre, c’était parfait. En termes de sécurité, de distance, de décalage horaire et de culture », justifie Pascal.

Originaire d'Evreux, Pascal Fitoussi a parcouru le monde avant de s'établir à l'Île Maurice. Il est désormais installé dans le nord du pays, à Grand Baie, qu'il surnomme « le Saint-Tropez mauricien ». (Photo : Pascal Fitoussi)

Originaire d'Evreux, Pascal Fitoussi a parcouru le monde avant de s'établir à l'Île Maurice. Il est désormais installé dans le nord du pays, à Grand Baie, qu'il surnomme « le Saint-Tropez mauricien ». (Photo : Pascal Fitoussi)

Un confinement draconien 

Avec ses 1,3 million d’habitants, l'Île Maurice n’a absolument pas lésiné en matière de mesures, dans la lutte contre la propagation du Covid-19. Un virus, qui a fait plus de 300 cas et 9 morts, jeudi 23 avril 2020, dans un pays aux faibles moyens sanitaires. Les frontières aériennes ont été fermées. L’Île s’est alors barricadée de sa plus grosse source de revenus : les touristes, dont le nombre représentait autant que la population en 2018. Le confinement strict a été décrété le 20 mars. « Au départ, les supermarchés et les pharmacies devaient rester ouverts. Le lundi 23 mars, les gens sont sortis faire leurs courses tranquillement et le soir, le gouvernement a annoncé un “lockdown” total dès le lendemain matin, raconte Pascal.

Beaucoup de gens ont été surpris et n’avaient pas de réserves. » Cette situation, inédite, va durer presque dix jours. Aucun Mauricien n’a alors le droit de sortir le bout de son nez, sous peine d’amendes. « C’était long et un peu la panique », retrace le Normand, précisant, pour sa part, n’avoir manqué de rien. Le gouvernement décide finalement de rouvrir les supermarchés et les pharmacies de l’île, accessibles selon des conditions draconiennes. « On a le droit de sortir faire nos courses en fonction de l’ordre alphabétique de notre nom. A l’entrée des magasins, ils vérifient sur le passeport », note Pascal.

Ainsi, la population se retrouve divisée en trois groupes : ceux se trouvant au début de l'alphabet sont autorisés à faire leurs courses le lundi et le jeudi. Ceux au milieu, le mardi et le vendredi. Et ceux à la fin, le mercredi et le samedi. Les conditions sont poussées encore plus loin : les achats doivent se faire « en une demi-heure, une seule personne par foyer », précise-t-il encore.

« L'Île Maurice a très bien agi »

Malgré les restrictions, Pascal ne se plaint pas. Au contraire, il se réjouit de ces prises de décisions. « Je trouve que l'Île Maurice a très bien agi. Le gouvernement a bien regardé ce qui se faisait à l’étranger et il l’a adapté à la sauce mauricienne », affirme-t-il. Et les mesures semblent faire leurs preuves. Selon Pascal, l’Île Maurice a récemment pu observer cinq jours consécutifs sans nouveau cas déclaré. Une première phase de déconfinement progressif est d’ailleurs envisagée pour le 4 mai.

Mais, pour l’heure, le Normand reste lucide. « Nous ne sommes pas prêts à revoir des touristes. Le temps que les gens repartent en vacances aussi loin, ça risque d’être un peu long », souligne l’expatrié. Il positive : « La première chose qui devrait pouvoir remarcher pour moi, c’est mon restaurant. Parce qu’au moins, il fonctionne avec la clientèle locale. A Maurice, le feeling, c’est qu’on est bien confinés, mais que maintenant, on a envie de voir du monde. »

Marie Zinck

« À Bora Bora, l’enfermement n’a pas de sens. C’est comme dans un rêve. »

- Élisabeth Brunet -

Bora Bora (Photo : Élisabeth Brunet)

Bora Bora (Photo : Élisabeth Brunet)

Coincée « au paradis », Élisabeth Brunet, originaire du Havre, vit son confinement à Bora Bora où elle travaille pour un groupe hôtelier.

« Ce n’est pas le pire endroit, ici l’enfermement n’a pas de sens. C’est comme dans un rêve. J’avais déjà l’impression de travailler au paradis », sourit Élisabeth Brunet. La jeune femme de 26 ans, qui est arrivée sur cette île joyau de la Polynésie française - située au nord-est de Tahiti - il y a dix mois, d’abord pour un stage de six mois, suivi d’un contrat à durée déterminée d’un an.

« Diplômée de l’ESC Rennes avec une spécialisation en marketing digital et en communication, j’ai eu l’opportunité de rejoindre l’un des grands hôtels de l’île pour y seconder une personne qui y pilotait l’organisation de mariages. A l’issue des quatre premiers mois de stage, j’étais sous le charme et moi qui n’avait jamais exercé dans le domaine événementiel, j’ai réalisé que cela m’intéressait énormément. J’ai proposé à la direction du groupe hôtelier de poursuivre et cela a pu se faire car la personne que je secondais a choisi de quitter son poste. Je lui ai succédé. » Élisabeth reste donc à l’autre bout du monde et prend tous les matins son petit bateau pour parcourir les sept kilomètres qui sépare le motu - îlot de sable corallien où se trouve son faré (logement traditionnel polynésien) de son lieu de travail.

Originaire du Havre, Élisabeth Brunet travaille «au paradis», à Bora-Bora. (Photo : Élisabeth Brunet)

Originaire du Havre, Élisabeth Brunet travaille «au paradis», à Bora-Bora. (Photo : Élisabeth Brunet)

« Les vols n’étaient plus assurés entre les îles »

« Comme en métropole, le confinement a débuté à la mi-mars avec une différence de taille. À partir du 22 mars, les vols n’étaient plus assurés entre les îles. J’ai été convoquée par la DRH qui m’a proposé de rentrer en France. J’ai réfléchi vite et j’ai décidé de rester. Je ne me voyais pas traverser la planète à bords d’avions bondés, avec escale dans des aéroports surchargés de voyageurs en plein pic de l’épidémie », témoigne Élisabeth. Il n’y a plus de vols entre la Polynésie et la métropole. Les plages paradisiaques proches du lagon, les complexes hôteliers grands et petits ont été désertés par les touristes et la petite communauté des expatriés de Bora Bora vit au rythme de cette nature luxuriante, d’une quiétude absolue et retrouvée, du Pacifique insondablement bleu et des infos diffusées par les canaux ultramarins, les chaînes d’info en continu et le web.

« Les écoles doivent rouvrir la semaine prochaine, le déconfinement va commencer »

« Le plus dur, c’est pour nos parents » Tout ce bleu... Élisabeth n’échappe pas à quelques coups de blues. « Heureusement, il y a les messageries, les appels en visio. En fait, je crois que c’est pour nos parents, restés en Normandie, à Rolleville que c’est le plus dur. Ils sont tous les deux. Mon frère aîné est à Londres, quant à mon autre frère et à ma sœur, ils sont tous les deux en Australie. C’est un peu moins loin mais il a tout de même 9 h de vol depuis Tahiti et les liaisons aériennes n’ont pas encore été rétablies », indique la jeune femme qui rappelle qu’aucun cas de Covid-19 n’a été déploré sur l’île de Bora Bora contre une cinquantaine à Tahiti et Moorea.

Selon Élisabeth Brunet, la situation devrait évoluer favorablement dans les tous prochains jours. « Les écoles doivent rouvrir la semaine prochaine, le déconfinement va commencer. Ce que nous savons pas, c’est à quel moment les hôtels et toutes les structures touristiques vont recommencer à fonctionner », indique la jeune Havraise qui ne bénéficie pas des mesures de chômage partiel. « Nous percevons tout de même une aide du gouvernement de la Polynésie française et nous autres salariés expatriés, nous faisons l’objet de suspensions temporaires de contrats. »

Inutile de rappeler qu’en ce moment et pour encore un certain nombre de semaines, les couples ne vont pas affluer en ce lieu paradisiaque pour y échanger leurs consentements. Élisabeth attend. Elle s’y prépare avec cette philosophie chère aux Polynésiens : profiter de ce qu’on a et savourer l’instant présent. « Dans un tel décor de rêve, ce n’est pas le plus difficile. »

Christophe Préteux

« En Angleterre, personne ne comprenait pourquoi nous avions d’abord parié sur l’immunité collective »

- Anaëlle Decamps -

Londres. (Photo d'illustration Adobe Stock)

Londres. (Photo d'illustration Adobe Stock)

Originaire de Rouen, Anaëlle Decamps est partie tenter sa chance à Londres, il y a un an. Face au changement de cap du gouvernement dans la lutte contre la propagation du Covid-19, la jeune femme témoigne de sa perception de la situation, alors qu’elle continue de se rendre, chaque jour, sur son lieu de travail.

Si la majorité de la population européenne se retrouve confinée dans la lutte contre la propagation du Covid-19, certains n’ont toutefois pas changé leurs habitudes. Quasiment chaque jour, Anaëlle Decamps, 24 ans, fait le trajet pour se rendre sur son lieu de travail.

« Je suis vendeuse dans une pâtisserie française », précise-t-elle. Originaire de Rouen, la jeune femme s’est installée à Londres il y a un peu plus d’un an. « J’avais déjà fait un an en tant que jeune fille au pair il y a deux ans. Je suis rentrée un an en France, mais Londres me manquait. Donc je suis revenue, pour trouver un job dans ma voie, c’est-à-dire la petite enfance, raconte-t-elle. Comme je n’avais pas le niveau d’anglais suffisant, je me suis dit que j’allais trouver autre chose. »

La Rouennaise Anaëlle Decamps s'est installée à Londres il y a un an. Malgré la crise, elle continue de travailler au sein d'une pâtisserie française, où elle est obligée de porter le masque. (Photo : Anaëlle Decamps)

La Rouennaise Anaëlle Decamps s'est installée à Londres il y a un an. Malgré la crise, elle continue de travailler au sein d'une pâtisserie française, où elle est obligée de porter le masque. (Photo : Anaëlle Decamps)

Un pays durement touché par la crise

La Normande s’essaye désormais quotidiennement à la langue de Shakespeare. « Avec les clients et certains de mes collègues », se réjouit-elle. Et la crise sanitaire n’y a (presque) rien changé. « On a énormément de monde et une vente de pain assez exceptionnelle ! », s’étonne-t-elle. Depuis quelques semaines, Anaëlle et son équipe sont obligés de porter le masque et de ne servir que des commandes à emporter, distanciation sociale oblige. « On accepte toujours le cash, contrairement à d’autres, mais on prend la monnaie avec un gant. » Des précautions inévitables, alors que le nombre de cas et de décès ne cessent de croître. L’Angleterre fait partie des pays les plus touchés par la crise du Covid-19. Dimanche 26 avril 2020, environ 150 000 malades et plus de 20 000 morts ont été recensés dans le pays. Un chiffre à doubler, si l'on en croit une analyse du Financial Times, qui estime le nombre de décès à 41 000. 

« À tout moment, je peux ramener le virus »

En pariant d’abord coûte que coûte sur la stratégie de l’immunité collective, le Royaume-Uni a fait face à une explosion de décès... et de critiques. Le gouvernement décide alors de changer radicalement de cap, fin mars. « La stratégie a changé car le service national de santé (NHS) a été alarmé de la situation. Après ça, nous sommes passés en confinement, récapitule Anaëlle. On a senti que les gens étaient soulagés. Personne ne comprenait pourquoi nous avions d’abord parié sur l’immunité collective. » A l’heure actuelle, « tout est fermé, excepté les magasins de première nécessité, explique-t-elle. Les mesures ressemblent à celles de la France, car nous devons sortir exclusivement pour les courses, les rendez-vous médicaux, pour une heure de sport dans la journée ou encore pour aller travailler. » A la différence près qu’aucune attestation de sortie n’est nécessaire.

La jeune expatriée, qui vit en collocation, est la seule à sortir pour aller travailler. « J’ai deux amis qui ont des soucis d’asthme, du coup, ce n’est pas très rassurant. A tout moment, je peux ramener le virus », redoute-t-elle. Car le risque peut être grand, dans un pays où le Premier ministre en personne, testé positif, a été hospitalisé. Face à la gravité de la crise, le 5 avril, la Reine Elizabeth II a fait le choix de s’adresser, face caméra, à ses compatriotes. Et ce, pour la quatrième fois en soixante-huit ans de règne, en dehors des messages de Noël. Dans ce moment historique, les mots ont été soigneusement choisis pour appeler les citoyens à rester déterminés dans la lutte contre cette pandémie. Résultat : « Avec ce discours, je pense que les gens ont pris conscience de la situation », conclut Anaëlle.

Marie Zinck

« À Shanghai, la vie a vraiment repris son cours »

- Émilie Raquin-Pierre -

(Photo d'illustration : Adobe Stock)

(Photo d'illustration : Adobe Stock)

Installée depuis deux ans à Shanghai, à l’est de la Chine, Émilie Raquin-Pierre, originaire du Calvados, a vu le Covid-19 se développer de son pays d’expatriation jusqu’à son pays natal. Aujourd’hui, après de longs mois compliqués, elle décrit une ville qui reprend peu à peu ses marques.

Parti de Chine, le Covid-19 s’est répandu comme une traînée de poudre sur la quasi totalité des pays du monde. Et ce, en quelques semaines seulement. Depuis le début d’année, Émilie Raquin-Pierre, 32 ans, apprend à vivre avec la crainte de ce nouvel ennemi, que cherchent à combattre tous les gouvernements de la planète.

La jeune femme, originaire de Lisieux, dans le Calvados, est installée avec son mari à Shanghai, à l’est de la Chine, à près de 850 kilomètres de la ville de Wuhan, berceau du virus. « Fin janvier, l'État a demandé à des agents de se mettre devant chaque résidence. À chaque fois que l’on entre ou sort de chez nous, on nous prend la température et on nous demande où on veut aller », raconte Emilie. Afin d’empêcher la propagation du virus, les autorités ont déployé très tôt des mesures de suivi strictes. « À l’entrée des boulangeries ou des magasins de proximité, on nous prend à nouveau la température et on nous demande notre numéro de téléphone et notre adresse. Pour nous, c’est presque devenu une façon de vivre », commente-t-elle. 

Originaire du Calvados, Émilie Raquin-Pierre est installée à Shanghai, en Chine, depuis deux ans. Elle aide notamment son mari qui officie dans le fret urgent. (Photo : DR)

Originaire du Calvados, Émilie Raquin-Pierre est installée à Shanghai, en Chine, depuis deux ans. Elle aide notamment son mari qui officie dans le fret urgent. (Photo : DR)

Des contrôles sévères

À l’heure actuelle, près de 650 cas et sept morts ont été recensés à Shanghai, contre près de 84 000 cas et plus de 4 600 morts à l’échelle de la Chine. Alors que la France prépare sa première phase de déconfinement, prévue pour le 11 mai, à Shanghai, « la vie a vraiment repris son cours », témoigne Émilie. Les collèges et les lycées ont partiellement rouvert, lundi 27 avril.

« Au plus gros de la crise, en janvier, il y avait 50 % des magasins fermés. Aujourd’hui, tout est ouvert. Mais le soir, on sent qu’il y a moins d’activité. Les gens essayent quand même de rester chez eux », constate-t-elle encore. S’ils peuvent circuler, les citoyens doivent porter un masque. Le suivi s’est également traduit par un dispositif de “code couleur santé”, sur smartphone. Émilie l’explique : « Le code peut être rouge, jaune et vert. Il devient potentiellement rouge si, par exemple, je vais dans une épicerie et qu’il y a quelqu’un de malade qui y est allé au même moment que moi. »

Selon les dires de la jeune femme, ce QR code peut être demandé à l’entrée de commerces ou de banques. Pour passer les portes, il devra automatiquement être vert. « Ce sont des sécurités supplémentaires, souligne Émilie. Avec mon mari, on a un petit protocole avant de sortir : on prend notre température, on vérifie notre QR code et on met notre masque. »

À Shanghai, des points de contrôle sont installés à l'entrée des centres commerciaux et des bureaux. Les agents prennent la température des citoyens et notent leurs coordonnées. (Photo : DR)

À Shanghai, des points de contrôle sont installés à l'entrée des centres commerciaux et des bureaux. Les agents prennent la température des citoyens et notent leurs coordonnées. (Photo : DR)

« On nous prenait pour des dingos »

Grâce à cet outil et ces mesures, Émilie et son mari ont théoriquement moins de risques d’entrer en contact avec un malade. « Ça nous rassure. On se dit qu’au moins, ils font ce qu’ils peuvent », déclare la Normande.

Des précautions qu’elle regrette de ne pas avoir vu émerger en France, dès le début de la crise. « En décembre, j’étais en Normandie. Mon mari m’a rejointe fin janvier et, pour mettre tout le monde en sécurité, il a porté son masque dans les rues de Caen. Les gens le regardaient comme s'il avait la peste, se remémore-t-elle. En Chine, tout le monde prenait de grandes précautions et en France, rien. » Avant de repartir, Émilie décide de commander par anticipation des masques pour sa mère. « Elle me disait qu’elle n’avait pas besoin de ça. Personne ne se rendait compte que c’était grave ce qu’il se passait. On nous prenait pour des dingos, confie Émilie. Même pas une semaine après notre départ, les cas ont commencé à exploser en France. Je ne vois pas comment ça aurait pu se passer autrement. »

Marie Zinck

En Italie, « je n’ai pas pu assister à l’accouchement »

- Raphaël de Falco -

Natif de Rouen, Raphaël de Falco arrive en Italie, à Salerne, fin juillet 2019 avec son épouse.

Natif de Rouen, Raphaël de Falco arrive en Italie, à Salerne, fin juillet 2019 avec son épouse.

Natif de Rouen, Raphaël de Falco arrive en Italie, à Salerne, fin juillet 2019 avec son épouse. Un changement de vie pour le couple qui le sera d’autant plus avec l’heureux événement qu’il se prépare à vivre dans quelques mois... Leur bébé est né il y a moins de quatre semaines.

« Notre bébé va très bien », sourit le papa de la petite Sophia. Raphaël de Falco, 28 ans, originaire de Rouen, est installé en Italie depuis juillet dernier avec son épouse, Daria. L’ingénieur diplômé de l’Insa Rouen-Normandie en énergétique et propulsion aéronautique travaille chez Rolls Royce. Il assure une mission à Salerne, en Campanie, au sud-ouest de la « botte », où le motoriste britannique possède une usine.

Daria et Raphaël sur la côte amalfitaine, à Minori, avant le confinement. (Photo DR)

Daria et Raphaël sur la côte amalfitaine, à Minori, avant le confinement. (Photo DR)

Hors le cadre strictement professionnel, la dolce vita s’offre au couple, dans cette ville de 140 000 âmes nichée au cœur d’un golfe, à flanc de montagne, s’écoulant en cascade jusqu’à la mer Tyrrhénienne. Un véritable condensé de tout ce que l’Italie méridionale peut offrir de paysages et d’Histoire. « Au départ, nous n’étions pas concernés. Puis tout s’est accéléré... » se remémore Raphaël.

Fin février, l’Italie est touchée de plein fouet. D’abord au nord. « Les politiques ont pris rapidement des décisions fortes pour isoler le foyer autour de Bergame, considère Raphaël. Mais il y a eu de l’incivilité, notamment de nombreux déplacements à l’intérieur du pays qui ont accéléré la propagation, juge-t-il. De plus, la crise est tombée en pleine période du carnaval national qui a dû être un gros facteur de transmission. » 

« Nous étions bien informés »

Le mal se répand. Des mesures sanitaires nationales sont prises le 8 mars. « Nous étions bien informés, avec une bonne idée de se qui se passait, retrace le Rouennais. Les Italiens se sont disciplinés au fur et à mesure, même si par exemple, à Naples, toute proche, il y avait encore des scènes de panique, des ruées dans les magasins, se souvient-il. Ici à Salerne, rien de tout cela. Il n’y a pas eu de ruptures de stock, les mesures sanitaires ont été vite appliquées, le port du masque est devenu obligatoire », relève le Normand qui préfère s’abstenir de toute comparaison avec la France, l’Italie [26 977 morts dénombrés mardi 28 avril, NDLR] étant « la première victime européenne ». 

Il faut maintenant gérer le confinement qui pourrait s’avérer délicat pour Daria, le terme de sa grossesse approchant. Quarantaine, certes, adoucie par une présence de chaque instant de Raphaël dont l’usine est à l’arrêt. 

Matériellement, le couple a été prévoyant : « La chambre était prête et nous avions des produits de première nécessité en quantité. » Le confinement est aussi moins dur à supporter dans une maison avec jardin, à l’écart d’un centre-ville où la verve latine résonne parfois dans des rues plus fraîches à la nuit tombée.

Mais ils seront privés de vivre ensemble l’événement jusqu’au bout. « Je n’ai pu assister à l’accouchement, l’accès à l’hôpital m’a été refusé en raison de la situation sanitaire. Ça a été difficile à digérer... Je ne voulais pas non plus laisser Daria seule, vous imaginez, en de pareils moments, être entourée de personnes parlant une langue étrangère... Mais tout s’est bien passé, le personnel a été d’un grand soutien, très sympa. » 

« C'est compliqué de vivre loin de notre famille »

Frustrés ensuite du partage avec les proches : « Les grands-parents se faisaient une joie de venir voir leur petite-fille... C’est lourd... » 

L’administration italienne réserve, elle aussi, ses petites joies, « surtout lorsque vous n’êtes pas italiens et que vous ne maîtrisez pas la langue, souligne Raphaël. Nous ne pouvions enregistrer notre fille à l’état civil, aucune démarche n’était possible, tout était fermé. » Sans enregistrement, pas de couverture sociale, de rendez-vous avec un pédiatre, etc. « Maintenant, tout est en place, l’acte de naissance est inscrit au registre italien avec un code qui donne accès au système de santé et un mail sécurisé pour les messageries protocolaires. » 

Ces péripéties sont derrière eux. Mais que « c’est compliqué à vivre, loin de chez nous, de notre famille, soupire Raphaël. Ce qui nous permet de tenir en général et nous aide à voir les choses du bon côté, c’est la bonne humeur et la chaleur humaine des Italiens, toujours prêts à nous aider, parfois au-delà du possible ».

En attendant la levée du confinement, promise le 4 mai, la vie de la maisonnée a pris son rythme. « Excusez-moi un instant, interrompt le père de famille, c’est l’heure du biberon », de l’autre côté des Alpes, pour Sophia.

Jean-Pierre Chilro


Alors que la crise sanitaire du coronavirus touche le monde entier, découvrez régulièrement les témoignages de Normands expatriés sur ce grand format !

Vous pouvez accéder à la première partie de ce grand format en cliquant par ici


Grand format réalisé par la rédaction de Paris-Normandie